Deux correspondances du ministre des Domaines, datées du 14 octobre 2026, relancent l’examen des revendications foncières à Déhané. Mais elles ne prononcent aucune rétrocession. Entre attentes des communautés, obligations de l’État et continuité des activités de la Socapalm, la commission tripartite annoncée devra surtout établir des faits vérifiables et éclairer les décisions à venir.
La question foncière À Déhanè appelle davantage qu’une bataille d’interprétations. Elle touche à l’accès à la terre, à la reconnaissance des besoins des populations riveraines et à la sécurité juridique d’activités agricoles inscrites dans la durée. Ainsi, les deux correspondances signées le 14 octobre 2026 par Henri Eyebe Ayissi, ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, constituent à cet égard une étape importante, tant elles ouvrent un cadre d’examen, sans préjuger de son issue.
À la suite des requêtes introduites les 27 août et 2 octobre 2026 par Guillaume Vangle Soad, présenté comme une élite du canton Yasuku, le ministre demande au préfet de la Sanaga-Maritime de mettre sur pied une commission ad hoc tripartite. Celle-ci doit rechercher, identifier et localiser les espaces susceptibles d’être rétrocédés aux populations. La Socapalm est, pour sa part, invitée à désigner un représentant et à prendre attache avec l’autorité administrative afin de participer aux travaux.
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Le choix des mots importe. Des terrains « susceptibles d’être rétrocédés » ne sont pas des terrains déjà rétrocédés. La mission confiée à la commission relève de l’instruction du dossier : elle doit permettre de documenter les demandes et les contraintes avant que les autorités compétentes ne se prononcent. Présenter cette démarche comme une restitution immédiatement acquise serait donc aller au-delà de ce que disent les correspondances.
Aspirations légitimes et critères à confronter
L’examen annoncé ne saurait se limiter à additionner des hectares revendiqués. Selon les éléments rapportés dans les correspondances, il doit prendre en compte les besoins exprimés par les populations, les contraintes physiques du milieu, les emprises foncières existantes et les exigences de mise en valeur. Chacun de ces critères appelle des vérifications de terrain, des données cadastrales et une écoute effective des parties. Les interrogations sont concrètes: quelles superficies répondent à des besoins communautaires précisément établis? Quelles parcelles relèvent d’emprises exploitées ou d’autres usages? Comment éviter que des délimitations imprécises ne créent de nouveaux conflits? Et comment rendre les conclusions compréhensibles pour les riverains, afin de ne pas nourrir des attentes que la procédure ne pourrait satisfaire?
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Une autre distinction mérite d’être rappelée. La Socapalm exploite les terres concernées dans le cadre d’un bail emphytéotique conclu avec l’État le 30 juin 2000, selon les informations du dossier. Elle n’en est pas propriétaire et ne peut, à elle seule, décider de l’attribution ou du transfert des parcelles. Cette compétence appartient aux autorités habilitées, dans le respect des procédures applicables.
La Socapalm, partie prenante
La participation de l’entreprise à la commission ne constitue donc ni un refus de principe d’examiner les demandes ni un accord anticipé sur les surfaces revendiquées. Elle doit permettre de présenter les limites des emprises, les informations cadastrales disponibles et les contraintes opérationnelles ou environnementales pertinentes. Pour être crédible, cette contribution devra pouvoir être confrontée aux observations des représentants communautaires et aux constats de l’administration.
Le ministre demande qu’un rapport circonstancié, accompagné d’un avis motivé, soit produit à l’issue des investigations. Cette exigence donne la mesure de l’enjeu : les conclusions doivent reposer sur des éléments documentés, et non sur des affirmations concurrentes. La publication ou la restitution intelligible des résultats aux parties concernées, selon les règles applicables, serait également un facteur de confiance. La Socapalm inscrit ce travail dans une démarche de clarification foncière engagée depuis 2017. Mais une clarification utile suppose de distinguer les surfaces plantées, les espaces non plantés et les terrains qui peuvent néanmoins remplir des fonctions environnementales, de protection ou de fonctionnement. Une parcelle sans plantation n’est pas automatiquement une parcelle disponible ; inversement, les besoins des communautés ne sauraient être écartés sans examen étayé.
Quel compromis durable?
Le véritable test sera moins l’annonce d’une commission que la qualité de son travail : représentation effective des parties, cartographie partagée, méthode de vérification explicite et traçabilité des décisions. La concertation ne sera utile que si elle permet de transformer les divergences en questions précises auxquelles les faits et le droit peuvent répondre.
À Déhané, la question n’est donc pas de choisir entre les communautés et l’entreprise. Elle est de savoir comment l’État peut arbitrer de façon équitable et sécurisée entre des aspirations territoriales, des droits contractuels et des impératifs de développement. Les correspondances du 14 octobre n’apportent pas encore cette réponse. Elles fixent un cadre pour la construire — à condition que chaque acteur accepte d’en respecter les étapes et les conclusions régulièrement établies.
Cheikh Malcolm EPANDA





