À l’occasion d’une rencontre avec les professionnels de l’information à Douala, la Société camerounaise de sécurité et de santé au travail (SCSST) a lancé un appel fort à la mobilisation en faveur de la sécurité et de la santé au travail. Au cœur des échanges : un état des lieux nécessitant l’urgence des réformes.
Le Cameroun fait face à une pénurie critique de spécialistes en santé au travail. Le pays ne compte actuellement qu’environ 105 médecins du travail pour près de 17 millions de travailleurs. Une situation d’autant plus inquiétante que 13 millions de ces travailleurs évoluent dans le secteur informel, souvent sans encadrement ni protection adéquate.
Il est également à relever le manque de structure de formation des médecins de travail. Aucune faculté de médecine au Cameroun ne dispose d’une chaire dédiée à la formation en médecine du travail. Par conséquent, tous les médecins du travail en exercice ont été formés à l’étranger, à des coûts très onéreux, limitant de fait le renouvellement et l’adaptation locale des compétences.
Lire aussi :Congrès scientifique de la Société camerounaise de la sécurité santé au travail : la 4ème édition se prépare
Autre problème, le pays ne compte que 141 inspecteurs du travail, et aucun n’est spécialisé dans les questions de santé au travail. Cette carence compromet le suivi, le contrôle et la prévention des risques professionnels, notamment dans les secteurs les plus exposés. Là aussi, le déficit tient sa source des effectifs insuffisants des inspecteurs formés à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM).
Le président de la SCSST le Dr Kaptué souligne d’ailleurs que cette insuffisance des effectifs est un problème structurel qui freine l’efficacité du dispositif national, avec comme conséquences des risques multiples pour les travailleurs. Dans ce contexte fragile, les travailleurs camerounais sont confrontés à plusieurs dangers, parmi lesquels : les accidents de travail, les maladies professionnelles, les risques psychosociaux (stress, burn-out), les conditions de travail précaires, et le manque de couverture en santé au travail. La santé mentale, en particulier, reste largement négligée, alors même qu’elle constitue un pilier essentiel du bien-être et de la productivité.
Face à ces défis, la SCSST entend jouer pleinement son rôle de société savante. Son président rappelle que l’organisation « apporte du conseil et de l’éducation à tous les acteurs du monde du travail ». Puis, aux pouvoirs publics d’élaborer des stratégies, des normes et des innovations réglementaires afin de doter le pays d’un cadre juridique plus adapté et plus coercitif.
Lire aussi :Bonnes feuilles : survivante de trois burn-out chroniques, Mémarisse Machia se raconte
Quant aux employeurs et aux travailleurs, la SCSST mise sur la sensibilisation et l’éducation, notamment patronale, pour mieux identifier, prévenir et gérer les risques et nuisances liés à la sécurité au travail. Pour impulser le changement dans cette dynamique, la SCSST annonce la tenue du 5ᵉ congrès international de sécurité et santé au travail, prévu du 13 au 15 octobre 2026 à Douala, autour du thème : « Pratique de la sécurité et santé au travail en contexte de faibles ressources ».
Ce rendez-vous se veut une plateforme d’échanges et de propositions concrètes. Il s’agit de réunir experts, décideurs et partenaires sociaux afin de faire émerger des solutions adaptées au contexte camerounais. Le président de la SCSST insiste sur la nécessité de tirer de ce congrès des recommandations opérationnelles, notamment en matière de formation spécialisée, de renforcement des capacités de contrôle et d’amélioration du cadre réglementaire.
Cette initiative marque une étape importante dans la reconnaissance des enjeux liés à la sécurité et à la santé au travail au Cameroun. Elle appelle à une mobilisation collective (des pouvoirs publics, des entreprises et de la société civile) pour garantir un environnement de travail plus sûr, plus sain et plus humain.
FLESS






