La jeunesse intellectuelle camerounaise s’apprête à vivre un moment chargé de sens. Le mardi 28 avril 2026, le Collège Libermann à Douala accueillera la présentation officielle de l’ouvrage du professeur Bruno Bekolo Ebe, intitulé « De l’autre côté du mur ; la prison me fut une grâce ». Une œuvre profondément humaine, à la croisée du témoignage, de la réflexion pédagogique et d’une quête de restauration morale.
Universitaire reconnu, spécialiste des questions économiques et monétaires, Bruno Bekolo Ebe s’est distingué au long de sa carrière par des prises de position souvent à contre-courant des pratiques dominantes en Afrique, et particulièrement au Cameroun. Ses travaux interrogent les fondements des politiques économiques en vigueur, proposant une lecture critique et indépendante des mécanismes institutionnels.
Mais avec cet ouvrage, l’auteur opère une rupture notable avec ses productions académiques classiques. Il livre ici un récit intime et introspectif, revenant sur un épisode marquant de son parcours : son incarcération à la suite d’une affaire judiciaire alors qu’il occupait les fonctions de recteur de l’Université de Douala entre 2003 et 2012. Accusé de détournement de fonds dans ce qui s’apparentera,à une cabale judiciaire, il passera cinq années en détention avant d’être finalement blanchi et libéré.
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Loin de toute posture revancharde, l’universitaire choisit, contre toute attente, de transformer cette épreuve en levier de réflexion et d’élévation. Dans son ouvrage, il ne règle pas de comptes, bien qu’il affirme connaître les acteurs de ce qu’il qualifie de « grossier montage ». Il propose plutôt une double lecture : celle d’un pays confronté à des dysfonctionnements profonds, mais dans lequel subsistent encore des femmes et des hommes attachés à l’éthique et au sens de l’État et dont il ne faut désespérer ; et celle d’une expérience personnelle qui devient matière à enseignement.
Au cœur de son message, une idée forte : le pardon comme acte thérapeutique. Le professeur Bekolo Ebe affirme avoir déjà pardonné, faisant de cette posture une clé de reconstruction personnelle et un exemple à méditer. Son récit devient ainsi un appel à la résilience, une invitation à transcender l’injustice par la hauteur morale.
Dans un contexte où la jeunesse camerounaise se trouve confronter à une érosion des repères éthiques et des figures inspirantes, cet ouvrage prend une dimension particulière. Tâcher l’image d’une personnalité construite sur le mérite et le travail n’est pas anodin, il s’agit plutôt d’un processus méthodiquement pensé avec pour objectif de briser les symboles, fragiliser les modèles et assoir une crise des valeurs. L’auteur évoque d’ailleurs cette dynamique comme une tentative de « briser la dernière barrière » face à la montée de l’immoralité.
L’expérience carcérale du professeur est également interprétée sous un prisme spirituel. Sa détention apparaît comme une forme d’« ensevelissement » symbolique de la vertu, tandis que sa libération prend des allures de « résurrection ». Une lecture qui confère à son témoignage une profondeur supplémentaire d’un » ressuscité » qui témoigne des dangers et risques qui planent sur une société dite de droits, dépassant le cadre strictement judiciaire.
La présentation de cet ouvrage au Collège Liberman s’annonce ainsi comme un moment de transmission et de « semence » citoyenne. Au-delà du récit personnel, il s’agira d’interpeller les consciences, notamment celles des jeunes, sur la nécessité de bâtir une société fondée sur l’intégrité, la responsabilité et la recherche du bien commun.
« De l’autre côté du mur ; la prison me fut une grâce » se révèle finalement comme une philosophie de vie : celle de la résilience face à l’oppression, de la dignité face à l’épreuve, et de la foi en la capacité de l’homme à se reconstruire et à éclairer son environnement.
FLESS






