Sur les 11 pays membres de la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac), seuls deux ont payé leurs cotisations en 2026. La survie de l’organisation ne tient plus qu’au soutien du Cameroun et de ses partenaires. Autant d’informations communiquées aux différents acteurs qui ont pris part, ce mercredi 4 novembre 2026, à la cérémonie officielle de transfert de la présidence en exercice de la Comifac du Burundi à la République du Cameroun. Une cérémonie couplée à l’inauguration de l’immeuble siège de la Comifac, don du Cameroun, et à la 12e session ordinaire du Conseil des ministres des Forêts d’Afrique centrale.
Ce mercredi 4 novembre 2026 marque un tournant dans la vie de la Commission des forêts d’Afrique centrale. Le siège de la Comifac, à Yaoundé, a accueilli trois événements, à savoir la cérémonie officielle de transfert de la présidence en exercice de l’organisation du Burundi à la République du Cameroun, l’inauguration de son immeuble siège, don du Cameroun, et la 12e session ordinaire du Conseil des ministres des Forêts d’Afrique centrale. La circonstance prêtait aux toasts et autres réjouissances, mais l’état critique des finances a quelque peu gâché la fête. Sur les onze pays membres de la Comifac, (Angola, Burundi, Cameroun, République du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Tchad) peu versent leurs cotisations pour assurer le bon fonctionnement de cette organisation chargée de la coordination des politiques forestières et environnementales dans le Bassin du Congo, deuxième ensemble forestier tropical de la planète.
Les chiffres présentés par la présidente sortante du Conseil des ministres de la Comifac, la Burundaise Calinie Mbarushimana, illustrent la faiblesse des ressources propres de l’institution. « En 2023, cinq pays ont versé un montant total estimé à 550 millions de FCFA. En 2024, seuls deux États ont contribué, pour 122 millions de FCFA. En 2025, sept pays ont versé 45 millions de FCFA. En 2026, deux États ont apporté 90 millions de FCFA. » La ministre burundaise de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage ne cache pas que cette fragilité de la trésorerie a eu des répercussions sur son mandat. « À la lecture de ces chiffres, les pays doivent prendre conscience de l’engagement de nos chefs d’État et de gouvernement, pris en 1999, à l’issue de la Déclaration de Yaoundé portant création de cette institution sous-régionale. Notre équipe a effectué un grand travail dans un contexte de tensions financières et humaines. » Elle a mis en garde contre le risque de dépendance permanente à l’égard des partenaires extérieurs. « Le risque est de toujours aller vers les partenaires pour assurer le fonctionnement de nos institutions, voire la fin d’un effort commun, alors que c’est maintenant que nous devons réorganiser cette institution et lui donner les moyens de sa politique. »
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« Contributions propres des États »
Lors des travaux préparatoires des experts (mardi 3 novembre courant), en prélude à cette session du conseil des ministres, secrétaire exécutif de la Comifac, Dr Hervé Martial Maidou a avoué que le personnel est déjà à 22 mois d’arriérés de salaire. Le représentant de la co-facilitation germano-congolaise du Partenariat pour les forêts du bassin du Congo (PFBC), l’ambassadeur allemand Christian Sedat, a également insisté sur la nécessité de sécuriser les ressources de la Comifac. « Les contributions annuelles sont notamment essentielles pour assurer la continuité de ses missions et consolider les capacités institutionnelles. Les contributions propres des États membres constituent un élément essentiel de l’appropriation de l’institution par ses membres, qui sont un critère déterminant pour les autres. Elles témoignent de leur engagement et de leur confiance dans l’institution, ce qui représente un facteur clé pour mobiliser les financements complémentaires auprès des partenaires et les inciter à investir aux côtés de la région. »
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L’ambassadeur a présenté trois axes de travail pour renforcer l’action de la Commission. Le premier porte sur l’articulation entre le Plan de convergence et l’Appel de Belém, qui concerne la mobilisation des financements internationaux et les contributions attendues des États. Dans ce cadre, les partenaires ont annoncé des engagements de plus de 2,5 milliards de dollars à l’horizon 2030. Le deuxième axe concerne le financement de la Comifac, avec un appel adressé aux États membres afin qu’ils renforcent leur soutien budgétaire. Le troisième vise à améliorer la coordination entre le PFBC et les instances de la Commission dans la mise en œuvre du Plan de convergence.
Richesse biologique exceptionnelle
Le représentant de l’Union européenne, Stephen Peedell, a pour sa part rappelé que la solidité de la Comifac repose d’abord sur l’engagement de ses membres. Il a souligné le rôle des forêts du bassin du Congo, qui « constituent un patrimoine d’une richesse biologique exceptionnelle, un enjeu majeur dans la régulation du climat. Elles représentent une ressource économique et sociale essentielle pour des millions de personnes. L’avenir de ces personnes et de ces communautés ne peut être envisagé indépendamment des aspirations légitimes des pays de la région au développement économique, à la création d’emplois et à l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. Préserver les forêts et développer les économies ne doivent pas être deux ambitions contradictoires ».
L’avenir de l’organisation repose également sur le nouveau Plan de convergence pour la période 2026-2035. Celui-ci doit être adopté au cours des travaux de ce mercredi et jeudi par les ministres de la Comifac. Comme l’a relevé Stephen Peedell, ce plan « doit permettre de renouveler la vision commune des États membres et de définir des priorités pour la prochaine décennie. L’Union européenne salue cette démarche. Mais nous savons tous qu’un plan stratégique, aussi pertinent soit-il, ne prend véritablement son sens qu’à travers sa mise en œuvre. Cela suppose des priorités partagées et des moyens mobilisés. L’Union européenne et ses États membres, réunis au sein de Team Europe, entendent poursuivre leur coopération avec l’organisation dans les domaines de la biodiversité, de la gouvernance forestière et du développement durable ».
La présidente sortante a, dans ce contexte, exprimé sa reconnaissance envers les partenaires techniques et financiers ainsi qu’envers le Cameroun, pays hôte de la Commission. Elle a notamment salué le paiement des contributions camerounaises et la construction du siège de la Comifac, dont le coût est estimé à une quinzaine de milliards de FCFA. « Il est normal, et même exceptionnel, que nous adressions notre gratitude à la République du Cameroun, qui a été à jour de ses contributions égalitaires, en dehors de cet immeuble siège offert à l’institution », a-t-elle déclaré.
Le Burundi cède ainsi la présidence en exercice au Cameroun à l’issue de cette cérémonie. Le ministre des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo, devient par conséquent le président en exercice du Conseil des ministres. Dans son allocution, le représentant du Premier ministre, le Pr Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur, a également invité les pays membres à épurer leurs dettes envers l’institution. La mobilisation des contributions nationales apparaît ainsi comme une condition du fonctionnement de la Comifac et de la mise en œuvre de son Plan de convergence.
Valgadine TONGA
Comifac : fiche technique de l’immeuble

L’immeuble siège de la Comifac, avec pour maître d’ouvrage, le ministre des Forêts et de la Faune, est construit sur 4 971 m². Cette bâtisse élevée sur 7 niveaux, plus un entresol, dispose de 64 parkings, d’une salle de conférence de 180 places. Ce don de l’Etat du Cameroun a coûté une quinzaine de milliards Fcfa, comme l’a indiqué le représentant du Premier Ministre, Jacques Fame Ndongo (ministre d’Etat, ministre des Enseignements supérieurs). « Les revêtements mis dans certains locaux, comme à la salle de conférence, ont été faits en bois du pays. La décoration a fait appel aussi à nos essences. Tout le mobilier a été fait dans une optique de promouvoir nos essences, et a fait appel à nos grandes technologies. L’architecture est un fait de conscience à travers lequel l’on projette en espace ses aspirations profondes. Elle est mémoire des peuples. Elle est écriture des civilisations. Que cette œuvre soit un témoignage vivant pour les générations à venir, de ce que nous souhaitons de tous nos jours : une Afrique forte, digne », a indiqué le maître d’œuvre.
V.T.





