En route pour la Côte d’Ivoire, le Groupe Somdia, qui a vendu toutes ses parts dans l’actionnariat de la Sosucam au Groupe Castel depuis 2022, vient d’annoncer par voie de communiqué, la cession de la Sosucam à un consortium camerounais. Des voix s’élèvent déjà pour déplorer l’opération. Les travailleurs de leur côté dénoncent une manœuvre qui les exclut du jeu. Les syndicats accusent la violation des procédures en la matière, et posent les conditions pour sauver la Sosucam. Pourtant la faillite de cette entreprise jadis florissante aurait pu être évitée.
Les premières années de la Sosucam, créée sous le Président Ahidjo en 1965, sont stables. En janvier 2011, le Groupe Castel, géant français spécialisé dans les Brasseries, entre dans le capital de Somdia en achetant environ 45% des actions. En avril 2022, Castel rachète les dernières parts de la famille Vilgrain, portant sa participation à environ 87%. L’objectif pour Castel n’était pas tant de produire du sucre pour la consommation nationale. Selon les indiscrétions à la Sosucam, le géant français avait plutôt vu en la Sosucam, la source d’approvisionnement de ses Brasseries du Cameroun. Plus besoin pour lui d’importer du sucre, quand on peut se servir allègrement à la Sosucam, et contraindre le pays à importer le sucre pour la consommation locale. Comme l’attestent nos sources, l’essentiel du sucre des plantations de Mbanjock et Nkoteng, vont aux Brasseries.
Lorsque le Groupe Castel prend le monopole de la Somdia en 2022, Alexandre Vilgrain est directement remplacé par Olivier Parent. Alexandre Vilgrain ayant dirigé la société de 1995 jusqu’en 2022 cumulait 27 ans d’expérience. Malheureusement, son remplaçant moins expérimenté, va appliquer de mauvaises réformes, notamment d’importants licenciements. L’entreprise « pensait que les machines pouvaient remplacer les hommes dans les plantations. Elles se sont rendu compte à leur dépens que les tracteurs ne peuvent pas effectuer les coupes comme les hommes, ce qui a causé d’énormes pertes », explique un travailleur sous cape. Les répercussions sont directes : Castel, à travers Somdia dénonce 15 milliards FCFA de pertes en 2023, 22 milliards en 2024 et des grèves ayant entrainé des pertes humaines et matérielles en 2025 avec 970 hectares de canne détruits et 5 milliards FCFA de pertes supplémentaires. En gros, à cause d’une mauvaise gouvernance, la Sosucam a enregistré de 2023 à 2025, 42 milliards Fcfa de pertes. Malgré les pertes annuelles, le top management n’a pas rectifié sa copie, ni s’abonner aux vieilles méthodes, qui hier assuraient la stabilité de l’entreprise sucrière. De 8119 travailleurs (1487 Contrat à durée indéterminé, CDI) en 2012, on débouche sur 4840 en 2022, soit moins de 40% des effectifs.


Dans un communiqué du 13 août 2026, Somdia « annonce la signature d’un accord pour la cession de sa participation dans la Société Sucrière du Cameroun (Sosucam) à un consortium industriel et financier 100% camerounais. Ce projet s’appuie sur un programme d’investissement de 210 millions d’euros (137,7 milliards Fcfa, ndlr) sur plusieurs années, pour moderniser l’outil de production, étendre l’irrigation et renforcer la production sucrière nationale ». Olivier Parent, Dg de Somdia trouve en cet accord « une solution solide et porteuse d’avenir pour Sosucam. Le Cameroun reste un pays de prédilection pour le Groupe Castel. »
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Pendant que Somdia quitte la Sosucam au bord de l’essoufflement, il se lance à la conquête cette fois du marché ivoirien. Le PDG Olivier Parent a été reçu en audience par le Ministre ivoirien en charge de la filière sucrière, le 10 juillet 2026. Il a présenté un contrat-plan d’investissement de 100 milliards de FCFA sur cinq ans en faveur de Sucaf-CI en Côte d’Ivoire, portant sur l’accroissement de la production sucrière nationale, la consolidation de la filière alcool et un projet structurant dans la filière maïs. Le Ministre ivoirien a d’ailleurs salué cette dynamique et réaffirmé la disponibilité de son département à accompagner Somdia/Sucaf-CI dans la concrétisation de ce contrat-plan.
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Joseph Pagop Noupoué, Henriette Noutchougouin, William Nkontchou, Igor Djoukwé et Marcel Tchagongom constitue le consortium camerounais censé relever cette entreprise qui couvrait 53% de la demande nationale en sucre, mais aujourd’hui, ne couvre plus qu’1/3. Les confédérations syndicales ont soumis au repreneur un plan d’action pour redresser la Sosucam.
« Le redressement de la Sosucam repose sur trois piliers d’investissement interdépendants à mener simultanément. L’agronomie est le levier principal elle produit le gain le plus rapide. Mais elle ne produit ses effets que si le transport est fluide et les usines capables. Les trois piliers avancent ensemble. Il s’agit d’investir dans les engrais potassiques (125-160 kg K/ha), murissants chimiques, nouvelles variétés, micronutriments ; le renouvellement des véhicules ; le broyage dans les 24h post-coupe ; la réduction des pertes inversion (0,3%/jour après coupe) ; la modernisation des chaudières et montée en capacite énergétique préalable à l’augmentation de la production ; la sécurisation énergétique… Il faut également la levée immédiate des mesures d’austérité imposées aux travailleurs de la Sosucam depuis le 1er novembre 2024 ; deuxièmement, la constitution du Fonds de Garantie des Droits des Travailleurs avant toute signature de la cession ; troisièmement, l’inscription d’un Plan d’Investissement Triennal ambitieux comme condition de la cession – au même niveau d’engagement que celui souscrit en Côte d’Ivoire. »
A en croire les syndicalistes, la faillite aurait pu être évitée, si le Groupe Castel (propriétaire des parts de Somdia dans Sosucam), écoutaient les travailleurs et avaient souci de l’intérêt national. « Nous n’avons jamais été écoutés et même pendant cette cession, nous sommes exclus des débats, en violation de tous les textes de l’Organisation International du Travail. Les décisions se prennent au Premier Ministère et nous sommes informés par voie de presse. Il n’y a qu’au Cameroun qu’on peut faire preuve de temps de zèle et d’orgueil envers les travailleurs », s’indignent les défenseurs des droits des travailleurs de la Sosucam, venus à la rédaction de La Voix Du Koat. Dans l’industrie du sucre, on ne donne pas le lait.
Valgadine TONGA






