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Plantations villageoises : la Socapalm face au défi stratégique de la production rurale

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En marge du festival international Ngand Biton, organisé à Édéa du 21 au 22 mai dernier autour de la promotion des planteurs villageois et de la réflexion sur la redynamisation de la filière palmier à huile, notre rédaction a effectué une immersion dans les plantations villageoises de Koukoué. Objectif : comprendre les réalités économiques, techniques et humaines qui structurent aujourd’hui l’un des maillons les plus stratégiques de la production nationale d’huile de palme.

 

Dans les pistes sablonneuses du bassin agro-industriel d’Édéa, les premières lueurs du jour croisent déjà les silhouettes des planteurs. Ici, la noix de palme représente une économie familiale, un levier territorial et, désormais, un enjeu stratégique pour la souveraineté alimentaire du Cameroun.

Partenaire majeur du Ngand Biton, la Socapalm a renouvelé avec fierté son accompagnement à cette rencontre dédiée à la valorisation du palmier à huile. Pour l’entreprise agro-industrielle, cet engagement traduit une conviction forte : le développement durable de la filière passe par la formation des producteurs, la professionnalisation des acteurs et le renforcement des capacités techniques des planteurs villageois.

Au service de la chaîne de valeur

Cette orientation stratégique, nous renseigne le Responsable des Plantations Villageoises à la Socapalm Édéa, s’appuie principalement sur le Projet PV. Ce projet a été lancé en 1977 puis restructuré après la privatisation de la société en 2000. Aujourd’hui, ce programme constitue l’un des principaux dispositifs d’intégration des producteurs ruraux dans la chaîne de valeur du palmier à huile. « Les planteurs sont désormais considérés comme de véritables partenaires », explique Batta Jean-Pierre, responsable du projet plantations villageoises à Édéa.

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Derrière cette formule se dessine une logique économique claire : renforcer les rendements villageois afin de sécuriser l’approvisionnement des usines tout en consolidant les bassins de production. Dans cette dynamique, l’appui de la Socapalm se veut multiforme. Formation aux bonnes pratiques agricoles, encadrement agronomique, fourniture d’intrants, assistance administrative, entretien des routes rurales, suivi des récoltes et amélioration de la qualité des régimes constituent désormais les piliers du partenariat.

À Koukoué dans le canton Adiè, situé dans l’arrondissement d’Edéa 1er, cet accompagnement prend une dimension concrète. Chaque matin, avant de rejoindre son activité principale, Mbahe Kaarne Benjamin, chef du village et planteur villageois depuis près de vingt ans, traverse sa plantation pour observer l’état des palmiers, contrôler les herbes et planifier les travaux du jour. « Toutes les herbes ne sont pas nuisibles. Certaines protègent le sol, d’autres étouffent les palmiers », explique Sa Majesté. Son quotidien révèle une réalité économique souvent absente des statistiques sectorielles : le planteur villageois camerounais évolue dans une économie de forte intensité humaine, où la survie de l’exploitation dépend autant de l’endurance physique que de l’accompagnement technique.

Modernisation agricole et fragilités structurelles

« Ma mission principale est l’accompagnement », confirme Keki Nhiomog Eric, encadreur des planteurs villageois du secteur 2 de Koukoué. « Nous intervenons dans l’entretien des champs, l’épandage des engrais, la gestion des récoltes, le transport des régimes et même l’assistance administrative », poursuit-il. Cette présence de proximité traduit la transformation progressive du modèle agricole villageois.

Ainsi, l’exploitation familiale ne fonctionne plus uniquement sur les savoirs traditionnels ; elle s’inscrit désormais dans une logique de productivité, de standardisation technique et d’intégration industrielle. L’enjeu économique est majeur. À travers son Projet PV, la Socapalm cherche à bâtir une filière plus structurée, plus compétitive et plus inclusive, capable de répondre à la demande nationale croissante en huile de palme tout en réduisant les importations.

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Mais cette modernisation révèle également plusieurs fragilités structurelles. Malgré les appuis techniques, les revenus des producteurs restent soumis à de fortes pressions fiscales et à des coûts d’exploitation élevés. « Les impôts sont passés de 5 % à 10 % », déplore Mbahe Kaarne Benjamin. À cela s’ajoutent les charges liées aux ouvriers, aux coupeurs et à l’entretien des plantations. Autre défi stratégique : le vieillissement des palmeraies. Certaines exploitations datent de la fin des années 1970 et nécessitent aujourd’hui des opérations coûteuses de replanting. « Si j’en avais les moyens, j’aurais déjà renouvelé certaines parcelles », reconnaît le planteur. Derrière les ambitions de modernisation se pose ainsi la question cruciale du financement durable des exploitations villageoises. Ainsi, la performance future de la filière dépendra largement de la capacité des producteurs à maintenir leurs rendements dans un contexte de vieillissement des plantations et de hausse des charges.

 À Koukoué comme dans l’ensemble des bassins palmicoles d’Édéa, l’avenir de la filière se jouera désormais sur la capacité des planteurs villageois à survivre à la pression des charges, au vieillissement des plantations et aux exigences croissantes de modernisation. Derrière chaque régime de noix livré aux usines subsiste une économie rurale fragile, mais stratégique pour la souveraineté alimentaire nationale. En consolidant son Projet PV, en renforçant la formation, l’encadrement technique et l’accompagnement des producteurs, la Socapalm tente ainsi de sécuriser bien plus qu’un approvisionnement industriel : l’avenir même d’une paysannerie devenue indispensable à l’équilibre économique de la filière palmier à huile au Cameroun.

Cheikh Malcolm EPANDA

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