Parti pour trois jours de célébration autour du palmier à huile et des enjeux de souveraineté économique, le Festival international Ngand Biton 2026 s’est finalement achevé dans une atmosphère de désillusion à Édéa. Entre défaut criard de communication, désorganisation manifeste et faible mobilisation des participants, l’événement a rapidement perdu de sa substance.
Il était écrit que le Festival international Ngand Biton 2026 tiendrait trois jours. Trois jours pour réfléchir à la souveraineté économique du Cameroun, trois jours pour repositionner le palmier à huile comme levier de développement territorial, trois jours pour rapprocher producteurs, agro-industries et collectivités autour d’une ambition commune. Il n’en aura finalement tenu qu’un jour et demi. Dès ce vendredi matin, le soufflé est retombé. L’esplanade de l’Hôtel de ville d’Édéa, qui devait vibrer au rythme d’une mobilisation tous azimuts, offrait le visage désolant d’un rendez-vous manqué.
Sur les six conférences et ateliers annoncés, seuls deux auront effectivement pu se tenir lors de cette deuxième et dernière journée marquée par des stands désertés et une affluence particulièrement faible. Dans les espaces aménagés autour de l’Hôtel de ville d’Édéa, où étaient attendus producteurs, collectivités territoriales, chercheurs et partenaires institutionnels, le contraste était saisissant. Malgré l’ambition affichée de faire du festival un cadre de réflexion sur la durabilité, l’autosuffisance et l’intégration de la jeunesse dans la filière palmier à huile, plusieurs exposants annoncés étaient absents et les installations prévues sont restées, pour la plupart, vides.
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Dans ce décor de quasi-abandon, une présence s’est néanmoins imposée comme le principal moteur de l’événement : celle de la Socapalm. Partenaire du Ngand Biton depuis sa première édition à Eséka en 2023, l’entreprise agro-industrielle a pratiquement porté à elle seule cette deuxième journée. Aux côtés de Camseeds, seule autre agro-industrie visible sur le site, la Socapalm a concentré l’essentiel de l’attention à travers ses stands techniques, ses démonstrations et surtout son atelier de formation consacré à la mise en place et à l’entretien d’une palmeraie.
La leçon magistrale au cœur du flop
Prévue dans la matinée du vendredi 22 mai 2026, la formation animée par Jean-Pierre Batta, responsable des Plantations Villageoises à la Socapalm d’Édéa, n’a finalement débuté qu’avec près de cinq heures de retard, conséquence directe de l’amateurisme organisationnel ayant plombé le festival. Mais une fois lancé, l’atelier s’est rapidement transformé en une véritable master class. Pendant près d’une heure trente, le technicien agricole a captivé les participants par une démonstration méthodique des bonnes pratiques de production du palmier à huile. De la sélection des semences à l’exploitation de la palmeraie, Jean-Pierre Batta a revisité toute la chaîne de production avec une précision saluée par l’assistance et les organisateurs.
Le formateur s’est notamment attardé sur les critères de choix des terrains, les exigences climatiques, la préparation des sols et les techniques culturales permettant d’optimiser les rendements. Mais très vite, l’exposé s’est recentré sur les réalités concrètes des plantations villageoises : le moment opportun pour récolter, la fréquence des coupes au cours du mois et de l’année, le matériel adapté ou encore les méthodes de conservation des régimes, etc.
« Le planteur ne doit pas se contenter de faire confiance sans vérifier le travail réalisé », a-t-il insisté, dénonçant les pertes considérables causées par les régimes oubliés ou les fruits abandonnés au sol. À travers cette pédagogie du détail, Jean-Pierre Batta a rappelé que la rigueur dans le suivi des récoltes constitue un facteur déterminant de rentabilité pour les producteurs.
Technique agricole et gestion durable
Au-delà des aspects purement agronomiques, le représentant de la Socapalm a progressivement déplacé les échanges vers la question de la gestion durable des exploitations. Pour lui, la performance agricole ne peut se limiter aux seules quantités produites. Elle doit également intégrer la stabilité économique des familles rurales et la préservation des ressources.
Plaidant pour une discipline financière plus rigoureuse, il a encouragé les producteurs à tenir un cahier de comptes afin de mieux suivre leurs dépenses, leurs investissements et leurs bénéfices réels. Une approche qui rejoint pleinement les objectifs initiaux du festival, pensé comme un espace de dialogue sur l’avenir économique et social de la filière palmier à huile au Cameroun.
Après près d’une heure trente d’exposé, l’atelier s’est finalement mué en une agora interactive. Portés par la richesse pédagogique de l’intervention, les participants ont multiplié les questions sur les semences, les rendements, les coûts d’exploitation ou encore les difficultés liées à la commercialisation. Un échange nourri qui a donné à cette rencontre une dimension particulièrement vivante et confirmé l’intérêt réel des producteurs pour les problématiques abordées.
Dans un festival fragilisé par les insuffisances organisationnelles, cette master class de la Socapalm aura finalement constitué le principal temps fort de la deuxième journée. À travers son expertise technique, sa proximité avec les producteurs et sa forte implication sur le terrain, l’entreprise agro-industrielle aura surtout réussi à préserver l’essentiel : maintenir vivant l’esprit de transmission et d’accompagnement qui fondait l’ambition initiale du Ngand Biton 2026. Au terme de cette édition inachevée, une réalité demeure : derrière les failles organisationnelles du Ngand Biton 2026, la Socapalm aura porté presque seule l’ambition initiale du festival, rappelant que la transmission du savoir reste le véritable socle de l’avenir agricole.
Cheikh Malcolm EPANDA






