Apouh à Ngock a scellé, vendredi 28 août 2026, un pas décisif vers l’unité du Grand Sawa. Entre libations aux ancêtres, huis clos de concertation et formation sur le foncier, les chefs Adiè et Yassoukou ont jeté les bases d’une parole commune, portée par le GSKA et l’ACTL, pour mieux défendre leur héritage et compter dans le Cameroun de demain.
La localité d’Apouh A Ngock, dans l’arrondissement d’Edéa 1er, a vibré vendredi, 28 août 2026, au rythme des tam-tams et des libations. Pour la deuxième fois après Yassoukou en 2025, les chefs traditionnels des cantons Bakoko-Adié et Yassoukou se sont retrouvés pour une concertation placée sous le thème « Consolidation des rites, diplomatie et solidarité communautaire ». Dès l’aube, chaque chefferie membre de l’ACTRAVIA a procédé à l’appel des ancêtres, avant que les délégations ne convergent vers le village hôte.
La rencontre, organisée par la plateforme ACTRAVIA-ACHETCY avec l’appui de l’ACTL, du GSKA, des administrations et d’un magistrat, a connu une mobilisation exceptionnelle. Une forte délégation de chefs venus du Wouri, du Moungo et du Nkam a rehaussé l’événement, confirmant son importance pour l’ensemble du territoire Sawa. La présence marquée de S.M. Maître Makolle Jean-Jacques, Chef Supérieur du Canton Abo-Sud et président du Grand Sawa Kings Association (GSKA) représentant les dix départements Sawa, aux côtés du Roi Jean Yves Eboumbou Douala Manga Bell, Chef Supérieur du Canton Bell et président de l’ACTL, a donné à cette journée une dimension solennelle.
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Harmonisation des positions et dialogue élargi
Deux grands temps forts ont meublé cette rencontre, qui se déclinait en deux grandes parties. La matinée a été consacrée à un huis clos entre les chefs des deux cantons. Président de l’ACHETCY, S.M. Kolye Ebenezer Théophile clarifie la nature de ce moment : « Le huis clos a consisté en la restitution d’une réunion que nous avions tenue entre les chefs de Yassoukou et les chefs du canton Adiè. Il n’y a pas de secret. Les problèmes soulevés sont les mêmes qui nous concernent tous », affirme-t-il. Un espace de cohérence interne, donc, destiné à préparer les travaux élargis de l’après-midi. Si la matinée a servi de cadre à cette mise en cohérence préalable avant l’ouverture des discussions, l’après-midi a consacré la rencontre dans sa phase publique, dédiée au renforcement des capacités des chefs.
Dès 13 heures, la session de renforcement des capacités s’est ouverte en présence du Maire d’Edéa 1er, des représentants du MINDDEVEL, du MINDCAF et d’un magistrat. Les comités de village, la gestion citoyenne, le cadastre et la gouvernance de la chefferie ont été passés au crible. S.M. Eding Mbata, président d’ACTRAVIA, a insisté sur l’urgence foncière. « Les chefs sont obligés de comprendre et de s’investir dans la défense du foncier. Nous devons remettre à nos enfants ce que nous avions hérité de nos parents », dixit le chef.
L’unité Sawa comme horizon
Au-delà des aspects techniques, la journée a consacré un rapprochement stratégique. « Dorénavant, ACTRAVIA en fera partie », a annoncé Eding Mbata, scellant l’adhésion de la plateforme à la dynamique du Grand Sawa. Pour S.M. Makolle Jean-Jacques, l’enjeu est clair : « Nous ne sommes pas organisés, nous ne savons pas parler d’une seule voix. Plus on est nombreux, plus nous sommes forts. » Même son de cloche chez S.M. Eyengue Eyengue Edouard, Responsable communication GSKA. « Nos enfants ont besoin de nous. Si nous ne sommes pas là, qui défendra nos intérêts ? », affirme le chef traditionnel de NDOM-BAKEM dans le Moungo par ailleurs SG DU « KUPÉ-MUNGO » (Haut Conseil des Chefs Traditionnels du Département du Moungo avec Mbo Sanzo et Mbo Kekem).
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Au moment de clore les travaux, S.M. Kolye Ebenezer Théophile a tenu à inscrire cette journée dans la durée : « La tradition est au centre de tous les événements liés au développement d’une localité. Cette initiative est louable et doit être maintenue et pérennisée. » Un appel qui résonne comme une exigence. Car au-delà des cantons Adiè et Yassoukou, c’est tout l’espace Sawa qui observe ces mains tendues. Si les chefs parlent désormais d’une seule voix, qui pourra encore décider sans eux ? L’héritage des ancêtres ne se transmet que si les vivants s’en montrent dignes. Or, à Apouh, ils ont choisi de l’être.
La pluie qui s’est abattue après les travaux a été interprétée par S.M. Eding Mbata comme « toutes les bénédictions des ancêtres ». Une clôture symbolique pour une journée fondatrice, dédiée à la transmission, à la cohésion et à la défense d’un héritage commun.
Cheikh Malcolm EPANDA, de retour de Apouh à Ngog.






