Le président de l’association ‘‘L’œil et la main’’ revient sur les objectifs de la campagne de sensibilisation et de dépistage des troubles de l’audition, organisée le 27 octobre 2026 à l’École publique d’application d’Akwa, à Douala. Il évoque également les enjeux de la prévention, du dépistage précoce et de l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes.
Vous avez récemment mené une action de sensibilisation à l’hôpital Laquintinie de Douala. Quelle était la particularité de cette initiative ?
Je voudrais tout d’abord remercier votre journal pour l’accompagnement qu’il apporte aux actions sociales que nous menons. Comme vous l’avez si bien mentionné, nous étions récemment à l’hôpital Laquintinie de Douala pour sensibiliser les médecins et les autres personnels soignants à la nécessité d’améliorer l’accueil et le suivi des personnes sourdes et malentendantes dans les formations sanitaires.
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En effet, lorsque les personnes sourdes se rendent à l’hôpital, elles rencontrent souvent des difficultés à communiquer avec les médecins, qui ne maîtrisent généralement pas la langue des signes. Or, lorsque la communication ne passe pas, le diagnostic risque de ne pas être efficace. Notre objectif était donc de montrer aux médecins et aux personnels de santé comment mieux accueillir et accompagner les patients sourds et malentendants.
Vous êtes cette fois à l’École publique d’application d’Akwa. Quel est l’objectif de cette campagne ?
Nous sommes ici pour sensibiliser et éduquer les enfants sur la santé auditive ainsi que sur les dangers liés à la négligence des oreilles. L’audition est essentielle dans la vie d’un enfant. Elle lui permet d’entendre les leçons, de comprendre, de communiquer avec ses camarades et de se préparer à son avenir professionnel.
Nous avons constaté que certains enfants ont l’habitude d’introduire des objets pointus dans leurs oreilles. Pendant les jeux, ils peuvent également se cogner la tête ou se livrer à des gestes dangereux susceptibles de provoquer des blessures. Ces comportements doivent être évités. Dans notre école destinée aux enfants sourds, nous constatons que beaucoup arrivent avec des retards dans leur apprentissage. Certains ont d’abord fréquenté des établissements ordinaires parce que leurs parents ignoraient qu’ils présentaient une déficience auditive. Le problème n’est parfois découvert que tardivement.
Nous voulons contribuer à réduire ce phénomène en sensibilisant les enfants à la nécessité de prendre soin de leurs oreilles. Certains naissent avec une audition normale, mais deviennent sourds par la suite, notamment à la suite de blessures ou de problèmes auditifs négligés. Nous voulons donc leur apprendre à protéger leurs oreilles et à éviter les gestes susceptibles de compromettre l’audition de leurs camarades.
Quelle place accordez-vous aux enseignants dans cette démarche de prévention ?
Cette campagne s’adresse également aux enseignants. Très souvent, les parents, en raison de leurs nombreuses occupations, ne passent pas suffisamment de temps avec leurs enfants. En revanche, les enseignants les côtoient quotidiennement et peuvent observer leur comportement en classe. Il est donc important de les sensibiliser aux signes pouvant révéler un trouble de l’audition. Lorsqu’un enseignant constate qu’un enfant ne réagit pas normalement aux sollicitations ou semble éprouver des difficultés à entendre, il doit en informer les parents afin que l’enfant soit conduit dans une formation sanitaire pour des examens appropriés. Cette démarche permet de favoriser un dépistage précoce et une prise en charge adaptée, afin de limiter les conséquences de la déficience auditive sur le développement et les apprentissages de l’enfant.
Quel message adressez-vous aux parents ?
Nous leur demandons d’être attentifs aux comportements et aux réactions de leurs enfants. Un enfant présentant une déficience auditive peut manifester certaines difficultés qui doivent attirer l’attention de son entourage. Les parents ne doivent négliger aucune douleur persistante ni aucun signe inhabituel au niveau des oreilles. Malheureusement, lorsque certains enfants se plaignent de démangeaisons ou de douleurs auriculaires, des parents ont parfois recours à des décoctions traditionnelles qu’ils introduisent dans leurs oreilles. Cette pratique peut être dangereuse, notamment lorsque la cause du problème n’est pas connue. Nous recommandons donc aux parents de consulter un professionnel de santé dès l’apparition de symptômes. Un examen médical permettra d’identifier l’origine du problème et de déterminer la conduite à tenir pour préserver l’audition de l’enfant.
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Au-delà de la prévention, vous mettez également l’accent sur l’inclusion. Comment comptez-vous y contribuer ?
À côté de la sensibilisation, nous voulons promouvoir l’inclusion à travers la vulgarisation de la langue des signes. Nous allons permettre aux enfants de découvrir le monde des sourds et de s’initier à quelques signes conventionnels afin qu’ils puissent communiquer avec les personnes sourdes et malentendantes. Notre ambition est de favoriser une meilleure compréhension entre les enfants entendants et ceux qui vivent avec une déficience auditive. Nous voulons leur faire comprendre que la surdité ne doit pas être un facteur d’exclusion et que la communication reste possible lorsque chacun fait l’effort d’apprendre à connaître l’autre.
Quelles sont les principales activités qui ont ponctué cette campagne ?
Cette journée a été marquée par trois activités majeures : la sensibilisation des enfants et des enseignants, le dépistage des troubles de l’audition et la vulgarisation de la langue des signes. Nous avons expliqué aux enfants comment prendre soin de leurs oreilles et leur avons présenté quelques moyens de communiquer avec les personnes sourdes. Pour le volet médical, nous étions accompagnés d’un médecin de l’Hôpital militaire de Douala. L’objectif était de combiner la prévention, le dépistage et l’apprentissage de la langue des signes, afin que les enfants soient mieux informés sur la santé auditive et plus ouverts à l’inclusion des personnes sourdes.
Quels sont les signes qui doivent alerter sur un éventuel trouble de l’audition chez un enfant ?
Plusieurs signes peuvent attirer l’attention. Lorsqu’on appelle un enfant et qu’il ne répond pas rapidement, ou lorsqu’il demande régulièrement à son interlocuteur de répéter ce qu’il vient de dire, il faut s’interroger sur ses capacités auditives. En classe, si un enseignant pose régulièrement des questions à un enfant qui semble ne pas entendre, cela doit également l’alerter. De même, lorsqu’un élève affirme, au moment de l’appel, qu’il n’a pas entendu son nom, il est important de ne pas banaliser cette situation.
L’enseignant doit alors en parler aux parents afin qu’ils puissent faire examiner l’enfant par un professionnel de santé. Comme vous le savez, les parents sont souvent très occupés par la recherche des moyens nécessaires pour subvenir aux besoins de leur famille. Lorsqu’ils rentrent le soir, ils n’ont pas toujours suffisamment de temps pour observer attentivement le comportement de leurs enfants. C’est pourquoi la vigilance des enseignants est essentielle pour repérer les difficultés et orienter rapidement les enfants vers une prise en charge adaptée.
Entretien avec Blanchard BIHEL





