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Alain Oyono : «Je rêve de jouer dans mon pays, je n’attends que l’invitation»

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Le saxophone s’est dévoilé à lui très tôt. A 16 ans, Alain Rodrigue Oyono, de son nom d’artiste Alain Oyono, se faisait déjà des fans grâce à son jeu. Influencé par les jazzmen Kennedy, Dave Koz, Groover Washington, Charlie Parker et Manu Dibango, Alain Oyono a trouvé son identité. Celui que le public camerounais et africain a toujours présenté comme le fils de Papa Manu Dibango est saxophoniste, auteur, interprète. Il joue à d’autres instruments comme la flute. Si Alain est aussi et d’abord chanteur, il compose et fait des arrangements pour des artistes qui le sollicitent à travers le monde. Dans cette interview à bâton rompu, ce fils de pasteur nous parle de sa découverte avec la musique, sa passion avec Manu, la belle aventure avec Youssou N’Dour, ses souffrances, sa nouvelle carrière solo… Bonne lecture.

 

Présentez-nous Nkol Ayop

Courage, endurance, persévérance dans les épreuves… Nkol Ayop (‘‘Au-dessus de la montagne’’ en béti, une langue du Cameroun) magnifie ces valeurs. Nkol Ayop est un peu le reflet de ma vie. Je raconte ici l’histoire d’un homme voyageur, qui va de village en village, de culture en culture. Qui n’a jamais ménagé d’efforts pour sa survie. Un jour, il fait face à une montagne. Au pied de ce dernier, il se demande s’il pourra côtoyer le sommet un jour. A chaque embûche, chaque douleur, il puise au fond de lui la motivation pour ne pas abdiquer. Il grimpe, sans regarder le chemin parcouru ni celui qui est devant lui. Un jour, il lève la tête, attiré par un chant d’oiseau, et se trouve au sommet de la montagne. Le bonheur lui ouvre ses bras et ne va plus jamais le quitter… Ce qu’il faut noter c’est que Nkol Ayop montre le passage de l’artiste accompagnateur à l’artiste devant la scène, sous le feu des projecteurs. Nkol Ayop est un peu le premier pas vers le public. Pour finir, Nkol Ayop c’est un EP de cinq titres : Mr Ze, Nkol Ayop, Loba, My Country, Cameroun-Sénégal. Mais je tiens à préciser qu’avant cet EP, il y a eu le single «The Beginning».

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Je peux me tromper, mais le titre Nkol Ayop rappelle de forts airs de ‘‘Douala Sérénade’’ de Papa Manu. Est-ce juste une coïncidence ou une réécriture ?

Non, c’est juste une coïncidence.

Racontez-nous la naissance de ce projet qui semble très lié au Cameroun…

J’ai choisi baptisé cet EP «Nkol Ayop» parce que je l’ai réalisé pendant  la crise du covid. En fait, je décrie cette étape où je voulais me placer au-dessus de la montagne en ce moment très dur pour l’artiste que je suis, je voulais un titre qui amène à croire, à espérer, et non un titre triste. Quand on est au-dessus de la montagne, on voit grand, on espère et on essaie de regarder au-delà de nos yeux. Pour un artiste, être enfermé ou confiné, sans aucun spectacle, sans contact avec le public, c’est comme une personne qui manque d’oxygène. Cet EP vient comme une lumière dans les ténèbres. Ce projet est beaucoup plus lié à mon état d’âme de la période qu’on a traversé et qui n’est pas encore véritablement derrière nous. Il n’est pas vraiment lié au Cameroun ni à un continent.

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Quand est-ce que le public camerounais aura le plaisir de savourer cet EP sur une scène ?

Vous savez, quand je composais cet album ou cet EP, j’étais déjà en train de m’imaginer le jouer sur les scènes au Cameroun. C’est un rêve que je nourris depuis et qui me tiens tellement à cœur. Je suis parti du Cameroun en 2014 pour m’installer au Sénégal. Avec Youssou N’Dour que je présente fièrement comme mon mentor, j’ai fait quasiment le tour du monde, les plus grandes scènes, les plus grands stades. Mais mon bonheur serait de produire des spectacles époustouflants, magiques pour le bonheur de mon public camerounais et ensuite pour le mien. Les concerts que je ferai au Cameroun seront époustouflants je vous assure, parce que ce serait les retrouvailles avec mon pays, le public où mon aventure a commencé. Je suis devenu le musicien que je suis parce que j’ai commencé dans les rues, les bars de Douala à 16 ans et Tom Yoms m’a remarqué. J’ai joué avec lui et il m’a introduit auprès d’autres immenses artistes comme Ekambi Brillant, Bebey Manga. C’est Tom Yoms qui met la lumière sur ma personne. Après j’ai joué avec tout le monde, tous les artistes du Cameroun, tous les rythmes. Je suis vraiment un enfant du peuple. Pour revenir à votre question, c’est mon rêve de jouer dans mon pays. Je n’attends que l’invitation des promoteurs de spectacles.

Avec Nkol Ayop c’est le début d’une carrière totale solo ?

Oui bien sûr. C’est ce que j’espère.

On sait qu’Alain Oyono est issu d’une famille de musicien. Mais quel déclic, quelle inspiration vous a conduit à la musique ?

La disparition de mon père en 1994 m’a donné envie de lui ressembler. Six ans plus tard, je décide d’être musicien. Mon père était pasteur, maître de chorale. Il jouait à la guitare à la flute et au nkul.

Et pourquoi le saxophone et non la flute ou la guitare ?

J’ai l’habitude de dire aux gens qu’un musicien ne choisit pas son instrument. C’est l’instrument qui le choisit. Le jour où mes doigts se sont posés sur le saxophone en 2000, j’ai compris que c’est l’instrument avec lequel je passerai le restant de ma vie.

On sait que Manu Dibango vous a beaucoup influencé. Quels étaient vos rapports ?  

Je ne sais pas quel est le musicien que Papa Manu n’a pas influencé. Déjà jeune, Manu avait sorti la chanson de la bande dessinée «Kimbo». Il jouait au saxophone. Cette chanson me parlait beaucoup. Pendant beaucoup d’années, ses musiques étaient le générique du journal et de pleines d’émissions sur la chaîne nationale et le poste national. Il a marqué le musicien que j’étais. Sa particularité qu’il avait à ressortir l’afritude avec son saxophone me subjuguait. Son saxophone décrivait le continent africain. Quand je l’ai rencontré la première fois en 2007, c’était sur un évènement de Guinness Cameroun au Hilton à Yaoundé. Il venait faire un concert avec Papa Wemba. Je faisais partie de l’orchestre qui accompagnait l’évènement. L’un des organisateurs de cet évènement, Sylvain Nkom, a voulu que je fasse une surprise à Papa Manu en jouant un de ses morceaux. On a fait asseoir Manu, on lui a dit qu’il y a un jeune camerounais qui veut lui faire une surprise. Manu c’est assis. On est monté sur la scène, on a joué «Papa Groove». J’avais 23 ans.

Le saxophone s’est dévoilé à lui très tôt. A 16 ans, Alain Rodrigue Oyono, de son nom d’artiste Alain Oyono, se faisait déjà des fans grâce à son jeu. Influencé par les jazzmen Kennedy, Dave Koz, Groover Washington, Charlie Parker et Manu Dibango, Alain Oyono

Alain Oyono et Manu Dibango.

Manu était tellement content, très ému. Il a salué toute l’équipe. Après ça, Manu ne m’a plus jamais lâché. Chaque fois qu’il est venu au Cameroun, on s’est vu et c’est lui qui m’appelait. J’ai fait plusieurs fois son «sound check». Le saxophone est un instrument personnel. Un saxophoniste ne demande pas à quelqu’un d’autre de faire son «sound check». Qu’une sommité comme Manu me demande de faire son «sound check» avant un concert, c’est une preuve de respect énorme. Un jour au Sawa, Manu m’appelle et me dit qu’il nous prend une bouteille de whisky. Vous vous imaginez, Manu et moi autour d’une bouteille. Il m’avait raconté toute sa vie, on avait tellement parlé. Tout ce que j’avais en tête c’était un album avec lui et je lui avais dit : «Papa, je veux qu’on fasse un album, qu’on aille à l’Ouest, à l’Est, au Nord, partout au Cameroun». Il était tellement content de l’idée parce que ce que les gens ne savent pas, c’est que Manu a beaucoup joué dans la rue en France pour pouvoir faire ses gammes.

Lire aussi :https://lavoixdukoat.com/manu-dibango-hommage-parcours-biographie/

On imagine que son départ vous a beaucoup bouleversé…

C’était très dur. Juste la veille de sa mort, je lui rendais hommage dans une de mes vidéos sur Facebook. Je ne savais même pas qu’il était malade. Ça a été un choc énorme. Comme avec le décès de mon père, je me suis dit avec le décès de Manu qui était un deuxième père pour moi, qu’il était temps que je sorte mon projet, Nkol Ayop.

Retracez-nous le parcours qui vous a conduit jusqu’à Youssou ND’our ?

La vraie histoire de Youssou N’Dour et moi c’est que j’étais en train de jouer au cabaret ‘‘Yahoo bar’’ à Yaoundé. Nous sommes en 2010. Bouba N’Dour, le frère de Youssou N’Dour est de passage au cabaret avec Serge Maboma du groupe Macase. Serge nous présente. Bouba était très admiratif de mon jeu et il voulait à tout prix que je vienne jouer au Sénégal. Pour moi, c’était une promesse comme tant d’autres qu’on entend quand on est sur scène. Mais trois ans plus tard, mon téléphone sonne. Qui j’ai au bout du fil ? Serge Maboma. Il me demande si je suis disposé à jouer avec Youssou N’Dour. C’est comme ça que l’aventure avec Youssou commence.  Et c’est ainsi que je me suis retrouvé à Bercy en France en novembre 2013 sur scène avec Youssou N’Dour. Depuis ce temps-là, jusqu’à ce jour, je suis avec lui.

 

Comment faites-vous pour ne pas être totalement absorbé par le style Youssou N’Dour dans votre musique?

Je ne suis pas Sénégalais. Je suis Camerounais. J’ai grandi dans les rues de Douala. Je suis né dans les rythmes de mon pays, je sais d’où je viens. Mais j’ai été très curieux d’apprendre la musique du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest en général et découvrir les rythmes sénégalais et pouvoir les jouer a été l’une de mes passions. La musique de Youssou et du Sénégal en général ne m’absorbent pas mais elles enrichissent ma musique.

Qu’est-ce qui meuble l’agenda d’Alain Oyono pour cette fin d’année 2021 et l’année 2022 ?

Aujourd’hui, je me suis entrepris à faire découvrir au public l’univers musical d’Alain Oyono, comment est-ce qu’il entend, perçoit et interprète la musique. J’ai décidé d’utiliser toutes les plateformes digitales pour promouvoir ma musique. C’est ainsi que j’ai créé le «15Min Live». C’est une sorte de concept pour faire des concerts de 15min diffusés en direct sur ma chaîne Youtube, et ma page Facebook. Le premier «15Min Live» du mardi 19 octobre 2021 était mon hommage à Papa Manu, lui qui a inspiré ma vision musicale. C’était magnifique.

Le saxophone s’est dévoilé à lui très tôt. A 16 ans, Alain Rodrigue Oyono, de son nom d’artiste Alain Oyono, se faisait déjà des fans grâce à son jeu. Influencé par les jazzmen Kennedy, Dave Koz, Groover Washington, Charlie Parker et Manu Dibango, Alain Oyono

Affiche 15Min Live

Les musiciens se sont lâchés. Le public a tellement apprécié. Ça m’a fait un bien fou quand je lisais leurs commentaires. Le troisième live c’est mardi 16 novembre. Les 15Min Live c’est les mardis de chaque deux semaine à 20h. Entre temps je continue de composer, de jouer et de faire des arrangements pour les artistes qui me contactent à travers le monde.

15MinLive Alain Oyono : spécial hommage à Manu Dibango

Quand vous remporté le prix « Audience Favorite Performer » du festival « Jazz Master Jam» à Odessa en Ukraine en 2013, quelles émotions vous habitent ?
Ma plus grande victoire sur le Master Jam c’est déjà d’avoir été sélectionné parmi les participants, parce qu’on sélectionnait les meilleurs musiciens à travers le monde. J’étais le seul artiste sélectionné pour le continent africain. Il y avait cinq saxophonistes sélectionnés.

Le saxophone s’est dévoilé à lui très tôt. A 16 ans, Alain Rodrigue Oyono, de son nom d’artiste Alain Oyono, se faisait déjà des fans grâce à son jeu. Influencé par les jazzmen Kennedy, Dave Koz, Groover Washington, Charlie Parker et Manu Dibango, Alain Oyono

Alain Oyono au Master Jam, Ukraine 2013.

L’idée c’était de réunir des musiciens qui ne se sont jamais rencontrés, qui n’ont jamais échangé, de faire des concerts et fait naître des liens d’amitiés. Nous sommes restés tous en collaboration aujourd’hui.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

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