Le tronçon Bonis-Bent, sur la nationale n°10, n’est plus qu’une succession de nids-de-poule et de tranchées mortels.
Partant du grand carrefour Bonis, le constat est sans appel. Un cratère profond d’un demi-mètre occupe la moitié de la route. « Si tu tombes dedans la nuit, soit tu crèves un pneu, soit tu finis dans le décor », lance Jean-Pierre, chauffeur de taxi-brousse. Nous sommes sur la nationale n°10, l’une des portes d’entrée de la région de l’Est. Sur des dizaines de kilomètres, en allant du côté de Yaoundé, la chaussée se décompose. Le bitume inauguré en 2012 a cédé sous le poids des grumiers et l’usure du temps. Les nids-de-poule se succèdent sans discontinuer. Si certains sont signalés par des branchages jetés par les riverains, d’autres se cachent sous une pellicule d’eau en cette fin de saison des pluies.
Ici, les automobilistes zigzaguent, mordant sur la voie opposée. Un exercice périlleux de jour comme de nuit. La chaussée s’est fissurée en toile d’araignée. Les bas-côtés, rongés par l’érosion, s’effondrent par plaques. « Ici, la route n’existe plus », lance notre chauffeur. Pour lui, « la nuit, c’est la roulette russe ». « Je connais cette route par cœur, mais je refuse de rouler après 19 heures à cause de ces nombreux trous », confie-t-il. Son conseil aux usagers non habitués : « Qu’ils dorment à Bertoua ou à Abong-Mbang. La route ne pardonne pas. » Pour ce chauffeur de ligne, la facture est lourde. « Mes amortisseurs ne tiennent pas six mois. Les pneus éclatent sur les flancs à cause des cailloux. Et quand on roule doucement pour éviter la casse, on met environ deux heures entre Bertoua et Abong-Mbang. » Il pointe du doigt l’inaction des pouvoirs publics. « On nous parle de la réhabilitation de cette route depuis des années, mais on ne fait que des pansements sur une jambe cassée. »
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Un axe vital, des travaux à la traîne
Pourtant, la nationale n°10 n’est pas une route secondaire. Elle constitue un maillon du corridor Douala-Ndjamena-Bangui, vital pour l’approvisionnement du Tchad et de la République centrafricaine. Chaque jour, des centaines de camions de transit l’empruntent. Le trafic intense des poids lourds, conjugué à l’absence d’entretien, accélère la dégradation. Des chantiers existent pourtant. En janvier 2026, l’entreprise Somaf menait des travaux de déflashage entre Abong-Mbang et Doumé. Plus récemment, en août 2026, la même entreprise intervenait au carrefour Nkoabang, sur la section urbaine de la n°10, dans le cadre d’un entretien confortatif couvrant environ 329 km entre l’échangeur Ahala et Bonis. Mais sur le tronçon Bonis-Bent, les usagers n’ont toujours pas vu la couleur des engins. Par mesure de prudence, les transporteurs ont adopté leurs règles de survie. « Si vous ne connaissez pas la route, ne prenez pas le risque de rouler la nuit. Même de jour, roulez lentement. Ici, un nid-de-poule peut vous coûter la vie », martèle notre chauffeur.
Ange-Gabriel OLINGA BENG





