Réunis en Assemblée Générale ordinaire le 29 mai 2026, les actionnaires de la Société Africaine Forestière et Agricole du Cameroun (Safacam) ont validé les performances d’un exercice 2025.
Les travaux de l’Assemblée Générale ordinaire 2026 de la Safacam se sont ouverts ce vendredi 29 mai, vers 14h. Le silence s’installe progressivement. Environ dix minutes, la vidéo déroule le bilan 2025 de l’entreprise : plantations d’hévéa et de palmiers, unités industrielles, performances économiques, actions sociales, investissements, engagements environnementaux, etc. Quelques minutes plus tard, le Président du Conseil d’administration, Régis Helsmoortel, lance officiellement les assises. Très vite, les débats quittent le terrain protocolaire pour se concentrer sur les performances économiques et financières d’un exercice 2025 qui consacre la réussite d’une stratégie de consolidation méthodique.
L’année écoulée n’avait pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Entre sécheresse prolongée, fortes pluies, volatilité des marchés agricoles et ralentissement de certaines productions, plusieurs facteurs auraient pu peser lourdement sur les résultats. Mais la Safacam a démontré une capacité d’adaptation remarquable. Là réside d’ailleurs l’enseignement majeur de cette AGO : la société a réussi à créer davantage de valeur avec un niveau d’activité légèrement inférieur.
Le chiffre d’affaires recule de 4 %, passant de 29,51 milliards à 28,35 milliards FCFA. Une contre-performance apparente, essentiellement liée à la baisse des ventes de caoutchouc. Pourtant, derrière ce recul se cache une réalité financière beaucoup plus révélatrice. Grâce à une maîtrise rigoureuse des coûts, l’entreprise réduit ses charges de 2 %, améliore sa marge opérationnelle et porte son résultat opérationnel à 4,75 milliards FCFA. Le bénéfice net atteint 3,225 milliards FCFA, en progression par rapport à l’exercice précédent.
Le nouveau visage de la performance
Cette évolution traduit une véritable maturité économique. Safacam ne fonde plus sa création de valeur uniquement sur la croissance des volumes vendus, mais sur l’efficacité de sa gestion. L’amélioration des marges, la réduction des charges et l’optimisation des ressources deviennent les principaux moteurs de la performance.
Les états financiers IFRS renforcent cette lecture. Le total du bilan atteint 33,63 milliards FCFA. Les capitaux propres progressent à 21,94 milliards FCFA et représentent plus de 65 % des ressources de l’entreprise. Ce ratio témoigne d’une autonomie financière exceptionnelle dans le secteur agro-industriel. Dans le même temps, les dettes financières à long terme diminuent de près de 30 %, tandis que la trésorerie disponible bondit de 810 millions à 1,56 milliard FCFA.
Cette progression spectaculaire de la trésorerie est sans doute l’indicateur le plus révélateur de la santé financière de l’entreprise. Elle traduit une forte capacité d’autofinancement et une génération de liquidités suffisante pour soutenir les investissements futurs sans dépendre excessivement des financements bancaires. En d’autres termes, la Safacam finance de plus en plus son développement par ses propres ressources.
Préserver pour mieux construire
Cette philosophie se retrouve dans les résolutions adoptées par les actionnaires. Sur un bénéfice distribuable de 14,618 milliards FCFA, seuls 2,732 milliards sont distribués sous forme de dividendes, soit 2 200 FCFA par action. Plus de 11 milliards FCFA sont maintenus dans les comptes de la société sous forme de report à nouveau. Ce choix confirme une stratégie claire : préserver les ressources financières afin de sécuriser les investissements futurs et renforcer davantage la solvabilité de l’entreprise.
Lire aussi : Assemblée générale de la Safacam : entre consolidation des performances et ambitions responsables
Lire aussi :Safacam : un chiffre d’affaires en hausse de 25% en 2024
Le marché financier ne s’y trompe pas. Entre 2019 et 2026, le titre Safacam est passé de 22 000 à 33 000 FCFA, soit une progression de 50 %. Avec une hausse de 13,2 % en 2025, l’action réalise la meilleure performance de la BVMAC. Cette évolution reflète la confiance des investisseurs dans les fondamentaux de l’entreprise et dans la cohérence de sa stratégie. Au terme des travaux, les réactions des actionnaires confirment largement cette lecture. Kamdem Nicolas salue la progression du bénéfice net et du dividende. Pour lui, la qualité des résultats justifie désormais une réflexion sur une incorporation des réserves afin de renforcer davantage l’attractivité du titre et de mieux valoriser les actionnaires fidèles.
Lire aussi :Awards du marché des capitaux de la Cemac : l’acte 2 sur les rails
Maturité économique et solidité financière
Raoul Sinko voit dans les chiffres présentés la preuve d’une entreprise « stable et bien gérée », capable d’améliorer ses résultats malgré le recul des ventes. Selon lui, la réduction des charges démontre la qualité du management et la solidité des équilibres financiers. Mais cette satisfaction s’accompagne également d’une interrogation stratégique. Plusieurs actionnaires estiment que la puissance financière désormais accumulée pourrait soutenir des projets industriels plus ambitieux. Mme Ngangoue Yvette résume cette préoccupation en posant une question qui a marqué les échanges : « Nous produisons du caoutchouc, mais nous continuons d’importer les pneus. Pourquoi ne pas transformer davantage localement ce que nous produisons ? » Cette réflexion illustre finalement le principal défi qui attend désormais la Safacam. L’AGO 2026 n’a pas seulement validé des comptes bénéficiaires ; elle a consacré la réussite d’un modèle économique fondé sur la discipline financière, le désendettement, la rentabilité et la création durable de valeur.
La question qui émerge désormais n’est plus celle de la solidité financière de l’entreprise. Les chiffres y répondent avec éclat. Le véritable enjeu est de savoir comment cette puissance financière pourra être transformée demain en nouveaux relais de croissance, en industrialisation accrue et en création de valeur supplémentaire pour les actionnaires comme pour l’économie camerounaise. Au terme de cette AGO 2026, la Safacam confirme la solidité de ses fondamentaux économiques et financiers. Entre rentabilité renforcée, gouvernance stable et capacité d’autofinancement accrue, l’entreprise consolide ses acquis tout en ouvrant le débat sur les prochaines étapes de sa création de valeur.
Cheikh Malcolm EPANDA






