Livre à polémique : Comment le livre a été introduit par effraction au programme

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Il y a quelques années, le livre «L’Excellence en Sciences» a été conceptualisé par quatre co-auteurs : Charles Ebang Ehole, Joseph Hessel, Yves Patrick Ango et Martin T. Bella Ndzana. Mais avant que ce livre édité par Nmi Education ne soit inscrit au programme en classe de 5ème, des experts du Centre pour le développement des bonnes pratiques en santé (Cdbps) avaient reçu le draft de ce livre. Question de le passer au peigne fin et d’en faire la recension. Pierre Ongolo, Psychologue et Directeur dudit  centre, Bomono, Anthropologue, et Nsangou Moustapha, Sociologue, et d’autres chercheurs en sciences sociales non des moindres avaient lu et relu le document de référence articulé autour de l’Education à la santé de la reproduction (Esr). Étant donné que ce centre de recherche avait été associé à l’élaboration du programme lié à l’Education à la santé sexuelle, l’enjeu du travail peaufiné par P. Ongolo et ses pairs consistait à extraire le livre « L’Excellence en Sciences » des mots et expressions rustres ne cadrant pas avec l’environnement socioculturel camerounais. En réalité, d’après des investigations faites, l’intitulé du programme sur lequel ces spécialistes des sciences sociales ont travaillé est « L’Education sexuelle complète », dont l’orientation théorique n’est pas mauvaise en soi tant elle est assortie, au regard du contenu, des avantages.

ce livre-polémiste opte pour un style communicationnel occidentalo-centriste visant à reproduire les trajectoires des référentiels culturels de l'ailleurs. Le langage véhiculé autour de ces images de la zoophilie et de la perversion est fort osé et offusque la décence

Les pages en question déchirées par un parent d’élève.

«Défendre un livre vomi»

Seulement, après consultation et relecture des pages de ce livre polémiste, les experts, visiblement ébahis, soutiennent que ce qui a été retenu, en termes de messages, images, exercices, mots et expressions, dans ce livre, n’est pas ce qui avait été dûment décidé. «Je crois que les éditeurs ou les Pleg (Professeurs de lycée d’enseignement général) qui l’ont écrit n’ont pas compris », nous relate un expert du Centre pour le développement des bonnes pratiques en santé. Sans conteste, le problème de méthodologie qui est relevé dans le livre « L’Excellence en Sciences » réside dans la démarche de la transmission des enseignements, des messages, des images, des mots et expressions jugés « brutaux » autant par la communauté éducative que par des chercheurs en sciences sociales. Les experts du Cdbps,  qui avaient disséqué ce livre ces derniers mois, expliquent : «L’idée de l’Education sexuelle complète n’est pas mauvaise. Mais, elle n’a tenu compte ni des cibles, ni de la socio-culture dans laquelle nous évoluons». Il y a donc une non-congruence entre les mots et expressions usités dans ce manuel et les référentiels socioculturels en vigueur dans les communautés ethno-régionales camerounaises. Enseigne-t-on, dans les milieux familiaux, les pratiques sexuelles asociales liées à la zoophilie, à la sodomie, à la fellation ou encore au cunnilingus ? Que nenni ! Répondent bien de parents et d’enseignants qui affirment avoir découvert ces excroissances sexuelles à l’âge adulte. Emmanuel Ngouaba, Pleg, inspecteur pédagogique général au ministère des Enseignements secondaires (Minesec), se questionne à ce propos : «Comment peut-on continuer à défendre un livre vomi ? Qui va encore acheter ce livre ? Quel enseignement ? Quel enseignant sérieux peut-il ouvrir ce livre dans une classe ? Vraiment, ayons un minimum de respect pour les parents et les citoyens ! Les parents ont dit non à ce livre». Lire aussi : Manuels scolaires : Maurice Kamto dénonce la promotion des dérives perverses

Passage au forceps

Au demeurant, il est aisé de constater qu’entre ce qui a été décidé relativement à la mise en forme du livre « L’Excellence en Sciences » et sa mise en œuvre, il y a un problème décrié par des maillons de la communauté éducative. Les remarques, critiques et suggestions faites par des spécialistes des sciences sociales du Cdbps n’ont pas été prises en considération au demeurant. Pourtant, ils avaient été associés à sa conception et à son élaboration. Histoire d’introduire l’Education sexuelle complète à l’école. Fondamentalement, selon des sources crédibles, la recommandation finale du projet d’introduction de l’Education sexuelle complète consistait à adapter les messages à la cible et à chaque âge. Tout est parti de l’expérience vécue dans les sociocultures camerounaises. En effet, dans les ménages des dix régions camerounaises, les agents socialisants (chefs de ménage) ne parlent pas de la sexualité et, a fortiori, des déviances sexuelles contemporaines, telles que la zoophilie, l’ondinisme et, la scatologie. L’invariant explicatif évoqué en pareille circonstance est lié au fait que la sexualité est, reste et demeure un phénomène tabou en dépit de l’émergence de la modernité des mentalités populaires urbaines, en dépit de la libéralisation des mœurs et de la mondialisation de la société planétaire. Or, certains pays étrangers ayant introduit le programme lié à l’Education sexuelle complète n’ont pas connu autant de problèmes. Et pour cause : la méthode de socialisation de la démographie scolaire audit programme a été diffusée sans heurts, sans couacs et sans anicroche, les messages et images, les mots et expressions ayant été adaptés à leur contexte. Il s’agit, entre autres, du Canada, du Ghana et du Sénégal. Lire aussi : Programme scolaire : le satanisme introduit au programme camerounais

Le jeu trouble du Minsec

Les cultures camerounaises sont fatalement vouées à la disparition. Les nouvelles séries mettent l’accent sur les langues étrangères, alors qu’on s’attendait à revaloriser les langues locales

Pr. Nalova Lyonga Pauline Egbe.

En rappel, le Centre pour le développement des bonnes pratiques en santé (Cdbps), qui a été associé à l’élaboration dudit projet, a été surpris de constater que juste après la dernière réunion qui remonte à quelques semaines à Yaoundé, des fonctionnaires du Minesec et les membres de la commission d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques avaient, sans requérir leur onction, intégré le livre « L’Excellence en Sciences » au programme en classe de 5ème. Toute chose ayant suscité le courroux d’une maison d’édition connue du grand lectorat, laquelle a décidé, par le phénomène de la manipulation des acteurs médiatique et techno médiatique, de poser le problème dans l’agora et sur la toile. C’est pourquoi depuis le 6 septembre 2018, d’aucuns soutiennent, manifestement, la thèse de la guerre des éditeurs, dont les enjeux sont liés au business du livre scolaire, aujourd’hui en butte à la rareté. C’est même cette question qui a fait l’objet de débat le 7 septembre 2018 lors de la récente concertation organisée à la Primature par Séraphin Magloire Fouda, Secrétaire général des services du Premier ministre (Sgpm). Le Centre pour le développement des bonnes pratiques en santé est une unité de recherche, laquelle appuie  l’Etat camerounais dans la prise de décision basée sur les données probantes ou sur les preuves.

Eriger les contre-valeurs en valeurs

In fine, il apparaît que le livre polémiste « L’Excellence en Sciences » pose, à la fois et a posteriori, trois problèmes de fond. Il y a, primo, le problème du business du livre scolaire que les co-auteurs, la commission d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques et le ministère des Enseignements secondaires (Minesec) dissimulent dans leurs discours relayés dans l’espace médiatique. Il est urgent de le résoudre ! Secundo, il existe un autre problème lié à la guerre symbolique  des éditeurs qui, de manière sous-jacente, instrumentalisent, chacun à son niveau, certains Hommes de médias et des activistes des réseaux sociaux. The last but not the least, le problème périlleux et insidieux de l’implémentation de l’école occidentale dans le contexte du système éducatif  camerounais, dont le dessein est d’ériger les contre-valeurs en valeurs, des contre-modèles en modèles.  D’ailleurs, les mots et expressions usités dans ce manuel souscrivent aux référentiels socioculturels exogènes se rapportant aux trajectoires de la vie occidentale. Ces excroissances sexuelles contemporaines – zoophilie, sodomie, fellation, cunnilingus, ondinisme, scatologie, etc- ne font guère partie intégrante de la socioculture africaine et, singulièrement, de la socioculture camerounaise. En ce sens, l’heure est à la vigilance, à la prudence et, surtout, à la méfiance tant il ne faut pas se laisser influencer et dominer par les sirènes de la transposition des trajectoires culturelles extérieures  répondant à l’idéologie occidentalo-centrée. Lire aussi :Mœurs : La pénétration du système éducatif camerounais par un livre-polémiste: une Socio-critique de l’approche par compétence

Serge Aimé BIKOI

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