Julien Pestre : «Je ne pense pas à un featuring avec Charlotte Dipanda»

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Il a le Cameroun dans la peau. C’est plus qu’une maison d’adoption pour lui, parce qu’il s’y sent «chez moi». Après des années à la maîtrise du doigté du pur Bikutsi, le français qui joue et chante le Makossa, le Benskin, l’Assiko… a fait «Un Tour au Mboa» explosif samedi 18 mai 2019. Dans cet entretien, Julien Pestre nous parle de son «immense amour» pour son Cameroun, de sa carrière solo depuis que Charlotte Dipanda et lui ont signé leur «divorce heureux».

Vous avez toujours été derrière, dans l’orchestre. Qu’est-ce que ça fait de passer de l’ombre à la lumière ?

Franchement, ce qui m’a choqué c’est que quand tu es à la place des musiciens comme je l’ai été, on ne se demande pas ce que font les artistes qu’on accompagne lorsqu’on attend la balance à l’hôtel, par exemple quand on est en tournée. Je sais maintenant. A 7h du matin, il faut faire les radios, les télés, la promo de l’évènement. C’est franchement épuisant. Heureusement qu’avant de commencer, j’ai un peu changé mon style de vie. J’ai arrêté de fumer, je recommande d’ailleurs à tout le monde de le faire. C’est ce qui m’a permis de tenir le rythme. Quant à l’émotion que je ressens sur scène aujourd’hui, en fait, j’ai eu à faire plusieurs évènements avec des interventions sur un ou trois morceaux. Aujourd’hui c’est mon premier grand format. Je viens juste de descendre de scène. Il faut que je me pose et que je réfléchisse à l’émotion que j’ai ressentie. Il faudrait que je mette tout à plat.

Lire aussi :Spectacle : explosif Julien Pestre !

Comment naît votre immense amour pour le Cameroun ?

Quand on est musicien, chercheur et artiste, on ne peut que tomber en admiration devant ce pays qu’est le Cameroun. Donc c’est naturel, pour moi qui suis un homme curieux, musicien, d’arriver dans un pays qui regorge tellement de richesses. C’est incroyable. C’est comme le voyage qu’on a fait ce soir, «Un tour au Mboa», c’est-à-dire de Douala au pays Bassa en passant par les montagnes de l’Ouest à la savane du Nord, le Centre…c’est un pays incroyable. Je suis tombé sous le charme du Cameroun à cause de sa culture. J’ai d’abord été sous le charme à travers le Bikutsi parce qu’en tant que guitariste à Yaoundé, il y avait beaucoup à faire en abordant le travail de Messi Martin, les Têtes Brulées…toute cette génération de Bikutsi qui utilisait beaucoup les guitares pour remplacer les balafons, au moment où on avait électrifié le Bikutsi. Et en sortant de Yaoundé, j’ai découvert le pays Bassa avec l’Assiko, le Makossa. Être dans un pays, et changer de culture juste en parcourant 10kilomètres, c’est incroyable. Ça m’a touché parce que chez nous en France on avait cela il y a peut-être 200 ans. On l’a complètement perdu. Maintenant les régions sont uniformisées. Je sais par exemple que je suis du Sud-Ouest de la France. Je sais qu’on nous appelait avant les Gascons, mais je ne connais aucun mot de mon patois. Mon père ne connait pas, ni mon grand père. Ça fait 200 ans qu’on a perdu tout ça. Ça  fait un peu mal et quand on arrive dans un pays comme le Cameroun qui a su sauvegarder cette culture -jusqu’à présent parce que j’ai l’impression que ça commence à s’effriter-, ça touche et on est obligé de s’y intéresser.

Julien Pestre fait Un Tour au Mboa. Concert au Cameroun

Julien Pestre fait “Un tour au Mboa”

Ce soir vous avez visité les répertoires de certains classiques de la musique camerounaise. Comment s’est opéré le choix des chanteurs ?

Ça faisait déjà longtemps que je me promenais chez les Douala, chez les  Bassa et à Yaoundé. Mais je ne pouvais pas faire un spectacle qui s’appelle «Un Tour au Mboa» qui représente tout le Cameroun, et m’arrêter à ces trois styles. Même si on n’a pas fait tous les villages, il fallait au moins qu’on parte au Nord, en pays Bamoun, en région anglophone. Je suis aussi parti sur le coup de cœur d’une chanson que j’écoute souvent, j’ai étudié la faisabilité parce que je suis étranger et il faut que j’essaie de prononcer au mieux les paroles. Dans le spectacle, je n’avais pas de morceau pour représenter la région anglophone et  c’était impossible pour moi, surtout dans le contexte actuel, de faire ce spectacle sans représenter la région anglophone. C’est pour ça que Castro Epanya (le batteur) qui connaissait interprété quelque chose l’a fait. Et on suivait instrumentalement. En fait, la langue utilisée dans cette chanson était un peu trop compliquée pour moi de vite apprendre sur lapse de temps.

Vous avez des traducteurs qui vous aident à comprendre les chansons ?

Oui, mais en langue duala je n’ai plus trop besoin de quelqu’un. Je peux écouter, et on a aujourd’hui les logiciels qui permettent de ralentir les morceaux pour bien écouter. Il y a un morceau, «Basangwedi» que j’ai écrit en duala avec mon petit vocabulaire. Je peux écrire un texte en duala, mais c’est comme si c’était un enfant de 6ans qui l’avait écrit. Après je passe le texte, en l’occurrence à Lodin Nguea. C’est un musicien originaire de Deido qui vit à Paris. Il revoit la syntaxe et tout.

Vos deux compositions que vous présenter pendant le spectacle font partie d’un album ?

C’est dans un album qui est en préparation. Je ne sais pas encore en quel format ce sera parce que, en même temps que j’ai lancé ma carrière, je continue d’accompagner les artistes. J’accompagne l’artiste Ivoirienne Dobet Gnahoré avec qui on a énormément de dates. On sort des Etats-Unis et je prends l’avion ce soir pour Abidjan, après on continue la tournée en Afrique du Sud. Quand je finis la tournée avec Dobet d’ici septembre, je rentre en studio. Il faut s’attendre entre octobre et novembre à un nouvel single. Pour l’album, il faut que je rentre de la tournée, que je voie avec mon équipe sur quel temps on va le faire.

On aura peut-être dans cet album un featuring avec Charlotte Dipanda…

Je ne pense pas, pour le moment en tout cas. Vous savez, Charlotte Dipanda c’est une histoire de plus de dix ans de collaboration extraordinaire dans ma vie de musicien. On a décidé d’y mettre un terme parce que ça faisait longtemps, c’était de commun accord. C’était un divorce heureux si vous voulez. Il n’y a pas de problème. Comme ça faisait douze ans qu’on a travaillé ensemble, je ne pense pas encore à un featuring pour l’instant.

Peut-on dire que le travail aux côtés de Charlotte Dipanda a influencé cet amour intense pour le Cameroun ?

Vous savez, si j’ai connu Charlotte c’est grâce au Cameroun, ce n’est pas l’inverse. Parce que j’étais au Cameroun, j’ai rencontré Charlotte au sein de l’orchestre de Manuel Wandji où elle était encore choriste. Puis on a commencé à travailler sur sa carrière. Charlotte c’est quelqu’un de très généreuse. Si je lui avais demandé, elle m’aurait donné certaines choses, mais moi, je voulais faire mes trucs de mon côté en fait. Par contre là où ça m’a aidé, même si Charlotte n’a pas véritablement mis la main à la pâte, c’est la renommée qu’elle avait. Son succès nous a permis d’être au Cameroun assez souvent pour les concerts, et j’en profitais pour faire mes recherches.

Le Cameroun c’est votre pays d’adoption. Avez-vous le sentiment que le Cameroun vous a adopté ?

Tout à fait. J’ai une superbe expérience avec les Camerounais, que ce soit dans les spectacles ou en dehors. C’est mon état d’esprit aussi qui fait qu’on est en accord. Il n’y a rien qui me choque dans ce pays. J’ai l’impression en fait qu’ici je suis chez moi.

Entretien réalisé avec Valgadine TONGA

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