- Advertisement -spot_img
AccueilA La UneTransport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies

Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies

- Advertisement -spot_img

La plateforme TaxiGo est une nouvelle offre proposée par la société Alo Technologies soutenue par les Aéroports Du Cameroun (ADC). TaxiGo permettra de booster les retombées des ADC. Un énorme bénéfice sur le dos des chauffeurs. Qui devront verser 800.000 Fcfa aux ADC, pour continuer d’y travailler. Loin de refléter une innovation saine et prometteuse protégeant les intérêts des masses laborieuses, la mise en œuvre présente déjà les prémices d’une vaste escroquerie.

Selon des informations glanées à bonne source, pour participer au processus TaxiGo de la société partenaire des ADC, Alo Technologies, il faut d’abord débourser la somme de 800 000 FCFA par chauffeur. Une somme, d’après nos sources, qui représente une caution pour le chauffeur s’il veut continuer à travailler dans l’emprise aéroportuaire gérée par les ADC. Plusieurs chauffeurs surpris par la mesure et regroupés au sein de l’Association des Chauffeurs de Taxis de l’Aéroport, Acta (membre du Synctrapuircam), ne comprennent pas ce revirement des ADC. Selon des informations recueillies auprès des dirigeants des ADC, TaxiGo permettra de « booster » les retombées générées en ce moment par les ADC au niveau de la gestion du transport des passagers au sein de l’emprise aéroportuaire vers des destinations diverses.

Lire aussi :Transport périurbain : un nouveau point d’embarquement pour la gare de SOA   

Selon les chauffeurs de ACTA, au commencement, tout se passait bien aux Aéroports du Cameroun. Zéro plainte venant des ADC, ni des chauffeurs de taxis de l’Aéroport, encore moins des passagers. Mais en début juin, Alo Technologies est venu avec un projet qui donne un « nouveau visage à l’esclavagisme », selon les syndicalistes. « Nous avons l’impression que des gens veulent à tout prix que ce pays brûle », gronde le Vice-président national du Synctrapuircam et Secrétaire général adjoint de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (CSTC), Joseph Noel Biyoa. L’homme que nous avons rencontré ce mercredi 12 août 2026, entouré d’autres défenseurs des droits des transporteurs, est tout remonté. Une seule phrase revient dans leurs échanges : « Les ADC ne peuvent pas ramener l’esclavage au Cameroun ». Le projet TaxiGo que soutient les ADC risque, selon les syndicalistes, mettre le Cameroun à feu.

Lire aussi :Syndicalisme : le bureau confédéral veut sauver la CSTC du naufrage  

Selon Joseph Noel Biyoa, face à un acte d’esclavagisme organisé en coaction, le SYNCTRAPUIRCAM a saisi les responsables des ADC pour chercher à échanger afin de trouver une meilleure proposition. Les portes sont restées closes jusqu’à ce jour. Les ADC privilégiant le partenaire Alo Technologies en « violation grave des droits des travailleurs et un esclavagisme organisé ».

Pour mieux comprendre

Dans les deux aéroports de Douala et Yaoundé, il y a deux types de taxis : les taxis classiques jaunes qui chargent aux entrées des aéroports, et les taxis VIP. Ces taxis VIP fonctionnent depuis le lancement des aéroports. Les Macarons ADC fixés au départ à 15 000 Fcfa sont passés à 25 000Fcfa, puis les ADC ont fait grimper le prix à 100 000 FCFA pour travailler. Ces chauffeurs se vêtissent également aux couleurs des ADC. Ils ont tous la Licence L5. Bref, ils respectent la réglementation et la discipline voulue par les ADC dans leurs aéroports. « Ils travaillent là depuis. Aucun passager ne se plaint. Les véhicules qu’ils conduisent sont aux standards exigés par les ADC. Certains chauffeurs payent encore les crédits bancaires pour ces voitures, d’autres ont pris une cotisation dans les tontines. D’autres sont en location-vente chez des gens qui ont acheté. Ils sont en train de rembourser. Ils ont respecté les exigences des ADC. Subitement, en milieu d’année, les chauffeurs constatent que les ADC refusent de leur renouveler les macarons. Les ADC les appellent pour dire qu’ils doivent laisser leurs véhicules, leurs Avensis, pour intégrer le projet Taxigo de Alo Technologies. Vous êtes propriétaire d’un véhicule. On vous dit de laisser votre véhicule pour venir travailler comme chauffeur de quelqu’un », explique le Vice-Président du Synctrapuircam, Joseph Joel Biyoa.

Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies
Les voitures nouvelles acquises par les chauffeurs des taxis des aéroports, que les ADC veulent remplacer par TaxiGo.

TaxiGo est selon les ADC, « la révolution du transport connecté ». Tout chauffeur qui veut continuer à exercer aux ADC devra se mettre à jour, en versant 800.000 Fcfa de caution. Et comme l’entreprise exige que ce soit deux chauffeurs par voiture, les deux chauffeurs devront verser pour la caution d’une voiture, 1,6 million Fcfa. Ils recevront alors les clés d’une voiture TaxiGo, de marque chinoise. Les ADC leur demandent de délaisser leurs véhicules personnels pour prendre des véhicules neufs à 23 500 000 FCFA. Pourtant, Alo Technologies achète un véhicule à 10.200.000 FCFA mais il le revend à 23 500 000 FCFA. Sur ces 23 500 000 FCFA, il faut ajouter 800 000 FCFA de frais de caution. Ça fait 25.100.000 FCFA que le chauffeur versera aux ADC sur 4 ans, pour être propriétaire de la voiture. Ce n’est pas tout. Le chauffeur travaille 10.000Fcfa la course. Dans ces 10.000Fcfa, il doit verser 4 000 Fcfa à la banque, son collègue et lui prennent 2500 Fcfa, il verse 2000Fcfa pour l’entretien du véhicule, la commission Alo Technologies 1000 Fcfa et 500 Fcfa sont reversés aux ADC.

Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies

« Les gens ne disent pas non au projet, mais ce sont les leviers et les éléments du projet qui posent problème. Vous achetez un véhicule à 10.000.000Fcfa et vous le revendez à 23.500.000 Fcfa vingt-trois-millions-cinq. Et ce TaxiGo est un véhicule inconfortable. C’est comme si on venait l’expérimenter au Cameroun. Va-t-il supporter les routes du Cameroun ? Est-ce qu’on est sûr que le véhicule va arriver à quatre ans ? Les ADC veulent chasser ces transporteurs tout simplement parce qu’ils prenaient annuellement 100.000 Fcfa pour les macarons à un chauffeur. Aujourd’hui, Alo Technologies lui dit qu’il peut gagner 900.000Fcfa sur la tête d’un chauffeur, et 1,6million Fcfa sur une voiture. Les ADC gagnent 500Fcfa par tour. Ils exigent un minimum de cinq tours à chaque voiture. Ça fait 2500Fcfa/ jour, soit 17.500Fcfa la semaine ; 70.000 Fcfa le mois, ce qui revient à 900.000Fcfa l’an.  C’est pour ces 900.000 Fcfa que les ADC veulent vendre les Camerounais comme des esclaves. Alo Technologies qui vient avec le projet, gagne 1000 Fcfa par course. Il se retrouve donc par an avec 1.800.000Fcfa sur la tête d’un chauffeur », dénonce le Secrétaire général adjoint de la Confédération Syndicale des Travailleurs du Cameroun. « Si les ADC voulait qu’on revalorise les montants à verser sans entâcher le travail des chauffeurs et propriétaires de véhicules normalisés, la société devait simplement ré-amender les coûts. Pourquoi interdire toutes autres voitures et imposer seulement leurs véhicules dans des conditions excessives ! » fulmine-t-il.

La plateforme TaxiGo est une nouvelle offre proposée par la société Alo Technologies soutenue par les Aéroports Du Cameroun (ADC). TaxiGo permettra de booster les retombées des ADC. Un énorme bénéfice sur le dos des chauffeurs. Qui devront verser 800.000 Fcfa aux ADC, pour continuer d’y travailler. Loin de refléter une innovation saine et prometteuse protégeant les intérêts des masses laborieuses, la mise en œuvre présente déjà les prémices d’une vaste escroquerie.
Les chauffeurs de l’ACTA en attente de passagers.

L’Association des Chauffeurs de Taxis de l’Aéroport (ACTA) affiliée au Synctrapuircam, trouve dans cette démarche, un subterfuge des ADC pour se débarrasser des transporteurs d’un certain âge. L’avis d’appel à candidature lancé par le Directeur général des ADC, Thomas Owona Assoumou et qui se clôturait le 24 juillet 2026 à 15h30 souligne que « la Société Aéroports Du Cameroun S.A., en partenariat avec la société Alo Technologies Sarl, met en place un service de transport officiel des passagers, assuré au moyen de véhicules haut de gamme, aux standards internationaux… ».

Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies
Samuel Moyo, chauffeurs de taxi à l’Aéroport de Yaoundé.

Chauffeur taxi à l’aéroport de Yaoundé depuis 1982, Samuel Moyo affirme ne pas être contre les ADC. « Nous nous insurgeons contre Taxigo. Comment Taxigo peut nous trouver sur le terrain que nous occupons depuis 20 ans, et nous demande de céder notre place à leur groupe, à défaut de devenir leurs chauffeurs, pour un salaire de 2500Fcfa/tour ? Et ils obligent de faire un minimum de 5 courses par jour, alors que la flotte au niveau de Yaoundé est très réduite. C’est de l’esclavage pur qui doit être stoppé », martèle Samuel Moyo. Il a consacré sa vie au transport dans les ADC, ce depuis l’époque de Mvan Aéroport, devenu Aéroport militaire. Il lui reste quelques années pour éponger la dette de l’Avensis qu’il a eu en occasion vente. Célestin Ndeffo est quant à lui chauffeur depuis l’ouverture de l’aéroport de Yaoundé Nsimalen. Il est également en train de payer la dette empruntée pour acquérir la voiture aux standards exigés par les ADC.

« Les ADC et Alo Technologies viennent travailler 2.700.000Fcfa sur la tête du chauffeur. Qui lui a 1250Fcfa le tour, puisqu’ils sont deux à se partager 12.500Fcfa. Et dans les fameux 2500Fcfa que les chauffeurs gagnent par tour, ils doivent payer leur transport aller-retour au travail. Jusqu’à ce qu’ils aient remboursé le dernier franc, ils ne rentrent pas avec le véhicule, quel qu’en soit leur problème de sécurité. C’est-à-dire que si le dernier vol atterrit à 3H du matin, le chauffeur va transporter la personne, et revenir garer le véhicule à l’aéroport avant de rentrer chez lui. A préciser que les fameux 2.500 Fcfa divisés (pour les deux chauffeurs), ne sont pas donnés par jour. C’est comme un salaire que le chauffeur percevra par la banque, à la fin du mois. L’autre aspect c’est que rien ne dit qu’à l’issue des 4 ans, le véhicule sera toujours en état, et donc utilisable », précisent les correspondances du 3 août 2026 du Synctrapuircam (signées du président Prosper Aimé Essomba) adressées entre autres à la DGSN, au ministre du Travail et de la Sécurité sociale, au ministère des Transports.

Transport : les Aéroports Du Cameroun accusés de moderniser l’esclavage avec Alo Technologies

L’objet de toutes ces correspondances dont nous avons eu copie, est évocateur : « Grave violation des droits des travailleurs des transports, esclavagisme organisé en coaction, urgence réitérée d’une concertation constructive ». Les demandes d’audience des syndicats sont restées lettres mortes aux ADC. Pourtant il faut bien désamorcer cette bombe qui ne concerne pas que les chauffeurs. « L’inflation actuelle ne permet pas déjà aux citoyens Camerounais de s’en sortir. Le coût de la vie est très cher. Nos chauffeurs transportent de jour comme de nuit au même prix. Centre urbain : 10.000Fcfa. 15.000 Fcfa pour la périphérie. Alo Technologie avec son projet TaxiGo, subdivise Douala et Yaoundé en quatre zones. Alo fait grimper les coûts du transport jour, qui oscilleront entre 10.000Fcfa et 18.000Fcfa », explique Joseph Noel Biyoa. Et de poursuivre : « Pour le transport nuit, Alo Technologies demandera au client de débourser désormais 20.000. A-t-on augmenté le salaire des fonctionnaires au Cameroun ou le Smig ? Non.  Nous avons l’amère impression que des gens veulent à tout prix que ce pays brûle. Ils veulent à tout prix. Parce que là, c’est provoquer une situation qui va engendrer l’inflation, qui va encore alourdir le coût de la vie qui est déjà chère. Ce projet, que ce soit sur le plan social, économique, ou même encore la valorisation des travailleurs comme ils disent, est un bourbier. C’est de l’esclavagisme organisé, comme nous l’avons intitulé dans notre correspondance au gouvernement ». Au gouvernement de se saisir de cette patate chaude.

Valgadine TONGA

 

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img
Restez Connectés
16,985FansJ'aime
2,458SuiveursSuivre
61,453AbonnésS'abonner
Coup De Cœur
- Advertisement -spot_img

LAISSEZ UNE REPONSE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles Similaires
- Advertisement -spot_img