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ENS de Bertoua : Ndongo Mveyo Mpolomena Eddy décroche 17/20 en brisant l’omerta sur 33 ans de galère des journalistes

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Face à un jury présidé par le Pr Mahoula, l’étudiant de 5ème année en Histoire a obtenu la mention « Très-Bien », pour un travail qui ose dénoncer le paradoxe d’une Presse camerounaise officiellement libre, mais profondément fragile. Entre dépénalisation des délits de Presse, statut protecteur, indépendance déontologique, son plaidoyer historique et juridique bouscule les certitudes.  

« Le Cameroun a besoin d’une Presse forte, indépendante et protégée pour consolider sa démocratie ». Cette phrase martelée avec solennité jeudi 11 juin 2026, dans la salle de soutenance n°5 de l’École normale supérieure (ENS) de Bertoua, a valu à son auteur une salve d’applaudissements nourris. Ndongo Mveyo Mpolomena Eddy venait en fait, de défendre avec brio son mémoire de fin de cycle intitulé « Le métier de journaliste et sa protection au Cameroun (1990-2023) ». La note finale : 17/20, mention « Très Bien », sous le regard du jury présidé par la Professeure Mahoula, entourée du Dr Ze Aye (examinateur) et du Dr Enyegue, venu suppléer le Dr Pilo. Un score exceptionnel qui récompense un travail aussi rigoureux que courageux. Un choix de sujet audacieux, assume le jeune chercheur. « Les travaux d’historiens sur les médias camerounais sont assez rares. Ceux qui existent se concentrent souvent sur les institutions ou les grands titres de Presse, mais très peu mettent l’accent sur un élément important : le journaliste lui-même, sa sécurité, sa dignité ». Une lacune désormais comblée par ce mémoire qui couvre trente-trois ans d’histoire, de l’année charnière 1990, celle des lois sur la liberté d’association et de communication sociale, jusqu’en 2023. Un basculement majeur. Car le Cameroun est passé d’un monopole d’État à un pluralisme médiatique dynamique. Plus de chaînes, plus de journaux, plus de voix.

Lire aussi :Convocation des journalistes Titan Yonkeu et Alvarez Lactouo : le Spic dénonce une entrave à la liberté de la presse  

Une victoire en trompe-l’œil

Selon l’auteur, « l’explosion du nombre de médias privés coexiste avec une fragilisation profonde du statut socioprofessionnel des journalistes », a-t-il souligné. Le paradoxe est saisissant. Plus on libère l’espace médiatique, plus les professionnels se retrouvent vulnérables, précaires, parfois muselés. Pour comprendre ce mécanisme, Ndongo Mveyo Mpolomena Eddy a convoqué les théories libérales et de la responsabilité sociale du journalisme, et a bâti sa démonstration en quatre temps. L’histoire du métier, le cadre légal (Constitution de 1990, Code pénal, décrets sur la Presse, des institutions comme le Mincom et le CNC), analysé les risques et les perspectives. Le troisième chapitre, le plus poignant de son Mémoire, dissèque les « risques du métier ». L’auteur y distingue les facteurs structurels, un cadre légal jugé répressif, un contexte politique sensible, une insécurité chronique, et les risques concrets : judiciaires (poursuites, gardes à vue), économiques (salaire de misère, « gombo », précarité chronique), et physiques (menaces, agressions). Mais le véritable apport du Mémoire réside dans la description d’un mécanisme implacable que le futur Enseignant appelle le « cercle vicieux ». La peur engendre une prudence excessive, la prudence réduit l’investigation, l’absence d’investigation affaiblit la crédibilité de la Presse, une Presse moins crédible perd ses ressources économiques, et moins de ressources accentue la précarité, … et donc la peur. « Un cercle infernal dont les journalistes camerounais peinent à sortir », a tranché l’impétrant sous les regards attentifs du jury. Face aux questions des membres du jury, Ndongo Mveyo Mpolomena Eddy, a fait preuve d’une honnêteté rare. Il a confié la principale embûche de ses recherches. La peur et la suspicion de nos personnes ressources, qui n’ont souvent pas voulu nous livrer les informations ou les documents en leur possession, nous reprochant d’être trop curieux et intrusif. Une difficulté qui, en creux, valide la thèse du Mémoire. Même pour étudier le métier, il faut affronter le mur du silence et de la méfiance.

Des réformes concrètes

Fort de ce constat, le dernier chapitre ne se limite pas à une lamentation. Ndongo Mveyo Mpolomena Eddy propose des réformes concrètes et holistiques. Dépénaliser les délits de Presse pour passer du pénal au civil ; viabiliser économiquement le secteur en respectant les conventions salariales ; créer un véritable Conseil déontologique indépendant ; et renforcer la formation initiale et continue des professionnels. « Si cette recherche peut éclairer les décideurs, ne serait-ce qu’un peu, alors elle aura atteint son but », a conclu l’impétrant, avant de saluer « l’aimable et bienveillante attention » du jury.

Après de brèves suggestions, la Présidente Mahoula a annoncé la note de 17/20, accompagnée des félicitations du jury pour « la rigueur de l’approche historico-juridique et l’actualité brûlante du sujet ». Le Dr Ze Aye a relevé « l’analyse de l’évolution historique », tandis que le Dr Enyegue a salué « le choix très original du thème qui est d’actualité, et la contribution intéressante de ce mémoire pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des journalistes au Cameroun ». Désormais, la balle est dans le camp des décideurs.

Ange-Gabriel OLINGA BENG

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