Le chef de Centre régional des impôts du soleil levant a fait de l’écoute et de la vulgarisation fiscale sa méthode. Une approche de proximité qui permet à Oumarou Wadjonré de surpasser parfois les objectifs fixés par sa hiérarchie.
D’apparence simple, toujours disponible et attentif aux problèmes des usagers qui franchissent les portes du Centre régional des impôts de l’Est, Oumarou Wadjonré cultive un style rare dans l’administration fiscale. Celui d’un chef qui accueille, écoute, explique avant de sanctionner. Inspecteur principal des Régies financières (Impôts), il dirige le Centre régional des impôts de l’Est avec une conviction. « La performance fiscale passe d’abord par la confiance et la proximité avec les contribuables ».
À Bertoua comme ailleurs dans la région, les contribuables le décrivent comme « un homme accessible, prompt à écouter nos difficultés et à nous expliquer sans jargon, nos obligations fiscales ». Cette approche n’est pas anodine. Elle a permis de désamorcer les réticences et d’améliorer le civisme fiscal dans cette région où l’économie informelle reste prégnante. Pour Oumarou Wadjonré, « recevoir dignement chaque usager, c’est déjà poser les bases d’une collecte apaisée et durable ». Les campagnes de sensibilisation qu’il a impulsées s’inscrivent dans cette logique. Vulgariser le système fiscal, faciliter les démarches, notamment grâce aux déclarations en ligne et au paiement électronique, et former ses collaborateurs à un accueil de qualité.
Deux réformes structurantes
L’exercice 2024 a été marqué par une innovation majeure. La loi de finances a institué la déclaration annuelle des revenus des personnes physiques. Cette obligation concernait aussi bien les fonctionnaires que les commerçants, bref, tous les citoyens exerçant une activité, qu’elle soit commerciale ou non. Le Centre régional des impôts de l’Est a mené une vaste campagne de sensibilisation ciblant ces contribuables. « La campagne a été bien menée dans la région de l’Est. Elle a touché effectivement les fonctionnaires et les services publics », confie le chef de Centre régional des Impôts de l’Est. L’administration a intensifié ses actions dans presque toutes les délégations départementales, et les chefs des Centres divisionnaires ont pris le relais. « Vous allez constater que la mayonnaise a pris, parce que même en 2025, les chiffres étaient excellents au niveau de la région de l’Est », se réjouit-il. Autre chantier d’envergure, la réforme de l’impôt général synthétique (Igs), mise en œuvre en 2025.
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Ce nouvel impôt résulte de la fusion de l’impôt libératoire et du régime simplifié d’imposition. Il concerne les contribuables réalisant un chiffre d’affaires compris entre 0 et moins de 50 millions de francs Cfa. Cette réforme s’inscrit dans le cadre de l’autonomisation des collectivités territoriales décentralisées (Ctd). « Il fallait amener les contribuables à ne plus payer plusieurs types d’impôts, mais un seul impôt qu’on appelle l’impôt général synthétique. Et il fallait également réduire le nombre d’acteurs sur le terrain », explique Oumarou Wadjonré.
Auparavant, les agents communaux et ceux des impôts descendaient souvent pour réclamer le même type d’impôt, créant un amalgame préjudiciable. Désormais, l’administration fiscale est l’unique collecteur. « Ce travail a démarré effectivement dans la région de l’Est en 2025, en collaboration avec les Ctd, avec des équipes conjointes déployées sur le terrain. Le travail se poursuit et nous pouvons constater que la mayonnaise est en train de prendre au courant de l’exercice 2026. C’est une campagne à ma foi, qui a réussie », souligne-t-il.
Des chiffres qui parlent
En 2023, le Centre régional des impôts de l’Est a mobilisé 9.465,9 millions de francs Cfa. Soit 0,36% des recettes totales de la Direction générale des impôts (Dgi). L’année suivante, en 2024, la dynamique s’est poursuivie avec 9,6 milliards de francs Cfa de recettes fiscales collectées. Certes, l’objectif fixé était de 12 milliards de francs Cfa, mais la tendance était positive, avec un taux d’exécution de 80%. La collecte de 2024 marquait en réalité une augmentation de 3% par rapport à l’exercice précédent. Dans une région à l’économie largement informelle et aux contribuables dispersés, cette progression constante traduisait une capacité à élargir l’assiette et à maintenir la pression fiscale de manière méthodique.
Pour atteindre ses objectifs, Oumarou Wadjonré a misé sur plusieurs leviers concrets. D’abord, la technologie. Le recours accru aux déclarations fiscales en ligne et au paiement électronique a fluidifié les démarches et réduit les frictions. Ensuite, la sensibilisation. Les campagnes d’information sur les obligations fiscales se sont intensifiées, avec un effort particulier pour vulgariser un système parfois perçu comme complexe. Enfin, la collaboration interinstitutionnelle. Le Centre régional des impôts de l’Est a travaillé avec d’autres administrations pour identifier et contrer les fraudes, consolidant ainsi les recettes, tout en préservant l’équité du système. À cela s’ajoutent des formations destinées aux agents fiscaux, pour maintenir leurs compétences au niveau des meilleures pratiques de collecte.
Cap sur 2027
Fort de ces résultats, le chef du Centre régional de l’Est ne compte pas s’arrêter là. En début d’année, Oumarou Wadjonré projetait déjà de revoir ses objectifs à la hausse pour l’exercice 2026, avec l’ambition de consolider sa trajectoire de croissance et de franchir un nouveau palier de collecte. Cette cible s’inscrit dans la dynamique impulsée par la loi de finances 2026, qui appelle à une optimisation de la mobilisation des recettes fiscales et à un meilleur accompagnement des contribuables. Pour le chef de Centre régional des impôts de l’Est, l’enjeu est clair : « Transformer la confiance bâtie avec les contribuables en résultats durables, et faire de l’accueil des usagers un levier de performance supplémentaire ». Pour lui, « la performance fiscale n’est pas une abstraction. C’est une somme d’efforts de terrain, d’écoute et de rigueur ».
Ange-Gabriel OLINGA BENG





