Voulant à tous les prix céder dans l’urgence ses parts de la Sosucam à des Camerounais réunis en consortium, Somdia a attisé la curiosité de l’Etat. Dans ses investigations, le chef du gouvernement découvre le pot aux roses. Ledit consortium, tant vanté par Somdia, et porté par William Nkontchou, a présenté une société qui n’existait pas et qui a vu le jour le 22 septembre 2026. Histoire d’une désillusion.
L’information est choquante, ahurissante mais vraie. Le fameux consortium camerounais, présenté au gouvernement en août 2026 par le groupe Somdia, n’avait pas d’assise légale. Les documents dont votre journal La Voix Du Koat a eu copie, indiquent clairement que le consortium est porté par la SSC (Sosucam-Somdia-Cameroun) Holding Limited. SSC Holding Limited est une société privée à responsabilité limitée par actions, constituée le 22 septembre 2026, au sein de l’Abu Dhabi Global Market (ADGM), aux Émirats arabes unis. Immatriculée sous le numéro 40021, elle a pour activité déclarée la détention d’actifs financiers et non financiers, ainsi que de participations dans d’autres sociétés. Son adresse enregistrée est située au Level 15, WeWork Hub71, Al Khatem Tower, Abu Dhabi Global Market Square, sur l’île d’Al Maryah, à Abou Dhabi. Nulle part sur les documents, il n’est indiqué l’identité des propriétaires ou des bénéficiaires effectifs, le capital social, les actifs détenus, la situation financière ni les opérations réellement menées par l’entreprise.
En clair, SSC Holding Limited est née le 22 septembre 2026, c’est-à-dire le mois passé. Pire, son siège est basé à Abu Dhabi, capitale des Emirats arabes unis. Comment comprendre l’attitude persistante d’Olivier Parent, PDG du groupe Somdia, de confier la Société sucrière du Cameroun à une société qui n’était même pas encore née au début de l’affaire ? Du forcing, le groupe en a fait, et ne se lasse pas d’ailleurs.
Mardi 11 août 2026, à l’occasion de la sixième session du comité stratégique de pilotage du processus de cession des parts de la Somdia-Sosucam, l’ordre du jour porte uniquement sur les préoccupations des travailleurs, présentées par l’Intersyndicale. Le Président du Comité Mbotto Edimo Fréderic -Conseiller spécial N°1 des services du Premier Ministre, fait bien la précision. Mais au forceps le PDG Olivier Parent, intervenant en ligne, dévie le menu à la surprise de l’assistance et même du président du Comité, et informe que « le consortium de Nkontchou est le candidat » qui va reprendre la Sosucam. Olivier Parent révèle tout son soutien à cette candidature, et martèle qu’il n’en a cure de la deuxième candidature, celle de la CNPS associée au Kenya, « arrivée tardivement » selon lui. Le PDG de Somdia avoue soutenir Nkontchou parce qu’il travaille avec lui « depuis 6 mois, et nous avons déjà pris certains engagements » avec l’homme d’affaires camerounais. Chez le Premier Ministre, des interrogations commencent à émerger. Pourquoi uniquement ce consortium ? Qu’-a-t-il de particulier ?
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Le Premier Ministre, à travers une correspondance du ministre Directeur de son Cabinet, Balungeli Confiance Ebune, ordonne à Olivier Parent de calmer ses ardeurs : « Monsieur le Président Directeur Général…il vous est demandé de surseoir, avec effet immédiat, à toute démarche relative au projet de cession, qu’elle soit engageante ou préparatoire, auprès de toute personne physique ou morale concernée par cette opération, y compris le Consortium que vous avez initialement retenu, ainsi qu’auprès de toute administration, institution, partenaire financier ou organe social de la Sosucam ». Dans cette lettre du 10 août 2026, le Premier Ministre Joseph Dion Ngute « tient à rappeler que la Sosucam revêt, pour l’Etat du Cameroun, un caractère hautement stratégique, tant au regard de la souveraineté alimentaire du pays que de ses enjeux économiques, sociaux et politiques. C’est dans ce contexte qu’a été institué un Comité Stratégique de Pilotage, chargé d’examiner l’ensemble des implications de cette opération, d’en apprécier les différents enjeux et de formuler les recommandations idoines et objectives devant permettre au Gouvernement d’arrêter sa position en toute connaissance de cause ».
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Le Chef du gouvernement, Dr. Joseph Dion Ngute, à travers le comité stratégique, exige donc que les deux principaux candidats, posent tout leurs dossiers sur la table pour une étude approfondie. La CNPS associée au Kenya a un dossier en béton, nous confirment nos sources. Une mission est faite au Kenya pour vérifier les installations et les chiffres présentés dans le dossier. Le gouvernement et Somdia sont bluffés par la technologie très avancée et la bonne santé du secteur sucrier dans le pays. L’Etat regarde également du côté du Sénégal. Le travail est bon, à des années lumières de ce qui se passe au Cameroun, mais pas à la hauteur de ce que présente le Kenya, et de son offre alléchante pour le Cameroun. Reste le dossier du consortium, constitué de Joseph Pagop Noupoué, Henriette Noutchougouin, William Nkontchou, Igor Djoukwé et Marcel Tchagongom.
C’est dans cette ambiance, que le consortium envoie son dossier, notamment au Premier Ministre, au ministre des Finances, au ministre du Commerce et à d’autres administrations camerounaises. Il tient sur trois formats et est constitué du Certificat de constitution de la société, la licence commerciale et pouvoir de signature, et activités économiques et durée de validité. Les indiscrétions racontent que ce document a été accueilli comme une blague, puis un scandale au Premier Ministère. Comment des Hommes d’affaires bataillent pour reprendre la Sosucam, avec une société qui vient à peine de recevoir sa licence ? Comment le droit camerounais pourra s’appliquer à une entreprise basée aux Emirats Arabes Unis ? Autre curiosité, pas des moindres, aucun nom des quatre camerounais du consortium ne figure dans les documents de SSC Holding Limited. Il y figure juste le nom d’une certaine Farida Aissatou Camara, seule détentrice du pouvoir de signature. De plus, est-ce que la simple dénomination « holding » suffit-elle pour prouver l’existence d’un groupe de sociétés déjà opérationnel ? De plus, quand on fait des recherches sur le moteur de recherche Google, SSC Holdings Limited est une société privée à responsabilité limitée enregistrée au Royaume-Uni, au Numéro de société : 03951186.
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Qu’est-ce que Somdia voulait vendre au Cameroun ? Qui conseille si maladroitement le PDG Olivier Parent ? Pour sûr, le Premier Ministre a bien flairé l’entourloupe et a sauvé le Cameroun d’un désastre honteux. Mais jusqu’où sont prêts à aller Joseph Pagop Noupoué, Henriette Noutchougouin, William Nkontchou, Igor Djoukwé, Marcel Tchagongom et le PDG de Somdia ? Ce 20 octobre 2026, le groupe a organisé une Assemblée générale extraordinaire avec pour finalité, d’agrandir le nombre d’administrateurs de Somdia. Ils sont désormais 7. L’idée du groupe est d’imposer son diktat au gouvernement, lors d’un futur conseil d’administration. Dans ce bras de fer, il ne faudra pas compter sur le Premier Ministre pour courber l’échine.
Valgadine TONGA






