- Advertisement -spot_img
AccueilA La UnePeuple Baka : le douloureux voyage d’un peuple déraciné

Peuple Baka : le douloureux voyage d’un peuple déraciné

- Advertisement -spot_img

Diffusé jeudi 3 septembre 2026 à Douala au Cameroun, le film documentaire « Je te vois dans mes rêves » raconte bien plus que le retour d’un cinéaste auprès d’une famille Baka de l’Est du Cameroun. Le documentaire de l’Anglais Phil Agland donne à voir les fractures provoquées par la disparition progressive de la forêt, l’exploitation des ressources et la perte des repères culturels d’un peuple autochtone.

Il y a plus de quarante ans, le cinéaste anglais Phil Agland arrive dans l’Est du Cameroun. Encore très jeune, le réalisateur britannique s’installe auprès d’une famille Baka pour tourner un premier documentaire. Deux années sont consacrées à sa préparation. Pendant le tournage, une petite fille naît dans la famille. Parce que le cinéaste ne se séparait jamais de sa caméra, la mère décide de donner à l’enfant le nom de cet objet devenu familier : « Kamera ». Le film connaît un important succès. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Un quart de siècle plus tard, Phil Agland est invité à revenir au Cameroun avec une mission précise : retrouver Kamera et découvrir ce qu’elle est devenue. Cette nouvelle expédition, menée avec Samuel Nguiffo, spécialiste des peuples autochtones, va cependant révéler une réalité beaucoup plus préoccupante. Entre les deux tournages, la vie des Baka a profondément changé. Exploitation forestière, activités minières, grandes plantations : l’avancée de ces activités économiques a progressivement réduit l’espace de vie des communautés Baka. Or, pour les Baka, la forêt n’est pas seulement un territoire. Elle est le lieu de vie, de subsistance et de transmission des savoirs.

Lire aussi :Haut-Nyong : nouvelles difficultés liées à la scolarisation des enfants Baka  

La famille recherchée par le cinéaste n’est d’ailleurs plus au même endroit. Elle s’est déplacée, dispersée. Les liens familiaux se sont fragilisés. Les tensions avec les populations voisines se sont accentuées. Le déracinement est alors autant géographique que social et culturel. Le documentaire pose une question dérangeante : que signifie le développement lorsqu’il se construit au détriment de ceux qui occupent les territoires concernés ?

Pour les Baka, les mutations de leur environnement se traduisent par une perte progressive de leurs ressources et de leurs savoirs traditionnels. L’installation de l’alcool dans les villages vient aggraver une situation sociale déjà fragilisée. Loin d’en faire une particularité Baka, Samuel Nguiffo inscrit ce phénomène dans une réalité plus large : celle de peuples autochtones confrontés à la marginalisation, à la dépossession et à la disparition de leurs repères.

Mais le documentaire d’une durée de 1 h 30 projeté le 3 septembre 2026 au cinéma Eden à Douala, n’est pas uniquement un film sur la perte. Il est aussi une quête d’espoir. Face à l’effacement des savoirs, une idée émerge : partir à la rencontre d’autres Baka qui auraient préservé une partie de cet héritage. La recherche conduit l’équipe vers la République centrafricaine, où elle découvre des communautés vivant encore dans un environnement forestier relativement préservé.

Lire aussi : Scolarisation : la Cefan sur les pistes des minorités Baka à l’Est  

Lire aussi :Gestion des ressources des Parcs à l’Est : signature d’un nouvel accord entre le Minfof et les Baka  

Le voyage prend alors la forme d’un retour aux sources. Il s’agit de comprendre ce qui a été perdu, mais aussi de retrouver ce qui peut encore être transmis. Un Baka ayant quitté le Cameroun plus de quarante ans auparavant devient notamment un trait d’union entre les communautés. Il parle toujours la langue et sert d’interprète entre les Baka camerounais et ceux de Centrafrique.

Lire aussi :Expropriation au Cameroun : le Mindcaf chasse les autochtones à Kribi sur 28.000 hectares, au profit des Chinois   

Avec ‘Je te vois dans mes rêves’’, Phil Agland transforme ainsi une histoire familiale en témoignage sur le déracinement des peuples autochtones. Pendant 1 h 30, le documentaire interroge la disparition d’un monde et pose une urgence : comment permettre aux Baka de renouer avec leur territoire, leurs savoirs et leur identité avant que la rupture ne devienne irréversible ? Le film porte enfin l’espoir formulé par les communautés elles-mêmes, si leur histoire peut être racontée fidèlement, peut-être pourront-elles enfin être entendues.

Blanchard BIHEL

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img
Restez Connectés
16,985FansJ'aime
2,458SuiveursSuivre
61,453AbonnésS'abonner
Coup De Cœur
- Advertisement -spot_img

LAISSEZ UNE REPONSE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles Similaires
- Advertisement -spot_img