En quelques jours d’activités, Socadel a accru la fréquence des coupures intempestives, sans explication ni excuse. Dans la capitale politique Yaoundé, hôpitaux et ménages ne comptent plus les pertes.
Le 4 mai 2026, l’État camerounais annonçait par décret présidentiel, la nationalisation du secteur de la transformation et de la distribution de l’énergie électrique. Eneo cédait ainsi sa place à Socadel, la Société camerounaise d’électricité (version Cameroun, différent de Socadel France). Lors de l’installation du top management le 5 mai suivant, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, martelait qu’il attendait « des résultats visibles et mesurables ». Pour l’instant, les seuls résultats visibles sont les délestages.
Résidente du quartier Etoug-Ebe à Yaoundé, Madeleine est nostalgique : « Il y avait des coupures avec Eneo. On s’attendait à ce que Socadel fasse au moins pareil, voire mieux. Mais Socadel fait pire. Dans mon quartier, on coupait l’électricité une à deux fois par semaine, pendant quatre heures maximum. Depuis son arrivée, c’est tous les jours, pendant neuf à dix heures, parfois plus. On ne sait pas pourquoi. »
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Syndicaliste, Adeline confirme : « Depuis l’arrivée de Socadel, c’est des coupures tous les jours. Dimanche dernier, ils ont coupé toute la journée. Nos appareils souffrent. » Les plaintes ne viennent pas que des ménages. Micheline explique : « Notre paroisse non loin du carrefour Biyem-Assi fait le culte avec le groupe électrogène chaque dimanche désormais. Les rencontres bibliques de la semaine aussi. C’est pénible et très coûteux pour l’église. »
L’Hôpital Baptist Church d’Etoug-Ebe est devenu le refuge de plusieurs riverains en temps de coupures. Muni d’un chargeur, chacun sillonne les salles d’attente à la recherche d’une prise libre pour recharger son téléphone ou son laptop. Ici, le groupe électrogène tourne à plein régime. « Ces derniers jours, l’hôpital n’a presque plus d’électricité. Les coupures durent des heures. Récemment, le groupe est tombé en panne et l’hôpital est resté sans électricité plus de huit heures. Est-ce humain de priver un hôpital d’énergie ? Entre les césariennes, les opérations, les bébés en couveuse… qui sera responsable en cas de drame ? » s’interroge une infirmière. De passage au Cameroun, le Malien Moustapha ironise : « Je ne pensais pas que le Cameroun, le continent, vivait au rythme des coupures. C’est pire qu’au Mali, et pourtant nous ne sommes pas encore stables comme vous. »
Si Socadel se fait remarquer, c’est par l’intensité des délestages et par son silence. Aucune explication, aucune communication. La société donne l’impression de ne devoir de comptes à personne. Pourtant, en fin de mois, la population devra se rendre dans les agences Socadel pour payer des factures d’électricté, qu’elle ait consommé ou non.
Valgadine TONGA






