Le parlement camerounais est réuni depuis ce jeudi 2 avril, en congrès pour la révision de quelques dispositions de la Constitution avec notamment l’introduction du poste de Vice-Président. Devant les membres de la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi, l’honorable Cabral Libii a étalé les failles antidémocratiques du texte, et plaidé pour un Vice-président élu et non nommé.
Le parlement camerounais vit depuis ce jeudi 2 avril, un tournant important de son histoire et de celle du Cameroun tout entier. Le 6ème congrès du parlement qui s’est ouvert, avec pour objectif, l’examen du projet de loi modifiant et complétant certaines dispositions de la Constitution du 2 juin 1972, révisée en 1996 et en 2008. Il s’agit des articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66, qui font référence notamment à l’introduction d’un poste de Vice-Président dans la Constitution, la révision du Code électoral entre autres.
La question qui cristallise les attentions est relative à la création d’un poste de Vice-président de la République. Beaucoup y voient une avancée démocratique, mais pour le parlementaire Cabral Libii, ce projet de loi est une « illusion » de démocratie. Dans son discours -dont nous avons eu copie- devant les 29 autres parlementaires de la Commission spéciale chargés d’examiner le texte, le député du Pcrn n’a pas mis les gangs : « Ce projet de loi constitutionnelle apporte des changements mais refuse le changement. Oui, il introduit un Vice-Président. Mais à quoi sert une innovation si elle ne transforme rien ? Un Vice-Président nommé, c’est un citoyen sans peuple. Un pouvoir qui se nomme lui-même n’est pas une démocratie, c’est un cercle fermé. Le véritable problème de ce texte est simple. Il réorganise le sommet de l’État sans redistribuer le pouvoir. Le Président nomme. Le Président révoque. Le Président décide. Le comble, il crée l’éventualité de l’avènement d’un Président de la république et d’un Vice-président, tous deux non-élus. Car en effet, le Vice-président qui en cas de vacance du pouvoir, achève le mandat, prête serment et exerce le mandat comme un Président élu, donc, peut lui-même nommer un Vice-Président ».
Le député du Nyong et Kellé. S’il y a derrière la création du poste de Vice-président une « réelle volonté de sursaut démocratique », alors ce dernier « doit être élu avec le Président dans un ticket électoral. A défaut, et dans une approche réaliste à laquelle nous souscrivons volontiers, qu’au moins sa nomination fasse l’objet d’une validation parlementaire. Les Parlementaires sont heureusement, les représentants du Peuple. Ne l’oublions jamais, le pouvoir ne se donne pas entre élites, il se reçoit du peuple ». Et de marteler à l’attention de ces collègues de la Commission spéciale : « Le peuple camerounais n’attend pas une réforme cosmétique. Il attend une transformation réelle. Changer les mots sans changer le pouvoir, ce n’est pas réformer, c’est maquiller. Nous ne voulons pas d’une Constitution qui organise le pouvoir, nous voulons une Constitution qui protège le peuple. L’histoire nous regarde. Le peuple nous écoute. Et l’avenir nous jugera. »
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Le président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale propose également des amendements avec effet immédiat sur la déclaration obligatoire des biens ainsi que sur la limitation « stricte des mandats présidentiels. Un pouvoir sans limite finit toujours par dépasser les limites. Un mandat de 07 ans renouvelable une fois, voilà une réforme qui reflète les attentes du Peuple ».
L’honorable Bienvenu Ndjip a lui aussi dénoncé la surconcentration du pouvoir dont jouit l’exécutif. « Nous inscrivant dans une approche réaliste, nous pensons qu’il faut impérativement encadrer les pouvoirs du Président. Le problème dans le texte proposé est la forte concentration du pouvoir : (nomination, révocation, direction politique). » Le député soutient l’idée d’un Vice-président élu e non nommé. Cependant, en cas de nomination d’un Vice-président, il propose que « ladite nomination ne prenne effet qu’après validation du Parlement par une Loi. Le cas échéant, le Vice-Président exerce les fonctions de suppléance en cas d’empêchement temporaire ; de coordination de certaines politiques publiques définies par décret ; de représentation de l’Etat par délégation du Président de la République. »
Reste plus qu’aux autres membres de la Commission de juger et de trancher. Les 15 députés et 15 sénateurs de la Commission spéciale ont jusqu’à ce samedi pour rendre leur copie et dire si oui ou non le projet de loi peut être adopté.
Valgadine TONGA






