Opération Epervier : Mebe Ngo’o, l’autre chute d’un dinosaure

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Après une période d’hibernation, l’épervier rapace du renouveau reprend du service, et cette fois c’est celui qui était jusqu’au 2 mars 2018  ministre des Transports qui est dans la trappe. Edgard Alain Abraham Mebe Ngo’o fait désormais partie de ceux qui devront répondre de leur gestion des affaires publiques au cours de leur passage dans le couloir du système.

En attendant que la justice tranche sur le côté éthique et moral de l’homme, en établissant qu’il a été prévaricateur de la fortune publique ou pas, l’opinion a déjà une idée sur le côté socio-professionnel de l’homme. Sur le plan professionnel, Edgard Alain Mebe Ngo’o a un parcours éloquent, qui force l’admiration l’envie, et même la jalousie qui ne manque jamais. Ce parcours retracé par le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune du 1 juillet 2009, renseigne qu’il obtient sa Licence en Sciences économiques à l’Université de Yaoundé en 1982.

Les portes de l’Ecole nationale d’administration et de la magistrature s’ouvrent à lui, d’où il sort trois ans plus tard et occupe les fonctions de conseiller économique auprès du gouverneur de la province de l’Est à Bertoua. De là il prolonge vers Garoua dans la région du Nord, où Il est nommé secrétaire général de la province en1988. A partir de 1991 il entame sa carrière dans la préfectorale, et sera tour à tour préfet des départements de l’Océan à Kribi, de la Mefou et Afamba à Mfou et du Mfoundi à Yaoundé. C’est de ce bureau que son destin tourne favorablement et il rentre désormais dans le cercle très fermé des proches du président de la République, qui fait de lui le Directeur du Cabinet civil le 7 décembre 1997

Dans les grâces du Prince

Sept ans après, sa côte a grandi auprès du président, qui décide de lui confier la police nationale en 2004, quand il le nomme Délégué générale à la Sûreté nationale. Son étoile continue de briller, quand dans le gouvernement du 30 juin 2009 il est propulsé au poste très sensible de ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense. Il est au summum de sa carrière. Pendant 17 jours, il est le patron de l’armée et de la police camerounaise en même temps, car le président de la République attendra le 16 juillet 2009 pour le remplacer à la Délégation générale à la  sureté nationale en y nommant Emmanuel Edou. Ce genre de cumul de poste important, il le connaissait d’ailleurs. Quand il est nommé en 2004 Délégué général à la Sûreté nationale, il cumule avec ses fonctions de Directeur du Cabinet Civil jusqu’en juin 2005.

Après 6 ans et trois mois au ministère de la Défense, il est nommé ministre des Transports le 2 octobre 2015. Les observateurs voient déjà en ce changement de portefeuille le début de sa disgrâce, considérant que le département des Transports n’est que du menu fretin à côté des postes occupées antérieurement. Après 21 ans dans la haute administration, avec une carrière professionnelle pleine et intense, il quitte  le gouvernement à la suite du remaniement ministériel  du 2 mars 2018.

L’homme déifié

Sur le plan social, l’ascension de Edgard Abraham Alain Mebe Ngo’o a été autant fulgurante. L’homme a gagné en importance au fil du temps, et la stature des postes occupées dans le gouvernement, qui requièrent une haute confiance du chef de l’Etat, ont fini par faire de lui un monsieur pas n’importe qui, au-dessus de la mêlé.

Et il aimait bien le faire voir et savoir. Ses déplacements dans les rues de la capitale ou ailleurs dans le pays ne passaient pas inaperçus. Le  cortège d’une vingtaine de voitures qui accompagnait monsieur le ministre, précédé par des motards, étaient impressionnant. Il était tout aussi devenu inaccessible au commun des mortel, entouré ou protégé par trois ou quatre barrières d’hommes armés ou pas, dont le regard nerveux tenait  les indésirables à distance. Cette ascension sociale allait de pair avec sa richesse. Depuis des années, la presse fait large écho de l’immense fortune qu’il aurait amassé durant sa carrière dans la haute administration.

D’après le site internet de  Diaspora Afrique télévision, « L’ex-ministre de la Défense et des Transports et sa femme auraient à eux seuls plus de 100 voitures, détenus des châteaux et des maisons estimés chacun à des centaines de millions. Plus de 10 immobiliers notamment des châteaux, des appartements à l’étranger et des maisons au Cameroun.» C’est du reste cette richesse qui est à l’origine de ses malheurs aujourd’hui.  Il en aurait amassé davantage dans une opération d’achat de matériel militaire du temps où il était au ministère de la défense. Mais en attendant que la justice puisse établir la vérité, le constat est simplement qu’un dinosaure est tombé, comme avant lui, bien d’autres membres du gouvernement passés de la grâce à la disgrâce.

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De la gloire au cachot

L'ancien ministre de l'Eau et de l'Énergie à passé sa première nuit à Kodengui. C'est à 22h et 50min ce 23 mars 2018 qu'Atangana Kouna, vêtu d'une chemise

Basile Atangana Kouna

Polycarpe Abah Abah, qui a été ministre des Finances du 8 décembre 2004 au 7 septembre 2007,  menait aussi une vie de roi pendant son règne dans ce ministère, avec un cortège aussi imposant qui l’accompagnait, c’était tout de même l’argentier national. Emmanuel Gérard Ondo Ndong à la tête du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale  (Feicom), faisait aussi la pluie et le beau temps dans son entourage, jusqu’à son arrestation en 2006. Gervais Mendo Zé a trôné  sur la tour de Mballa II comme directeur général de la Crtv pendant plus de 15 ans,  comme Jésus auprès du père. Les prières à Sainte Marie n’ont pas pu le sauver quand est venu le moment de l’arrestation. Et plus récemment Basile Atangana Kouna, ex ministre de l’Eau et de l’Energie, que les forces de l’ordre ont ramenés du Nigéria comme un vulgaire bandit qui essayait de fuir le pays. Tous ces ministres ont en commun d’avoir particulièrement développé les folies de grandeurs en leurs temps de gloire.

Tout est vanité

Mais c’était oublier que tout est vanité et que le système est impitoyable. Il favorise et encourage la montée des monstres, et ces derniers bernés par l’illusion de la toute-puissance, se prennent pour des demis dieux. Pour se rendre compte un jour de la vacuité du mode de vie qui faisait regarder l’être humain de haut. Ce qui explique les larmes que quelques-uns coulent quand ils sentent qu’ils sont proches des portes de la prison. Mais ce qui est étonnant dans la société camerounaise, c’est que ces descentes aux enfers après la montée au Ciel, ne semblent pas dissuader ceux qui restent, ils ont toujours l’impression que cela ne peut arriver qu’aux autres. Jusqu’au jour où les griffes de l’épervier se resserrent sur eux, quand le fer glacial des menottes se referme sur leurs poignets…

Roland TSAPI

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