Opération Epervier : Edgar Alain Mebe Ngo’o à Kondengui

0

Après sa nuit dans les cellules du Tribunal criminel spécial (Tcs), l’ex ministre délégué à la présidence de la République en charge de la Défense et ses co-accusés ont été conduits à la maison d’arrêt de Yaoundé, il y a une heure. Celui qui avait enfermé un journaliste de Le Jour dans sa cage pour chien en mars 2018, goûte aujourd’hui au cachot.

A l’heure qu’il est, le car Hiace de couleur blanche immatriculé 512 et ayant à son bord, Edgar Alain Mebe Ngo’o, aurait déjà franchi le seuil du grand portail métallique de la prison centrale de Kondengui. Le véhicule a quitté le Tcs aux environs de 12h 30 sous les yeux des journalistes, des avocats et de certains membres de la famille du concerné ainsi que de ses co-accusés. Passées les procédures liées à son déferrement dans le bureau du régisseur, l’ex Mindef sera ensuite diriger vers la chambre dans laquelle il va passer sa première nuit dans cette tristement célèbre maison d’arrêt où sont embastillés plus d’une cinquantaine de membres du gouvernement et hauts commis de l’Etat à qui sont reprochés des faits de détournements dans le cadre de l’Opération Epervier. Bien loin du confort de ses innombrables villas cossues, de son impressionnant parc automobile où sont garés des rutilantes Renault Safrane et Versatis, des Peugeot 607 et plusieurs bolides de luxe, l’homme va oublier sa prestigieuse vie de flambeur pour goûter à l’inconfort du cachot.

Lui qui a été écroué en compagnie de trois anciens collaborateurs : Colonel Joël Mboutou, ancien attaché de défense du Cameroun au Maroc,  de Maxime Mbangue, ex-Conseiller technique au ministère de la Défense et ancien inspecteur du trésor en service au ministère des Finances et de Victor Emmanuel Menye, directeur général adjoint de la banque Scb. En effet, Mebe Ngo’o, son épouse Bernadette et plusieurs de ses anciens collaborateurs étaient auditionnés depuis plusieurs semaines au Tcs dans une affaire de détournement présumé de fonds publics, dans le cadre de l’achat de matériels militaires pour l’armée camerounaise, du temps où il était ministre de la Défense. La somme de 4,5 milliards de Fcfa est avancée.

L’intouchable a été « touché »

Après sa nuit dans les cellules du Tribunal criminel spécial (Tcs), l’ex ministre délégué à la présidence de la République en charge de la Défense et ses co-accusés ont été conduits à la maison d'arrêt de Yaoundé, il y a une heure. Celui qui avait enfermé un journaliste de Le Jour dans sa cage pour chien en mars 2018, goûte aujourd’hui au cachot. A l’heure qu’il est, le car Hiace de couleur blanche immatriculé 512 et ayant à son bord, Edgar Alain Mebe Ngo’o, aurait déjà franchi le seuil du grand portail

Edgar Alain Mebe Ngo’o

C’est donc la descente aux enfers d’un haut commis de l’Etat dont les sirènes de sa déchéance retentissaient depuis son éviction du sérail. Déjà en mars 2018, lorsqu’il prenait la porte de sortie du gouvernement, les spéculations allaient bon train sur une future arrestation de cet ex-directeur du Cabinet civil du président de la République. Tout juste ce dernier a été auditionné par le Tcs avant que ne lui soit notifié fin janvier 2019, une interdiction de sortie du territoire camerounais et placé sous étroite surveillance. Avec la perquisition à sa résidence de Yaoundé en février dernier, l’affaire semblait avoir pris une autre tournure pour ce fils surpuissant de la République que l’on croyait protégé sous le dais antiatomique de Paul Biya dont il est très proche.  Le malheur a voulu que cette nouvelle de la mise en détention provisoire de celui qu’on taxait d’intouchable coïncide avec la décision par le Chef de l’Etat de procéder à un réaménagement au sein de la Grande muette.

Coïncidence pour le moins intrigante quand on sait que le chef suprême des Armées a ramené « définitivement » au pays les attachés militaires d’Allemagne (cap. Sawaldi André) et de France (Fondjo Yves). Dans le mouvement, le vent a balayé au Brésil (Nguéna Saha Martin Richard), en Egypte (Noumbi Fotso Christian), en Chine (cap Essing Saïdou), en Grande Bretagne (Sous lieutenant Kenfanck Suzan Emile), en Russie (chef de bataillon Mvondo), aux Etats-Unis (cap Essien Odile). Lancée depuis 2006, l’opération Epervier, destinée à la lutte contre la corruption dans la haute administration, a fait tomber plusieurs têtes entre anciens ministres, hommes d’affaires ou de médias, autrefois parmi les plus craints de la République. Toutefois, en dépit des accusations de mauvaise gestion, l’opération «mains propres» n’avait jamais éclaboussé la veste de Mebe Ngo’o. Et maintenant alors ?

Daniel NDING

 

Share.

About Author

Leave A Reply