Aménagement urbain : l’indifférence des Communautés urbaines

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Dans les grandes villes camerounaises, il n’est pas rare de trouver des vielles voitures garées le long des routes, des ruelles des quartiers ou devant les domiciles, et ce pendant des années. Au départ en panne, les propriétaires les gardent là dans l’espoir de pouvoir les réparer, mais au fur et mesure que le temps passe les choses se compliquent. Progressivement ces véhicules sont désossés, on récupère les pièces exploitables jusqu’à ce qui ne reste que le squelette, difficilement déplaçable.  L’image n’est en définitive pas esthétique au regard, et sur le plan d’ensemble, le visage de la ville s’en trouve ternie ou déteinte.

Il n’est pas redondant de rappeler que pour ces carcasses qui jonchent les passages, les puissantes directions de la lutte contre le désordre urbain des Communautés urbaines et des communes d’arrondissement deviennent subitement myopes, tout en faisant preuve de très bonne clairvoyance quand il s’agit des véhicules en bon état garés pour un moment. Les sabots sont rapidement posés sur ces derniers, et pour les véhicules de moindre calibre, ils sont remorqués en direction des fourrières municipales. Comme les agents municipaux espèrent que les propriétaires viendront monnayer officiellement ou officieusement pour les récupérer, ils se rappellent tout aussi rapidement que la chaussée ne devrait pas être encombrée à cet endroit.

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Mauvaise gestion de l’espace urbain

Dans la réalité, ces carcasses sur les chaussées ne sont que l’illustration de la mauvaise organisation urbaine, où rien n’est à sa place. C’est ce qui explique qu’une vue aérienne de nos villes, et davantage de Douala ou Yaoundé laisse voir plutôt un amas sans forme et indescriptible. Parce que vu du sol, les marchés se trouvent partout, la brocante est partout, les véhicules d’occasion en vente sont partout. Les trottoirs sont occupés par toute sorte de commerces, de manière ponctuelle ou permanente. Les gares routières interurbaines s’installent là où elles peuvent et le plus souvent en lien avec la population originaire d’une communauté donnée, les gares routières urbaines s’improvisent tout autant, les carrefours sont aisément occupés par les motos taxis, également parqués suivant les directions.

Les pieds dans l’eau, les sacs sur la tête, le regard perdu…c’est ainsi qu’on peut décrire les habitants de bon nombre de quartiers dans la ville de Douala au petit matin de

Douala, ville poubelle.

Pour dire simplement, les villes camerounaises, celle de Douala en particulier, n’ont pas de repères, Douala la capitale économique ne peut encore moins servir de modèle. Comme le relève Jean Fabien Steck dans une étude intitulée  La rue africaine, territoire de l’informel ?, «le développement des petites activités commerciales et artisanales urbaines appartenant à ce que l’on a pris coutume d’appeler l’informel s’accompagne le plus souvent d’une importante occupation de la rue, sous diverses formes ambulantes et sédentaires, temporaires et permanentes. Cette présence en fait aujourd’hui un élément incontournable de la description des paysages urbains, notamment dans les villes africaines au point que certains auteurs y voient un « marqueur culturel urbain

Priorité au bien être privé

Cela pose simplement le problème de l’aménagement urbain, qui fixerait le cap d’une occupation rationnelle de l’espace. L’aménagement urbain dont on parle, il ne s’agit pas des grands principes récités dans les bureaux avec un langage savant, il s’agit du même aménagement que l’on fait dans les domiciles. Sans y être jamais entré, il est fort à parier que dans les maisons des délégués du gouvernement et autres maires d’arrondissement, tout est à sa place, soigneusement rangé. La cuisinière n’est pas à la véranda, le lit ne peut se retrouver dans la cuisine, le joli téléviseur ne se retrouve pas dans le débarras à l’arrière de la maison.

Plus souvent ces exécutifs communaux font même appel à des décorateurs et spécialistes en aménagement/déménagement pour faire le rangement, l’objectif recherché étant l’harmonie, la beauté et la sensation du bien être que procure le bel agencement des meubles et le mariage des couleurs. Et ils ne peuvent pas accepter d’être aussi bien rangés à l’intérieur et avoir de la poubelle partout dans la cour.

Gestion urbaine de proximité

Comment peut-on être aussi soigné pour son cadre privé, et aussi négligent pour le cadre public dont on a la charge ? Les missions ne sont-elles pas biens définies, y a-t-il manque de compétence, de moyens ou de vision? En France, où nos dirigeants prennent des leçons tout en les appliquant mal, on parle de nos jours de gestion urbaine de proximité. Qui veut que l’amélioration des conditions de vie des habitants dans les quartiers fasse recours à la bonne articulation des dimensions sociale et urbaine que porte la politique de la ville. Cette notion de gestion urbaine de proximité  porte sur les enjeux de la propreté, de l’entretien et de la gestion des espaces publics et ouverts au public, d’accompagnement et de régulation des usages de ces différents espaces, mais également de mise à niveau de la qualité des services de proximité. Sa mise en œuvre opérationnelle repose également sur la mobilisation de divers opérateurs associatifs de proximité et des collectivités locales, tout en favorisant l’implication des habitants.

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C’est cette politique qui rend les villes européennes plus belles d’années en années, plus vivables et attractives. Elle a surtout mis l’humain au centre de sa préoccupation, quand elle fait allusion à la dimension sociale. Nos villes peuvent continuellement mourir et pourrir à petit feu, sous le regard indifférent de ceux qui en ont la charge. Simplement parce qu’ils ne croient pas que ceux qui y vivent et travaillent sont des aussi êtres humains, qui méritent aussi un minimum de bien-être. Martin Luther King disait, « Là où tu es … S’il t’a été donné d’être balayeur de rues, balaie les rues comme Michel-Ange peignait, comme Beethoven composait, comme Shakespeare écrivait, balaie si bien les rues que tous les hôtes des cieux et de la terre s’arrêteront et diront : « Ici vécut un grand balayeur de rues qui fit bien son travail. » Ceci est aussi valable pour les magistrats municipaux dont le rôle est de balayer la ville entre autre.

Roland TSAPI

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