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Pr. Jean-Emmanuel Pondi : «Les Africains doivent créer un autre pôle de puissance qui répond d’une manière ou d’une autre au Conseil de sécurité de l’Onu»

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Recteur de l’Université des Technologies, de l’Information et de la communication (ICT du Cameroun), Pr. Jean-Emmanuel Pondi a entretenu l’assistance de la deuxième édition des Panafrican Awards qui a cours à Douala au Cameroun, sur le rôle de la communauté internationale dans les crises africaines. Ce spécialiste des sciences politiques et des relations internationales nous fait l’économie de son intervention dans cette interview accordée à La Voix Du Koat.  

LVDK : Qu’est-ce-que la communauté internationale ?

La communauté internationale est une communauté à définition et à géométrie très variable. En réalité personne ne peut vous dire avec exactitude les contours de ce concept.  Est-ce que la communauté internationale, c’est l’ensemble des pays membres des Nations Unies, qui aujourd’hui sont 193 pays? Est-ce que la communauté internationale ce sont les membres du conseil de sécurité qui siège avec droit de véto qui sont cinq? Est-ce que la communauté internationale, c’est le conseil de sécurité élargi à quinze membres ? Bref c’est difficile de dire. Mais ce qu’on sait, c’est que c’est un ensemble de pays ou de personnes qui prétendent avoir des normes qui doivent faire fonctionner le monde. Ces normes qui sont les leurs et qu’ils ont présentées comme des normes universelles. Et c’est à ce niveau que se trouve tout le problème. Parce qu’il n’y a pas d’universalité dans l’approche culturelle. Chaque culture a son approche, son histoire. On ne saurait imposer à une autre culture, l’histoire d‘une culture autre. Pour moi, la communauté internationale telle qu’elle se présente, c’est surtout l’occident et quelques pays de l’Orient comme la Russie et autres. Pour moi encore, la communauté internationale doit être inclusive. La notion africaine, c’est que les choses se fassent à l’intérieur d’une communauté et non pas par des individus et pour les individus.

LVDK : Quelle a été le rôle de cette communauté internationale dans les crises africaines ?

La communauté internationale n’a pas vocation à mon avis que tous les continents fonctionnent bien. Elle a ses intérêts. Et quand je parle de communauté internationale, je vois surtout  l’occident. Leurs intérêts c’est de continuer à tirer de la plupart des continents un meilleur profit. C’est-à-dire de contrôler ces continents et de les mener vers le chemin qui est en leur faveur. Ce n’est pas du tout quelque chose de nécessairement angélique. Parce que les intérêts ont des clashes. Nous les Africains, devons comprendre que le monde d’aujourd’hui est un monde dans lequel alternent la douceur et la violence. Et quand il y a des intérêts, il faut d’abord les définir. Quels sont les nôtres. Il ne suffit pas de se plaindre.  Quels sont nos intérêts ? Comment nous les avons-nous définis ? Et quelle stratégie avons-nous mis sur pied pour les défendre ? Voilà la problématique centrale. Ceci se retrouve dans nos systèmes éducatifs qui ne parlent jamais de ces choses. Jamais de nous-mêmes, toujours des autres.  Je n’ai rien contre les autres, mais,  je suis  pour que les Africains comprennent qu’on ne pourra jamais aller nulle part en faisant toujours les vœux des autres.

LVDK : Dans votre exposé, vous avez insisté sur le fait que l’Afrique ne devrait plus s’entêter à vouloir siéger au conseil de sécurité de l’Onu et qu’elle devrait créer un autre conseil de sécurité alternatif. Qu’est-ce-qui explique cette position ?

Peut-être ça ne va pas s’appeler conseil de sécurité, on pourrait le dénommer autrement. Les gens ont créé leur structure, nous n’étions pas là. En 1945, il n’y avait que quatre pays africains qui étaient indépendants formellement et qui sont des membres fondateurs du conseil de sécurité de l’Onu.  Les autres sont venus trouver cet appareil déjà là avec ses avantages mais aussi avec ses problèmes. Je pense qu’on ne doit pas s’entêter à vouloir aller au Conseil de sécurité sans droit de véto. On doit absolument avoir un droit de véto si on veut y aller et deuxièmement, on doit aller avec les mêmes armes. Je crois que les pays qui y siègent ne sont pas prêts à accepter cela. Moi je les comprends parfaitement. Parce qu’il ne s’agit pas de diluer leur force, ils n’ont aucune raison de diluer leur force et de s’affaiblir. C’est pour cela que je pense qu’il faut laisser cette affaire, aller créer un autre pôle de puissance ailleurs qui répond d’une manière ou d’une autre à ce Conseil de sécurité. Pas nécessairement par l’armement, je crois que la résolution des problèmes ne se fait pas nécessairement par les armes. Les armes peuvent stabiliser mais elles ne peuvent pas être la solution. La vraie solution, c’est la création des richesses économiques. Parce que à la base, c’est cette pauvreté qui créé toutes ces frustrations, qui amènent l’utilisation des armes. Je pense qu’il faut adresser les vrais solutions c’est-à-dire créer la richesse, créer un confort, créer une raison de vivre en être humain.

Lire aussi :Crypto-actifs : le salut de l’Afrique 

 LVDK : Au sortir de cette conférence, que doit-on retenir ? L’Afrique devrait-elle divorcer de la communauté internationale ?

Il n’est pas question de tout rompre avec la communauté internationale. Ce n’est pas souhaitable et ce n’est pas envisageable. Il s’agit plutôt de faire en sorte que les termes du commerce que nous entretenons avec la communauté internationale nous soient de plus en plus favorables. Cela veut dire que nous devons comprendre cette communauté internationale, elle également doit tout faire pour nous comprendre dans nos intérêts. Il n’est pas normal que chaque fois que nous disons nos intérêts, ceux-ci sont interprétés comme des suggestions de telle ou telle autre puissance qui nous ont été faites. Comme si nous n’avons pas la capacité nous-mêmes, autonomes, de réfléchir sur nos problèmes et de proposer nos solutions. Je crois que c’est cette incompréhension qu’il faut absolument évacuer. Il faut que désormais, on considère que les Africains ne sont pas des enfants, mais ce sont des adultes qui peuvent articuler leurs propres désidératas  et leurs propres solutions.

LVDK : Comment est-ce-que l’Afrique va-t-elle réussir à s’imposer et à faire prévaloir sa culture dans ce concert des nations ?

Cela ne va pas se faire de façon administrative. Ceci se fait par le travail et par la force de ce que vous proposez qui finit par devenir évidente.  Il faut travailler sur la spécificité que vous avez. N’essayez pas d’imiter les autres, n’essayez pas d’être des clowns des autres parce que ça n’intéresse personne. Ce qu’il faut,  c’est d’être vous-mêmes. Quand vous allez présenter votre singularité au monde et que cette singularité est suffisamment attractive alors vous vous imposerez. Mais quand vous essayez d’être ce que vous n’êtes pas en essayant d’être les autres, évidemment cela pose problème. Or pour être singulier, il faut oser. Aller dans les chemins différents. C’est ce que beaucoup d’entre nous ne faisons pas. Il faut le faire, ainsi vous êtes plus intéressant et tirez plus de dividendes.

Entretien avec Blanchard BIHEL

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