Dans le calme du village de Nye’élé dans l’arrondissement de Méyomessala département du Dja et Lobo dans le Sud Cameroun, la célébration de la fête de Pâques cette année a pris une dimension à la fois spirituelle, culturelle et sociale au sein de la petite paroisse EPC de Nye’éle.
Dès les premières minutes du culte pascal, les fidèles ont été plongés dans une ambiance singulière, marquée par une adaptation originale des cantiques bibliques. Ici, les louanges se mêlent harmonieusement aux rythmes traditionnels inspirés du riche patrimoine de la culture Bulu. Les sonorités des tam-tams, portées par des batteurs expérimentés sous la direction d’un cantateur, ont donné une vibrante cadence à la liturgie, transformant le moment en une véritable symbiose entre foi chrétienne et identité culturelle.
Au-delà du culte qui a nourri les esprits, la paroisse a organisé un repas communautaire offert à l’ensemble des fidèles et autres invités. Ce moment de partage devenu une tradition locale, vise à renforcer les liens de fraternité entre fidèles chrétiens, dans un esprit de solidarité et de communion. Dans un contexte économique difficile, cette initiative témoigne d’un engagement collectif à maintenir la cohésion sociale dans un village en, proie à des conflits liés aux rumeurs et autres supputations sur les voisins, aux soupçons de pratiques occultes sur d’autres, au foncier …
Une paroisse au cœur de la régulation du Vivre ensemble
Sous la conduite du Révérend Théodore Larsen Avoto, la paroisse de Nye’éle Tiatuyre joue un rôle important dans la réconciliation sociale. Elle se positionne comme un espace de dialogue entre les habitants, y compris ceux marginalisés ou stigmatisés pour diverses raisons (sorcellerie présumée, consommation de drogue, ivrognerie, acte de délinquance…). A travers les activités spirituelles et communautaires, le pasteur Avoto T. Larsen parvient progressivement à fédérer autour des valeurs de l’Evangile. Une démarche inclusive qui, selon plusieurs fidèles, commence à porter ses fruits.
Malgré cette dynamique positive, la paroisse fait face à d’importantes difficultés. La faiblesse des ressources financières constitue en frein majeur, d’autant plus que la majorité des fidèles est composée des personnes de troisième âge aux revenus modestes. Le chantier de construction de l’église ainsi que celui du presbytère restent inachevés. Pour le révérend Avoto, l’un des principaux défis est de mobiliser davantage les jeunes ainsi que l’élite du village, afin de soutenir ces projets structurants qui permettront à la paroisse et à son pasteur de poursuivre dans la plénitude la dynamique impulsée.
Une situation administrative encore floue
Sur le plan organisationnel, la paroisse de Nye’éle Tiathyre demeure dans une position incertaine au sein de l’Eglise Presbytérienne du Cameroun. Bien que se réclamant du consistoire Meyomessala, lui-même en construction, elle ne dépend pas encore officiellement d’aucun synode. Face à cette situation, le révérend Larsen Théodore AVOTO exprime son inclinaison pour un futur rattachement au synode Dja-et-Lobo actuellement en gestation. Cette instabilité s’inscrit dans un contexte plus large de tensions au sein de l’Eglise Presbytérienne du Cameroun. Le phénomène de « scindement » en assimilation au schisme au niveau du consistoire Koum-Trinité illustre les divisions qui secouent cette organisation chrétienne. Au cœur de ces dissensions : des divergences spirituelles et des luttes d’influences liées au contrôle des ressources financières. L’arrivée de l’Ancien-d’église ZE-ZE à la tête de ce consistoire, en remplacement du Révérend Bengono, s’est faite dans un climat tendu, pour peu dire.
Ce dernier est accusé par certains fidèles d’avoir tenté de se maintenir au pouvoir au-delà de son mandat, avec l’objectif de positionner des pasteurs qui lui sont proches au sein d’une organisation dite sectaire nommée « Marie-Rose » ; à la direction des paroisses aux revenus financiers importants, à l’instar de celles des paroisses bénéficiant d’un appui financier annuel du Président de République, tout comme il lui est reproché de vouloir reformer au-delà de ses compétences, les règles régissant l’alternance des responsables aux directoires des instances de l’EPC.
C’est dans ce contexte conflictuel que la paroisse de Nye’éle Tiathyre et son pasteur ont choisi de se désolidariser du consistoire Koum-Trinité. Une décision motivée par la volonté de préserver une intégrité spirituelle en s’éloignant de ce que certains fidèles qualifient de « gangrène ». Malgré ces incertitudes institutionnelles et les défis économiques, la paroisse EPC de Nye’éle Tiathyre incarne une église de proximité, enracinée dans sa culture et engagée dans la transformation sociale. A travers la foi, la solidarité et l’ouverture, elle trace un chemin d’espérance au cœur du Sud Cameroun.
FLESS






