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Marchés publics au Cameroun : la mare à crabes (2)

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Des tronçons de routes en construction abandonnés, la ville de Douala en connait en nombre important. Sur d’autres tronçons, les entreprises traînent quelques jours dans le mois, et ceci pendant des années. Personne ne peut dans la plupart de ces cas dire avec exactitude quand le marché sera livré, ni même s’il sera livré un jour. Nyalla, Kotto, Bonamoussadi peuvent être cités, et un exemple typique, est le prolongement Nord du Boulevard de la République à Douala, couramment appelée route des militaires, du fait que les travaux sont réalisés par le Génie militaire. Le lancement des travaux de cette route a eu lieu le 29 janvier 2014 par le ministre délégué à la présidence de la République, chargé de la Défense, Edgard Alain Mebe’e Ngo à l’époque.

Lire aussi :Marchés publics au Cameroun : la mare à crabes (1)

Les travaux portaient  sur une longueur de 2,5 km, intégrant les démolitions, des constructions sur une emprise de 35 m au minimum, le déplacement des réseaux, des terrassements, la construction des ouvrages provisoires d’assainissement dans les zones marécageuses, l’aménagement des points d’eau, points lumineux sur les voiries tertiaires, pour une durée de 12 mois et un montant de 1,8 milliard F environ. 5 ans après, les engins du génie militaire sont toujours parqués là, sans qu’on ne puisse identifier lequel fait quoi, juste de quoi faire impression. Aucun éclairage public,  les travaux continuent si on peut ainsi le dire, au rythme de la tortue. Cela s’apparente aux logements sociaux dont on attend la livraison depuis 8 ans.

Autres exemples des travaux déjà hors délai, c’est l’ensemble des projets engagés dans le cadre de la l’organisation de la coupe d’Afrique de football cette année. Le délai de mars 2019 donné par les entreprises lors de la dernière visite d’inspection de la Caf ne pourra être tenu, et tout le monde le sait. Dans la région du Nord à Garoua, l’entreprise Prime Potomac a écrit aux employés recrutés pour leur signifier la mise en congé technique et les modalités de paiement des salaires jusqu’en juin 2019, alors que les travaux sont supposés être définitivement terminés dans un mois.

Fonds  hypothétiques….

Dans tous ces cas d’abandon comme de retard extrême des projets, c’est l’Etat qui est pointé du doigt. Il n’a pas payé, On attend les décomptes, disent en chœur les entrepreneurs. Ce qui emmène logique ment à se poser la question de savoir comment les marchés publics sont financés, et suivant quelles modalités. L’article 60 alinéa 2 du Code des marchés publics dit que le maître d’ouvrage est tenu de s’assurer de la disponibilité du financement avant le lancement de la consultation, il s’agit d’attester selon le cas, de l’inscription budgétaire, de l’effectivité de l’autorisation de dépense, ou de l’entrée en vigueur de l’accord de financement.

D’après un délégué départemental d’un ministère, qui statutairement joue souvent le rôle de chef de service des marchés, les marchés publics sont généralement attribués sans que les fonds destinés ne soient stockés dans une banque quelconque, le financement se fait au fur et à mesure des recouvrements tels qu’inscrit dans le budget annuel. D’après lui, quand l’Etat lance un marché il compte sur les recettes. Et il peut arriver que les recettes ne soient pas recouvrées en totalité, ce qui rendrait la non-exécution des marchés compréhensibles. Lire aussi :Infrastructures / Ralentissement des travaux à Douala : Célestine Ketcha Courtès remonte les bretelles aux entreprises

….et priorité à la consommation

Sauf qu’au Cameroun, les différents services qui alimentent le budget de l’Etat, à savoir la douane et les impôts par exemple, vantent presque toujours leurs performances. Ils déclarent toujours le dépassement de leurs objectifs, et plus souvent on parle à la fin de l’année des excédents budgétaires, c’est-à-dire que l’Etat a recouvré plus d’argent qu’il n’en a dépensé ou qu’l n’en avait besoin. Dans ce cas, comment les travaux traînent ou sont abandonnés parce que l’Etat n’a pas payé, alors que dans le même temps on annonce que l’argent qui y était destiné a bien été recouvré et avec du bonus ?

Des tronçons de routes en construction abandonnés, la ville de Douala en connait en nombre important. Sur d’autres tronçons, les entreprises traînent quelques jours dans le mois, et ceci pendant des années. Personne ne peut dans la plupart de ces cas dire avec exactitude quand le marché sera livré, ni même s’il sera livré un jour. Nyalla, Kotto, Bonamoussadi peuvent être cités, et un exemple typique, est le prolongement Nord du Boulevard de la République
Boulevard de la République

Plus souvent aussi, on constate que les marchés des services sont toujours exécutés avec célérité, là où les marchés des travaux piétinent. Un ministère qui a inscrit dans son budget par exemple le marché d’acquisition d’un véhicule et un marché de construction d’un bâtiment ou d’une route, le véhicule est acheté la même année, alors que la construction du bâtiment ou de la route trainera sur la longueur et d’années en années, pour finir par être abandonné. C’est à ce niveau que saute aux yeux les priorités de l’Etat, la consommation. Le renouvèlement du parc automobile, du mobilier de bureaux, le financement des séminaires, cela ne traine jamais, mais quand il s’agit des travaux d’infrastructures, l’argent commence à manquer, les entreprises qui ont gagné le marché peuvent attendre, ou financer les travaux eux-mêmes, et ses financements seront intégrés dans les dettes internes.

Au final, l’Etat ne débourse pas pour les marchés publics, notamment les marchés de travaux, pas  parce qu’il n’y a pas d’argent, mais surtout parce que ses priorités sont ailleurs. Et cela n’est pas sans conséquence sur l’économie, car d’après les opérateurs économiques, l’exécution d’un marché n’est bénéfique que quand il est effectué dans les délais. Suivant les estimations, tout dépassement de délais entraine des dépenses supplémentaires de main d’œuvre, de location de matériel, de reprise de certaines tâches non achevées. Toute chose qui endette l’entrepreneur même le plus honnête, qui à la fin n’a plus de choix que d’abandonner. Comme quoi dans les chantiers abandonnées ou qui connaissent des retards incompréhensibles, les entreprises ont certes leurs responsabilités, mais l’Etat n’a pas les mains blanches, lesquelles mains prennent plutôt davantage de crasse  chaque jour un peu plus.

Roland TSAPI

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