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Liberté de la presse au Cameroun : après l’incarcération abusive de quatre journalistes, le CNC ferme la chaîne Vision4

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Le Conseil national de la communication ferme abusivement la chaîne de télévision Vision4 et met ainsi au chômage l’ensemble du personnel. Le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (SPIC) condamne fermement cette décision infondée qui tue la liberté d’expression au Cameroun.

 

Chaque jour au Cameroun, s’écrit une page du musèlement de la presse. Les auteurs se bousculent. Cette fois, c’est le Conseil national de la communication, CNC, qui est monté à la charge pour donner un violent coup à la liberté de la presse. L’organe de régulation et de consultation chargé d’encadrer l’espace médiatique et la communication sociale a décidé, mardi 29 septembre 2026, de la fermeture de Vision4, l’une des chaînes privées les plus regardées au Cameroun. À côté de cette décision portant fermeture temporaire pour un mois de la télévision Vision4, le CNC suspend en sus deux journalistes du média, Martial Thaddée Owona et Boney Philippe, directeur général.

Joint au téléphone par nos soins ce jeudi 1er octobre 2026, Boney Philippe a confié que la notification de l’huissier est arrivée hier, mercredi. S’agissant du motif de la fermeture, « Jusqu’ici, on attend de savoir ce qui mène à la décision de fermeture », nous précise-t-il. En clair, la décision ne précise nulle part les motivations de cette décision radicale, qui envoie au chômage des centaines de Camerounais. « Nous sommes 172 personnels », confie Boney Philippe. Le CNC prend ainsi sur lui de les mettre en chômage forcé en occasionnant une absence de rémunération préjudiciable à de nombreuses familles, en pleine rentrée académique. Ainsi, des monteurs, perchistes, maquilleurs, techniciens de studio, cameramens…payent le prix de cette décision inique et gravissime. « Pour le moment, confie le directeur de la chaîne, nous observons ce qu’on doit faire. Nous réfléchissons avec les avocats sur les stratégies à mettre sur pied pour attaquer la décision au tribunal administratif. »

Le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication, SPIC, a exprimé, dans sa déclaration, « sa profonde indignation et déplore avec la plus grande fermeté les dernières décisions du CNC ». Le SPIC « estime que ces mesures constituent des entraves graves aux principes fondamentaux de la liberté de la presse, de la liberté d’expression et du droit aux citoyens d’avoir une information plurielle, indépendante et diversifiée. Dans un État de droit, les désaccords ou les griefs reprochés à un organe de presse doivent appeler au dialogue, à des sanctions proportionnées ou à des voies de recours légales, et non à des décisions drastiques d’asphyxie des espaces d’expression », lit-on dans le document signé de son président, Thierry Eba. Le SPIC parle d’«un abus de pouvoir excessif de la part du président du Conseil national de la Communication » et dénonce la violation par le CNC de l’article 2, alinéas 1 et 2, de la loi N° 92/007 du 14 août 1992 portant Code du travail au Cameroun. « Le droit au travail est reconnu à chaque citoyen comme un droit fondamental. L’État doit tout mettre en œuvre pour l’aider à trouver un emploi et à le conserver lorsqu’il l’a obtenu », dispose l’alinéa 1. Il est suivi de l’alinéa 2 « Le travail est un devoir national pour tout citoyen adulte et valide ».

Le premier président du CNC, Mgr Joseph Befe Ateba, de regrettée mémoire, n’avait jamais fermé un média. Lors d’une rencontre avec la presse au Palais des Congrès, il disait : « Le média sert à beaucoup de choses dans la société. Chacun se reconnaît dans la ligne éditoriale d’un média. On ne ferme pas un média. » Les choses ont bien changé aujourd’hui.

Lire aussi : Région de l’Est : le Cnc tend le micro aux professionnels des médias  

Ce jeudi 1er octobre, le canal 505 de Vision4 du bouquet Canal+ est crypté. Mais la chaîne, pour le moment, a pu trouver une parade. Sur le plateau de l’émission Tour d’Horizon, ce jeudi, le journaliste Eddy Armand Matchouako a indiqué que « beaucoup de téléspectateurs appellent pour savoir comment continuer à regarder la chaîne. Nous sommes déjà à une cinquantaine d’appels. Nous leur disons que nous avons basculé sur Vision4 RCA, canal 531 du bouquet Canal+. Nous travaillons dans la sérénité. Cette situation a boosté l’audimat de la chaîne Vision4 RCA ». C’est finalement un mal pour un bien ? De toutes les façons, les téléspectateurs de la chaîne peuvent donc suivre à souhait leurs programmes à partir du canal 531.

Lire aussi : Affaire des lunettes d’Alamine Ousmane Mey : René Sadi reçoit le SPIC et les quatre journalistes  

Cette décision, qui choque l’univers médiatique, tombe dans une période où les Camerounais ne se sont pas encore remis de l’arrestation et de la détention arbitraire de quatre journalistes camerounais. François Essomba de Chine Afrique, Igor Guinweth Bibey d’Inform Plus, Pierre Mouchili du Procès international et Solange Djuikam avaient été interpellés en reportage au Palais des Congrès. Ils ont été détenus arbitrairement pendant huit jours pour Solange Djuikam et six jours pour les trois autres, pour suspicion de vol des lunettes en or du ministre Alamine Ousmane Mey. Ces lunettes, supposées disparues, avaient été retrouvées dans le véhicule dudit ministre le même lundi 21 septembre 2026, de l’interpellation de Solange Djuikam. Malgré la découverte du prétendu objet disparu, les trois autres confrères avaient été interpellés à leur tour, le mercredi 23 septembre, pour le même fait. Il aura fallu la mobilisation du Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication pour que le Commissariat central N° 1 libère, sous garant, les journalistes.

Lire aussi :Affaire des lunettes d’Alamine Ousmane Mey : le Barreau demande des comptes sur la détention arbitraire des quatre journalistes   

Aujourd’hui, c’est le Conseil national de la communication, chargé de protéger, défendre et réguler la presse au Cameroun, qui se retourne contre les journalistes. Non seulement le Conseil ne s’est pas prononcé devant l’humiliation subie par les journalistes, mais il décide d’arracher la vie à une entreprise de presse. Autant de décisions arbitraires qui creusent la tombe du métier de journaliste au Cameroun.

Valgadine TONGA

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