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Election présidentielle : Paul Biya votera dans sa chambre

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Le directeur général d’Elecam vient de créer un bureau de vote au palais présidentiel, au mépris de la loi.

En date du 16 juillet 2018, une note créant de nouveaux bureaux de vote sur l’ensemble du territoire a été signée par le directeur général de Elections’ Cameroon, Erik Essouse. Le faisant, il est tout à fait dans son rôle, le code électoral camerounais lui donnant le pouvoir de le faire quand il l’estime nécessaire, surtout quand certaines conditions sont remplies. L’article 96 du Code électoral camerounais indique en effet, alinéa 1  que «le Directeur Général des Elections fixe, pour chaque commune, la liste des bureaux de vote.» Alinéa 2, «la liste indique le ressort de chaque bureau de vote» ; alinéa 3, «chaque bureau de vote comprend cinq cent (500) électeurs au plus», et l’alinéa 4 de préciser que «tout bureau de vote doit se situer dans un lieu public ou ouvert au public».

Le directeur général d’Elecam vient de créer un bureau de vote au palais présidentiel, au mépris de la loi.
Dans un bureau de vote à Douala.

Pour ces deux derniers alinéas les bureaux de vote créés par le nouveau directeur tombent sous le coup. Il existe désormais à la suite de cette note, dans le ressort territorial du Centre commercial de Yaoundé, un centre de vote à la chambre d’agriculture avec un bureau de vote, un centre de vote au Commissariat central avec 2 bureaux de votes, un à l’Etat-major des sapeurs-pompiers avec un bureau de vote, un à l’Etat-major de l’armée de terre avec un bureau de vote, et un centre de vote à l’Etat-major marine nationale avec un bureau de vote.  Ces centres de vote sont ainsi créés en violation de l’alinéa 4 de la loi sus citée, qui veut qu’un bureau de vote soit situé dans un lieu public. Lieu public étant entendu comme une destination qui admet l’accès libre au public, sans contrainte. Et l’on sait que les états-majors de l’armée ne sont pas des destinations  publiques.

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Il faut ensuite faire la différence entre un centre de vote et un bureau de vote. Le centre de vote doit en principe avoir plusieurs bureaux de votes, et est  créé en fonction de l’abondance des électeurs dans une zone, car le bureau de vote lui, doit avoir 500 électeurs. Dans la ville de Douala par exemple, on a le centre de vote du Lycée technique d’Akwa dans l’arrondissement de Douala Ier qui compte 14 bureaux de vote, le lycée de Bepanda à Douala V qui en compte 15 ou l’Ecole de la Sagesse de Missoke avec 15 bureaux  également. Et dans chaque cas, un nouveau centre de vote n’est créé que pour décongestionner celui qui existe déjà, et on ne peut en avoir qui sont rapprochés de moins d’un kilomètre que si le nombre d’électeurs le justifie.

Sur cette base, que l’on retrouve au centre commercial de Yaoundé 7 centres de votes, avec un cumul de 10 bureaux de vote au total, devient suspect. Si tous ces bureaux de votes avaient été concentrés dans un seul centre, il n’aurait pas atteint le nombre de 15  bureaux que l’on trouve dans un centre à Douala. D’ailleurs cela n’est pas économiquement viable, car plus il y a des centres de vote, plus cela nécessite des moyens financiers et humains pour les faire fonctionner. Et Elecam qui se plaint du manque de moyens financiers et humains, ne peut logiquement multiplier des centres de votes, à moins que la motivation soit ailleurs. Aussi, que l’on retrouve dans le centre de vote du Commissariat central 2 bureaux de vote, alors que la loi exige qu’il y ait 500 électeurs par bureaux, cela laisse croire qu’on a autour de 1000 électeurs qui devraient voter au commissariat, ou en tout cas au-delà de 500. Et sachant que personne n’habite le commissariat, en dehors du commissaire et sa famille s’il n’a pas préféré habiter ailleurs, sachant également que ce centre commercial ne grouille de monde qu’en journée par des gens qui y exercent mais habitent en réalité ailleurs, on imagine  que les 500 électeurs et plus qui vont voter ici sont à trouver quelque part.

Sur le plan pratique, on sait aussi que  la configuration des commissariats ne prévoit aucune grande salle pouvant être modulée pour accueillir aisément les électeurs, les scrutateurs, les observateurs et les membres du bureau comme c’est le cas des salles de classe. On peut dès lors se demander bien si ces centres vont effectivement accueillir des électeurs ou ils vont juste produire des résultats de vote.

Un bureau de vote au palais présidentiel

Déjà mis à mal sur des questions de légalité, Elecam est encore interpellé sur les dégâts causés par la crise anglophone et qui affectent considérablement le bon déroulement du vote.
Erik Essouse.

Dans la même foulée, à Yaoundé Ier, on note la création d’un centre de vote  au palais de l’Unité, appelé Etat-major de la présidence de la République, et qui compte 3  bureaux de vote. Là aussi le palais d’Etoudi ne répond pas au critère de lieu public.  3 bureaux de votes supposent également qu’il y a plus de 1000 électeurs qui vont voter dans ce centre d’Etat-major, étant entendu que pour créer un bureau de vote supplémentaire le précédent doit avoir 500 électeurs. Donc s’il y a 3 bureaux, cela suppose que les deux premiers ont 500 chacun. Doit-on comprendre alors que plus de 1000 électeurs habitent le camp du palais de l‘Unité? Si oui, pourquoi ce centre de vote n’a pas été créé longtemps avant, puisque le président Biya, qui de toute évidence devra voter sur place cette année, a l’habitude de voter ailleurs devant les caméras ?

Ces bureaux de votes viennent en tout cas compléter la liste de beaucoup d’autres qui existaient déjà en marge de la loi, dans les chefferies traditionnelles partout sur le territoire. Dans l’Extrême Nord on compte jusqu’ici les bureaux de vote dans les chefferies de Djounde, Doulo ou de Gouvaka Makoulahe. Dans la région du Littoral on peut citer les bureaux de vote des chefferies Bonabeyike, Bonangando, Lendi, ou Ndog Mbe II dans l’arrondissement de Douala V, pour ne citer que ces exemples. L’existence de ces bureaux avaient déjà fait l’objet des contestations dans le passé, et l’on avait espéré que Erik Essouse viendrait corriger les insuffisances et donner plus de crédibilité à Elecam, mais il est plutôt venu en rajouter, laissant planer davantage de doute sur la neutralité de cet organe qui, au soir du 7 octobre 2018, est supposé avoir conduit des élections justes et équitables.

Roland TSAPI

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