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AccueilCamerounDr. Bingono Bingono : «On devrait laisser les gens aller enterrer leurs corps»

Dr. Bingono Bingono : «On devrait laisser les gens aller enterrer leurs corps»

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Pour limiter la propagation du coronavirus au Cameroun, les autorités ont décidé d’ensevelir les morts du virus dans les villes où les défunts ont rendu l’âme. Autorités traditionnelles ou pas, les corps sont enterrés dans les cimetières, au mépris de certaines traditions. Les familles n’ont pas accès au corps de leurs proches. Quelles répercussions au niveau socioculturel ? Sa Majesté René Désiré Effa, Dr. Bingono Bingono, l’imam Iya Ousmanou…autorités traditionnelles, acteurs culturels s’expriment.

Iya Ousmanou (Imam) : «Ça fait moins de dépense»

Pour limiter la propagation du coronavirus au Cameroun, les familles n’ont pas accès au corps de leurs proches. Qui sont enterrés dans les cimetières.

Lorsqu’on est musulman, que l’on soit dignitaire ou simple pratiquant, on est enterré là où on décède. Chez nous les musulmans, on ne connaît pas l’acte de déplacer le corps d’un lieu à un autre. Il y a une exception, dans le cas où une autorité meurt par exemple dans un pays tierce et qu’il n’y a pas la possibilité qu’il y soit enterré selon les rites islamiques. Maintenant il y a le musulman du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, le musulman nordiste et le non musulman qui est du Nord. Dans la tradition Moundang ou Toupouri, il faut ramener le corps au Nord, au cas contraire, les ancêtres ne seront pas contents. Dans la tradition musulmane, on n’a pas cette considération. C’est certes pathétique parce que les gens n’étaient pas habitués à ce que les corps soient enterrés de façon aussi rapide. Mais pour nous, c’est normal. Nous sommes habitués et ça fait moins de dépense. Nous nous réjouissons d’ailleurs parce que le fait de vite enterrer les morts du covid, évite aux familles les cotisations, les dépenses pour le voyage, la confection des programmes. Dans le Coran, Dieu dit que nulle ne connait la terre où il va mourir.

Bienvenue Ngamba (Notable) : «On enterrait nos morts à Douala»

Pour limiter la propagation du coronavirus au Cameroun, les familles n’ont pas accès au corps de leurs proches. Qui sont enterrés dans les cimetières.

 

Je suis né à Douala il y a plus d’une soixantaine d’années. Mon père est mort quand j’avais 13 ans. Il a été enterré au cimetière de New-Bell. Il y a deux façons d’enterrer quelqu’un hors de chez lui. Vous pouvez prendre une pierre avec laquelle vous cogner la tête du défunt quand on nettoie son corps à la morgue. Cette pierre que vous ramenez au village représente sa tête. Au cas contraire, deux ou trois jours après l’enterrement, préparer la poudre de maïs, que vous pilez avec de l’huile rouge et des légumes. Vous versez le mélange sur la tombe au cimetière. Les fourmis vont se ruer dessus pour déguster et vous allez emporter une partie de la terre au village. C’est signe que vous avez amené la tête du défunt. Dans le cas contraire, vous revenez, des années après déterrer le corps, avec l’autorisation des autorités locales pour le transfert du corps.  Je suis notable. S’il m’arrive de casser ma pipe ici, je vais être enterré ici, à condition que l’une des trois conditions suscitées soit remplie. A l’époque du maquis, de 1958 à 1969, plusieurs dignitaires de l’Ouest ont été enterrés à Douala. On enterrait nos morts à Douala puisqu’il fallait un laissez-passer pour aller à l’Ouest. On les enterrait et on procédait aux rites que je vous ai expliqués.

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Dr. Bingono Bingono (Anthropologue) : «On devrait laisser les gens aller enterrer leurs corps»

Pour limiter la propagation du coronavirus au Cameroun, les familles n’ont pas accès au corps de leurs proches. Qui sont enterrés dans les cimetières.

Les répercussions de l’inaccessibilité au corps sont inéluctables. L’Africain accorde une importance notoire aux obsèques parce qu’il sait que, si celui qui vient de mourir a mené une vie de justice de son vivant, il sera purifier par la mort. C’est lui qui deviendra le prochain intercesseur entre Dieu et la communauté de vivants qu’il laisse. C’est pour cela que les Africains préfèrent enterrer le membre de famille chez soi, là où on prendre soin de la tombe, essayer de temps en temps une communication transcendantale avec Dieu. Le corps est là, accessible, mais on ne vous le remet pas. C’est comme si la famille avait démissionné quant aux obsèques à accorder au membre qui est mort. C’est un énorme problème de société dans le vécu culturel du négro-africain. Prenons le cas de la communauté Bamiléké où on sait qu’au bout d’un certain temps, il est question de prélever le crâne pour y faire des rites. Que vont devenir les membres de cette communauté ? Je suis sûr qu’au bout d’un certain nombre d’années, les gens viendront exhumer tous ces corps qui ont été enterrés sans les rites culturels nécessaires. Il y a possibilité de faire autrement. Les médecins nous disent que la  housse mortuaire dans laquelle on met les corps coûte 1miilions Fcfa et est suffisamment protectrice. Après s’être entouré de ces conditions de protection, on devrait laisser sous certaines modalités, la possibilité d’aller enterrer ces corps qui sont déjà protégés. Ils ne sont pas plus protéger parce qu’on les enterre à Soa, que si on les enterrait à Nsangmelima, à Douala ou à l’Ouest. Ça nous laisse un peu suspicieux de la protection qu’on prétend assurer à ces corps. Si cette protection était sûre, on devrait laisser les gens aller enterrer leurs corps.

Sa Majesté René Désiré Effa (Président du Conseil régional des chefs traditionnels du Sud) 

«On peut se passer de certains rituels»

Pour limiter la propagation du coronavirus au Cameroun, les familles n’ont pas accès au corps de leurs proches. Qui sont enterrés dans les cimetières.

 

 

 

On ne naît pas chef, on ne naît pas notable. On est choisi par sa population, on est  intronisé et les ancêtres acceptent. Pour cette pandémie qu’on vit aujourd’hui et qui décime le monde, on peut se passer de certains rituels. Tous ce que nous faisons, que l’on soit chef ou notable, nous le mettons au service des Hommes. Qu’un dignitaire soit enterré ailleurs, si la raison est bonne comme celle de protéger l’homme, personne ne risque quoi que ce soit. Il n’y aura pas de répercussion sur la communauté. Chez nous les Béti, si un des nôtres a été enterré ailleurs, il y a un rituel qui fait qu’à un moment, on va récupérer ses restes et les ramener dans son village. Que les gens ne fassent pas un problème de la situation actuelle. Si un dignitaire est enterré ailleurs, c’est pour éviter que les populations ne soient contaminées.

Réalisé par Valgadine TONGA

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