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Amel Bouzabata : «Un accord de confidentialité sur la formule du Covid-Organics a été signé entre Madagascar et l’OMS»

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Dans les jardins de l’institut malgache de recherches appliquées, le président de Madagascar, Andry Rajoelina présente un remède préventif et curatif contre le coronavirus: une tisane dénommée en malgache Tambavy, composée à 62% d’Artemisia annua L. et de plantes endémiques de Madagascar, dont la composition exacte est gardée secrète, suite aux travaux de l’Institut malgache de recherches appliquées (IMRA) qui ont abouti à l’élaboration du Covid-Organics (CVO) [1]. Maitre de conférences, Faculté de Médecine, Université Badji-Mokhtar, Annaba en Algérie,  Amel Bouzabata revient sur les prouesses du Covid-Organics et les controverses de l’OMS.

 

Qu’est ce que le Covid-Organics?

Le Covid-Organics connait actuellement un immense succès dans le continent africain, puisqu’il est livré dans prés d’une dizaine de pays africains exemple: Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Niger ou la Tanzanie. Cependant, le Covid-Organics n’a pas reçu encore une autorisation sur le marché (AMM), puisque les noms scientifiques des deux autres plantes restent encore top secret. Une autorisation temporaire a été délivrée par l’Etat malgache pour faciliter sa mise en vente [2]. D’après les interrogations du président malgache: «la situation mondiale de la crise sanitaire fait état de 300000 morts maintenant pourquoi ignoré une possibilité de traitement?» En rappelant les résultats prometteurs à Madagascar de ce remède: «sur un échantillon de 171 cas, 105 cas guéris, soit un pourcentage de guérison de 61%» [3].

Toujours d’après le président malgache l’artemisia a fait ses preuves à Madagascar. Mais quelle est la position de l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) vis-à-vis du Covid-Organics? Existent-ils des essais cliniques en cours? Le Covid-Organics a il besoin de la validation de l’OMS pour être reconnu comme remède officiel du coronavirus?

Face à cette effervescence qualifiée comme «africaine» dans la promotion du CVO, l’OMS a souligné le manque de preuves scientifiques concernant l’efficacité de ce remède. De plus, l’OMS appel à la prudence face aux traitements qui n’ont pas fait leurs preuves et a respecter les mesures préventives lavage des mains et la distension physique: «des plantes médicinales telle que l’Artemisia annua L.sont considérées comme des traitements possibles de la Covid-19, mais des essais devraient être réalisées pour évaluer leur efficacité et déterminer leurs effets indésirables». Rappelons que l’OMS encourage à promouvoir la médecine traditionnelle, en soutenant l’application de plusieurs essais cliniques qui ont amené 14 pays a délivrer des autorisations de mise sur le marché de 89 produits issus de la pharmacopée traditionnelle répondant aux normes d’homologation internationales et nationales établies. Des données techniques sont demandées au gouvernement malgache par l’Union Africaine sur l’efficacité du CVO. Actuellement, l’OMS soutient Madagascar, pour établir des essais cliniques du Covid-Organics [4]. Après le succès du médicament traditionnel amélioré CVO sous forme de sirop, un médicament injectable à base d’artemisia dérivé du CVO est en voie de test, dans le cadre du programme Solidarity Trial soutenu par l’OMS. Un accord de confidentialité sur la formule du Covid-Organics a été signé entre Madagascar et l’OMS[5].

Le Covid-Organics:remède médicinal, ou politique?

 

Les différents propos publiés par la presse, démontre bien les enjeux politiques du CVO. D’après le président de Madagascar, les réticences de l’OMS envers le CVO s’expliquent par le fait que ce remède a été élaboré par un pays africain. Si ce n’était pas Madagascar mais un pays européen qui avait découvert le remède Covid-Organics, y aurait-il autant de doutes?» ajoute le président dans une interview pour RFI et France 24 [3]. D’autres propos sont cités par le Chef de l’Etat Andry Rajoelina: «l’OMS et le lobbying pharmaceutique veulent freiner le Covid-Organic, mais ils n’y arriveront pas» [3]. Y’aurait il donc une discrimination des chercheurs africains? Les chercheurs africains n’auraient ils pas une notoriété scientifique suffisante pour créer un remède contre le Coronavirus? Beaucoup de questions se posent sur le CVO qu’on qualifierait de remède «malgache», sachant que Madagascar est l’un des premiers producteurs d’artemisia dans le monde. On peut se poser une dernière question qui restera au cœur des débats: le CVO, fabriquée à base d’Artemisia annua L. n’aurait il pas de retombés économiques dans le pays face à cette propagande? nnn

Artemisia annua L. entre réserves scientifique ou économique?

Artemisia annua L. espèce médicinale contenue dans le Covid-Organics, pourrait être le nouvel or vert de Madagascar. En effet, Madagascar est avec la Chine le premier producteur au monde d’armoise annuelle et qui a confirmé ses propriétés antipaludiques. La propagande de CVO, ainsi que la promotion de sa popularité, contribuera fortement à promouvoir le marché potentiel de cette herbe qui reste interdite à l’exportation et qui est susceptible de se vendre à 3000 dollars la tonne, dix fois plus cher que le riz.

Beaucoup de questions se posent également sur cette plante? Pourquoi cette plante de la pharmacopée chinoise fait de nouveau parler d’elle comme une piste de traitement du Covid-19? Quelle est la position de l’OMS?

Il existe près de 400 espèces d’artemisia dans le monde, mais il y en a une qui interpelle dans les régions où sévit encore le paludisme, notamment le continent africain: (son nom latin scientifique Artemisia annua L., et armoise annuelle en français). Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’espèce “tire son nom du fait qu’il s’agit du seul membre du genre à présenter un cycle annuel”. L’armoise annuelle est une plante aromatique verte, glabre ou à feuilles éparses, dont la taille est comprise entre 30cm et 1m, quand elle pousse naturellement. Cultivée, elle peut atteindre 2m de hauteur.

La plante est originaire de Chine, où elle est inscrite dans la pharmacopée depuis 2000 ans pour ses propriétés curatives contre la fièvre et le paludisme. Elle est désignée sous plusieurs noms, le plus commun étant Qing Hao. Depuis ses terres d’origine, elle a peu à peu conquis le reste du monde. La Chine demeure néanmoins le principal producteur d’armoise annuelle. Sa culture à grande échelle en Afrique, encouragée au début des années 2000 par l’OMS du fait de sa contribution à la fabrication des anti-paludéens à base d’artémisinine, qui a démarré dans l’est du continent, notamment en Tanzanie. D’autres pays sont des producteurs importants et potentiels de l’armoise comme le Kenya ou encore Madagascar[6].

Lire aussi : Dr Charles Hopson : «Stop Coronavirus rentre dans la catégorie des traitements»

Les différents travaux scientifiques ont montré que l’Artemisia annua a une efficacité sur certaines maladies virales (grippes, herpès, cytomégalovirus) et en association thérapeutique, sur certains cancers métastatsés (prostate et poumons). L’armoise annuelle a également confirmé ses propriétés immunomodulatrices et anti-inflammatoires en réduisant le potentiel infectieux/ du virus SARS-Cov-2. En particulier, elle bloque plusieurs récepteurs (ACE2, TMPRSS2, basigine) nécessaires au virus pour pénétrer dans les cellules de la muqueuse nasale et du poumon ou il se réplique et déclenche potentiellement les signes de la maladie.

De plus, A. annua a démontré une activité significative vis-à vis du coronavirus SARS qui s’est manifesté en 2002 [7].

Des tests in vitro de l’armoise annuelle de l’extrait éthanolique de la plante entière ont également décrit l’activité antivirale de vis-à vis de l’agent infectieux SARAS-CoV avec une concentration active à 50% (EC50) de 34,5± 2,6 μg/mL et une concentration cytotoxique (CC50) de 1,053±92,8 μg/ mL. Ces résultats ont contribué à promouvoir l’usage de A. annua pour le traitement des maladies infectieuses SARS-CoV [8].

D’autres études ont confirmé le potentiel anti-infectieux de l’extrait méthanolique des parties aériennes d’A. annua sur Herpes Simplex virus type 1, et a démontré une meilleure activité antivrale que l’acyclovir [9]. Le pouvoir protecteur des composants chimiques d’A. annua, vis-à-vis des agents infectieux herpes simples virus type 1, hepatitis B virus, hepatitis C virus, bovine viral diarrhea virus, and Epstein-Barr virus a été également reporté [10].

Quelle est la position de l’Organisation Mondiale de la Santé, encourage-elle l’utilisation de ce remède?

En 2019, l’OMS prend position contre l’utilisation de l’artemisia sous une forme végétale (tisane, poudre) pour soigner et prévenir le paludisme. D’après l’organisation, la qualité du remède serait trop variable selon la méthode de culture, de séchage ou d’ingestion. De plus, l’utilisation de la matière végétale comme unique traitement pourrait entrainer une recrudescence de la maladie, et une forme de résistance à l’artémisinine. L’OMS apporte des arguments pour ne pas utiliser cette espèce médicinale basés sur la normalisation, et la standardisation: «Les africains méritent d’utiliser des médicaments testés selon les normes qui s’appliquent aux médicaments fabriqués pour les populations du reste du monde, ajoute l’organisme» [11]. S’agit-il d’une stratégie pour protéger le lobby pharmaceutique, et promouvoir le marché pharmaceutique mondial en antipaludéens de synthèse? Il est important à souligner que beaucoup d’espèces médicinales très utilisées sous leur forme traditionnelle et qui ne font pas partie d’un débat aussi strict et repoussant. Nous citons quelques exemples. La commission Européenne reconnait bien l’usage du millepertuis pour le traitement des troubles psychosomatiques, des états dépressifs, de l’anxiété et de l’agitation nerveuse. Un autre exemple, la commission allemande et l’OMS reconnaissent l’usage des feuilles de Ginkgo biloba pour le traitement des symptômes de démence d’origine vasculaire ou dégénérative, des troubles liés à la résistance artérielle périphérique, des vertiges et des acouphènes.

Tout comme le paludisme l’armoise annuelle a été à l’origine de la découverte de l’artémisinine, molécule antipaludique, l’histoire nous dévoilera si cette espèce médicinale est réellement une piste prometteuse pour le traitement du Covid-19.

 

Références:

[1] Emre Sari. Artemisia: Andry Rajoelina, VRP en Afrique du Covid-Organics. Jeune Afrique. publié le 23 mai 2020.https://www.jeuneafrique.com/985355/politique/artemisia-andry-rajoelina-vrp-en-afrique-du-covid-organics/ consulté en ligne le 06 juin 2020.

[2]Madagascar: ce que l’on sait sur le Covid-organics. Point Afrique publié le 09 mai 2020.

https://www.lepoint.fr/afrique/madagascar-ce-que-l-on-sait-sur-le-covid-organics-09-05-2020-2374816_3826 consulté en ligne le 06 juin 2020.

[3]Ibrahim jr Dia. L’OMS et le lobbying pharmaceutique veulent freiner le Covid-Organic, mais ils n’ya arriveront pas. Publié le 11 mai 2020. https://www.financialafrik.com/2020/05/11/andry-rajoelina-loms-et-le-lobbying-pharmaceutique-veulent-freiner-le-covid-organic-mais-ils-ny-arriveront-pas/consulté en ligne le 06 juin 2020.

[4]Etienne Meyer-Vacherand. Le Covid-Organics le traitement qui pose question publié le 12 mai 2020.https://www.letemps.ch/sciences/covidorganics-traitement-malgache-pose-questionconsulté en ligne le 06 juin 2020.

[5]Manuel Marchal. Covid-Organics: essais cliniques du médicament contre le coronavirus soutenus par l’OMS. Publié le 27 mai 2020. https://www.temoignages.re/politique/sante/covid-organics-essais-cliniques-du-medicament-contre-le-coronavirus-soutenus-par-l-oms,98199consulté en ligne le 06 juin 2020.

[6]Falila Gbadamassi. Du traitement du paludisme au Covid-19 pourquoi les vertus de l’artemisia intéressent les africains.Publié le 15/05/2020. https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/du-traitement-du-paludisme-au-covid-19-pourquoi-les-vertus-de-l-artemisia-interessent-les-africains_3946581.html consulté en ligne le 06 juin 2020.

[7]Faiz Ul Haq, Muhammad Roman, Kashif Ahmad et al. 2020.Artemisia annua: Trials are needed for COVID-19. Phytotherapy Research 1-2. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1002/ptr.6733

[8]Shi-You Li, Cong Chen, Hai-ging Zhang et al. 2005. Identification of natural compounds with antiviral activities against SARS-asociated coronavirus. Antiviral Research 67(1): 18-23. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0166354205000690

[9] Karamoddini M., Emami K., Ghannad M.S., Sani E.A., Sahebkar A. 2011. Antiviral activities of aerial subsets of Artemisia species against herpes simplex virus type 1 (HSV1) in vitro. Asian Bio-medicine 5(1): 63-68.

[10] Efferth T., Romero M. R., Wolf D.G., Stamminger T., Marin J.J., Marschall M. 2008. The antiviral activities of artemisinin and artesunate. Clinical Infectious Diseases 47(6): 804-811.

[11]Mathilde Durand. Ce qu’il faut savoir sur l’artemisia, base d’un remède contreversé contre le Covid-19 crée à Madagascar. Publié le 21 mai 2020. https://www.lejdd.fr/Societe/Sante/ce-quil-faut-savoir-sur-lartemisia-base-dun-remede-controverse-contre-le-covid-19-cree-a-madagascar-3969839consulté en ligne le 06 juin 2020.

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