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Assassinat sauvage de Mpondo au Cameroun : enquête au cœur d’un crime qui hante Japoma

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Plus d’un mois après la mort de Richard Mpondo Madiba, Soyassom demeure une scène de crime à ciel ouvert dans les mémoires. Témoignages, traces, silences et procédure judiciaire dessinent les contours d’une affaire qui dépasse le simple fait divers et pose une question fondamentale : comment un homme a-t-il pu être tué avec une telle violence au cœur de son propre quartier ?

 

Le quartier Maholl City s’apprête à changer de nom. Désormais, la mémoire collective retiendra le patronyme de Richard Mpondo Madiba, ce jeune homme de 33 ans dont le corps a été haché par une meute, le 5 juin 2026. Un acte d’une sauvagerie telle que les habitants, dans un élan de révolte et de réparation symbolique, ont décidé de rebaptiser ce lieu du nom de leur fils assassiné.

Ce samedi, 4 juillet 2026 lorsque nous arrivons sur les lieux, un mois après la scène d’horreur, à Soyassom l’air est figé. À l’angle de la rue « Elle et Lui », au lieu-dit Maholl City, un long couloir mène vers les rails. C’est là que le drame a eu lieu. Les murs qui bordent ce passage, encore humides de la rosée matinale, portent toujours les stigmates de l’horreur. Une empreinte de paume, brunâtre, macule la peinture défraîchie. C’est la marque désespérée de Richard Mpondo Madiba, glissant, agonisant, cherchant un appui salvateur avant de s’effondrer sous les coups. « Il a essayé de s’accrocher, de se relever« , murmure son frère aîné Mbedi Nkot Robert le regard fixé sur cette trace indélébile que le temps et la pluie n’ont pas encore osé effacer.

Lire aussi : Peine de mort : et si c’était l’unique réponse à la criminalité galopante au Cameroun?  

Les lieux du crime sont désormais déserts. Un peu comme si l’on y avait planté une croix et que le diable était passé par là. Les domiciles des principaux accusés, notamment celui de Temby Charles et de l’homme surnommé « Papa Porc », sont fermés. Leurs volets sont tirés, les portes cadenassées. D’autres maisons, plus loin dans le quartier, portent encore les cicatrices de la colère populaire : vitres brisées, portails défoncés. La foule en furie est venue chercher les bourreaux, mais ils s’étaient déjà volatilisés. Une autre bâtisse, qui aurait servi de cache ou de point de chute pour la hache ayant servi à décapiter le jeune homme, est aujourd’hui abandonnée. Ses occupants ont fui, emportant avec eux les secrets d’une nuit de sang.

Une mise à mort orchestrée

Sur le terrain, les témoignages, recueillis, dressent la chronique d’un guet-apens d’une précision chirurgicale. La veille, Mpondo passait une soirée paisible chez sa grand-mère, Mme Melone Jeanne. « On était ensemble. On buvait, on causait », se souvient-elle, avant d’ajouter : « Mpondo n’a pas volé. » Vers 2h30 du matin, son téléphone sonne. « Laisse-moi, c’est ma femme. Quand ma femme m’appelle, je pars », lance-t-il à cette dernière.

L’appât était lancé. Richard sort, insouciant, et se rend vers le lieu-dit Soyassom, près des rails. Là, l’engrenage fatal se met en marche. Un premier homme, Temby Charles, l’attend, posté en sentinelle, armé d’une machette et d’une hache. Puis, c’est l’arrivée des renforts. Un commando armé débarque, dévale la pente et se jette sur la victime. En quelques secondes, Mpondo est maîtrisé, puis ligoté avec des câbles en cuivre. Pieds et mains entravés, il ne peut plus fuir.

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« Il fallait au moins trois ou quatre personnes pour le maîtriser », confie son grand-frère, décrivant l’ampleur des violences : « Le pied est haché, la tête fendue, scalpée comme le mouvement du chapeau, le nez est coupé. Les muscles sont arrachés. Il respirait par la bouche lorsque nous l’avons trouvé agonisant », confie Mbedi Robert. Le lynchage est collectif, méthodique, barbare.

Les silences imposés et les preuves effacées

Alors que Mpondo agonise, son frère tente de documenter la scène. « Le grand frère m’a dit de faire une vidéo sur lui. » Raconte Bonam Barikom, son cousin, qui saisit son téléphone. Mais la meute, qui surveille ses moindres gestes, réagit violemment. « Temby Charles est venu en criant, en me menaçant d’arrêter » Poursuivant, il affirme « Une femme lance dans la foule Il a filmé. Il faut qu’il efface. » C’est alors qu’il est pris d’assaut par la population qui décide aussi de le mettre en morceaux. Pour sauver sa vie, il supprime les vidéos sous la contrainte. Un acte de destruction de preuve pour plomber l’enquête.

L’horreur ne s’arrête pas là. Alors que la famille tente de transporter le corps vers l’hôpital, un homme armé, ‘’Papa Porc’’ bloque le passage. « Vous l’amenez où ? Je n’ai pas encore donné la permission. » L’entrave aux secours est manifeste. Richard Mpondo décède quelques instants plus tard, avant même d’avoir pu être pris en charge.

Un crime de droit commun

Au regard de nos investigations de terrain, l’affaire ne relèverait pas d’une simple rixe, mais d’après nos sources, d’un assassinat et de violences volontaires ayant entraîné la mort avec des circonstances aggravantes. À l’exploitation des informations de terrain, plusieurs mobiles s’entremêlent. Notamment, la préméditation et guet-apens : L’appel téléphonique piège, l’attente armée de Temby Charles et l’arrivée des complices, constituent les éléments matériels de la préméditation, excluant toute circonstance atténuante.

Par ailleurs, le lynchage et torture : La ligature des membres avec des câbles de cuivre, combinée à l’usage de haches et de machettes sur la victime, transforme l’homicide en un acte de barbarie et de torture. Aussi, l’entrave et la destruction de preuve, les menaces avec arme proférées par « Papa Porc » pour forcer la suppression des vidéos, ainsi que l’entrave à l’évacuation de la victime, sont des infractions pénales très graves. À ce jour, sept suspects sont déjà sous mandat de dépôt à la prison centrale de Douala. Quid les véritables cerveaux du commando en cavale ?

L’intervention du Palais Royal

« Mpondo était un garçon connu par tous, très populaire et serviable », témoigne son parent, Jeremi Tennyemb. Sa mort, affirme-t-il, « a été vécue comme une humiliation collective par la jeunesse de Japoma. » Après le drame, la colère grondait, menaçant de dégénérer en guerre civile. « Les positions des uns et des autres doivent être établies. Les responsabilités aussi », réclame Jeremi, appelant à la justice de l’État pour éviter la vengeance privée.

C’est dans ce contexte que le Palais Royal du Canton Bakoko-Wouri est intervenu, en tandem avec les autorités administratives. Conscients que la « poudrière » était prête à exploser, les sages de la chefferie ont sillonné les quartiers, prêchant la retenue et la confiance dans les institutions. Une médiation fragile, mais salutaire, qui a empêché que le sang de Mpondo n’appelle d’autres représailles.

L’avenir d’un quartier en mémoire

Le procès qui s’annonce devant le Tribunal de Grande Instance de Douala sera scruté avec une attention extrême. Il devra trancher la tension entre une justice répressive, nécessaire face à la sauvagerie du crime, et la complexité d’une affaire où les rivalités claniques et sentimentales ont servi de détonateur.

D’ici là, le quartier Soyasso s’apprête à tourner une page dans sa toponymie. D’après nos informations recueillie, Maholl City sera rebaptisé « Quartier Mpondo » en hommage à cette victime innocente. Un nom qui restera gravé dans la pierre, mais aussi et surtout dans le cœur d’une communauté qui, face à l’innommable, a décidé de faire de la mémoire de ce fils tombé sous les coups de machettes, le ciment d’une paix fragile.

Cheikh Malcolm EPANDA

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