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Abdourahmane Diallo : le showbiz dans la peau

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Plus connu sous le nom de Rakhou, Abdourahmane Diallo est l’un des plus gros producteurs de spectacle sur le continent. A plus de trente piges dans l’événementiel, c’est peu de dire qu’il a roulé sa bosse, nonobstant le chemin tortueux.

Plus connu sous le nom de Rakhou, Abdourahmane Diallo est l’un des plus gros producteurs de spectacle sur le continent. A plus de trente piges dans l’événementiel, c’est peu de dire qu’il a roulé sa bosse, nonobstant le chemin tortueux.  

48 ans. Il fait bien son âge, cet homme qui a vu le jour à Dakar, au Sénégal le 17 octobre 1974. Mais quand tonnent ses réalisations, tous se demandent s’il a commencé le showbiz dans le sein maternel. Abdourahmane Diallo dit Rakhou ne se présente plus sur sa terre natale. Il est l’un des plus gros tourneurs ou producteurs de spectacle au Sénégal. Le 4 juin 2022, il a ravi les Dakarois avec le concert de Diamond Platnumz à l’esplanade du Grand Théâtre. C’est lui qui ramène pour la première fois le chouchou des filles, Dadju, dans son pays. Total succès. L’escarcelle de son palmarès déborde, tant sur la scène sénégalaise que parisienne.

«J’ai commencé à produire les spectacles en 2008 quand je m’étais installé en France. J’ai commencé à ramener des artistes, plus en tant que dj ou animateur, mais en tant que producteur de spectacle. Ma première soirée était avec l’artiste sénégalais Abdou Guité Seck que j’ai ramené de Dakar en France. Un bon artiste de Saint Louis. Ça s’est très bien passé. Je me rappelle aussi d’une découverte que j’avais faite. Une chanteuse Capverdienne Imélie Monteiro. Elle n’avait sorti qu’une maquette, jamais un single, jamais un album. Son producteur avec qui j’ai une bonne relation m’avait demandé de l’aider. Quand j’ai écouté le morceau, et vu que j’anime sur la radio sénégalaise 2Stv, je lui ai dit de la ramener pour ma Soirée sénégalaise que j’organise à Paris. C’était sa première fois sur scène. Cette première expérience était vraiment positive, et c’est ce qui m’a donné envie de continuer», nous raconte ce dandy qui nous a reçus dans ses appartements à Dakar. La finesse au bout de ses doigts soignés, colle si bien au sourire charmeur de cet homme brun d’1m77. Derrière ses lunettes médicales, la lucidité et la franchise guident ses actions. Le tout dans une humilité bien placée.

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Sa galanterie lui impose de toujours chercher à satisfaire ses convives. Et malgré sa folle passion pour la musique, il se fait violence en mettant une pause pour faire plaisir. A l’époque où il était Dj et Mc en France, «je présentais les concerts sénégalais à Paris. Je me rappelle qu’on avait fait venir Mbaye Dieye Faye (qui est le Mc et le percussionniste de Youssou Ndour) un 31 décembre 2007. Un concert que j’avais présenté. Après j’ai voulu être autonome, faire mes propres soirées sénégalaises, un concept que j’avais entamé en 2005 pour faire la promotion de la musique sénégalaise à Paris. Après Guité Seck, j’ai commencé à être professionnel, j’ai créé une boîte de production qui s’appelle Belle Afrique. J’ai ramené en France les Pape Diouf, Mbaye Der…pour des show-case. Mais les vrais concerts ont commencé en 2009 avec la naissance de ma boîte Rakhou Prod. J’ai commencé à ramener les gros artistes sénégalais pour des concerts live avec leur band. J’ai ramené un artiste qui marchait très fort à l’époque, Abou Thioubalo avec la chanteuse Titi. Ils ont fait le live un 31 décembre. La salle était pleine à craquer. Il y avait plus de monde dehors qu’à l’intérieur, du jamais vu. Ça m’a vraiment marqué. Depuis là, j’ai fait quasiment tous les artistes sénégalais, j’ai fait Thione Seck en 2011 avec son fils Wally Seck. J’ai ramené d’autres sur des dates en Italie, en Espagne, à Marseille, à Lyon

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Plus de trente ans dans le showbiz. N’allez pas croire que c’est un long fleuve tranquille. Que nenni ! Ce ne sont pas les requins aux dents acérées du showbiz qui font problème. «Dieu a fait que je suis très connu et très respecté dans mon pays. Mais il y a toujours une question que je me pose et elle n’a pas encore eu de réponse. On ramène des artistes à Dakar, de grands artistes, mais on a du mal à être soutenu par l’Etat et les partenaires. On se demande pourquoi, parce que les gens qui ramènent des artistes sont accompagnés, même pour les artistes locaux qui se produisent ici, ils sont accompagnés. Mais quand c’est moi, il n’y a aucun soutien». Et comme dans plusieurs pays africains, la même rengaine revient. «Souvent j’entends les Sénégalais dire que ce n’est pas normal qu’on ramène des artistes comme Dadju à qui on paie des millions, alors qu’on n’arrive pas à payer ces mêmes sommes aux artistes locaux. Ils me disent qu’il faut être patriote, il faut accompagner les artistes locaux, bien les payer parce que l’argent reste dans le pays, contrairement aux artistes internationaux. Ça me fait marrer quand j’entends ça. Ils ne comprennent pas

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Il est évident pour Rakhou qu’un «pays doit s’ouvrir, c’est ce qui fait vivre un pays. Si la France tenait le même discours aux artistes sénégalais, où seront-ils ? Le plus gros concert de Youssou Ndour qui lui rapporte le plus c’est son Bercy. C’est ce qui le vend sur le plan international. Mais est-ce qu’on entend les Français dire que Youssou vient ramasser l’argent pour le ramener dans son pays ? Ce n’est pas cette mentalité. La musique n’a pas de frontière. La musique doit voyager et non rester dans un coin, et nous sommes là pour prendre les artistes locaux et les ramener dans le monde, comme on ramène aussi les artistes étrangers dans le pays. Il y  a les gens qui ne comprennent pas ça

 

Abdourahmane Diallo

Abdourahmane Diallo, Mister Mc.

 

Comme dans la vie, l’amour triomphe toujours. Et son amour à Rakhou, c’est la musique. «J’aime beaucoup la musique. Je suis un passionné. Je ne peux pas vivre sans la musique. J’aime innover, créer, prendre le risque dans ce que je fais. Je suis animateur radio, je suis à la télé, je suis dans l’évènementiel, c’est ma passion. Ça fait que je ne regarde pas trop le côté business, mais je me focalise sur la musique. En général les artistes que je produis, ce n’est pas que j’en suis fan, mais j’aime ce qu’ils font. C’est une histoire d’amour entre la musique et moi

Pour sa passion d’amour, il ne capitule jamais. Surtout qu’il a suffisamment roulé sa bosse pour affuter son mental. «Mon premier concert avec Dadju en 2018 à Dakar, aucun partenaire ne m’a donné 5F et j’ai réussi à faire le concert. En 2017 j’ai ramené Tekno. Je n’avais que RedBull, et il ne donne pas beaucoup en matière de sous. Je pense que c’est ça ma force. J’ai démarré difficilement. Si j’avais démarré tout rose avec des sponsors, et qu’après les sponsors me lâchaient, je n’aurais plus su faire mes concerts. Mais quand j’ai démarré il n’y avait personne. Aujourd’hui, Dieu merci, je commence à avoir quelques partenaires, et je pense qu’ils viendront tous. Même le président du Sénégal connaît qui je suis, pour ce que je fais pour la culture dans ce pays. Et le public me motive beaucoup parce qu’à chaque fois que je ramène les artistes, je vois un public heureux quand je monte sur la scène. Ça me touche tellement et rien que pour ça, je veux continuer

Au commencement…

L’indéboulonnable opérateur culturel n’aurait certainement pas eu cette carrière sans le soutien de son père. Dans un flashback, il se souvient, tout souriant avoir «démarré la musique très tôt, quand j’étais encore à l’école. Ma mère n’a jamais voulu parce que pour elle, c’est les études. Du coup je me cachais pour faire mes soirées. Le jour où mes parents ont su que j’étais Dj, c’est le jour où j’ai organisé une matinée dans le quartier. Ça n’avait pas marché et je n’avais pas de quoi payer la salle. Le monsieur de la salle est venu me chercher chez nous. Il a dit à mon père que je lui dois, mais mon papa ne comprenait pas. Il lui a donc expliqué que j’ai fait une soirée chez lui qui n’a pas marché. Maman était en colère, mais papa a payé le monsieur et il m’a dit que ce n’était pas la peine d’organiser des soirées à l’extérieur, quand papa a une grande maison, et je n’aurai aucun frais à payer. C’est mon papa qui m’a donné envie de continuer parce que s’il m’avait réprimandé ce jour, j’aurai peut-être arrêté. J’organisais mes shows dans la maison, pendant que papa et maman dormaient là-haut, et les gens payaient pour entrer. En 1990, tout le monde savait que j’étais Dj. J’allais partout pour des évènements.» Petit Abdourahmane est devenu grand Rakhou, entouré de ses cinq enfants. Et l’histoire continue…

Valgadine TONGA

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