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Détention arbitraire au Cameroun : les journalistes incarcérés pour vol des lunettes en or du ministre Ousmane Mey parlent

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Arrêtés pour suspension de vol de lunettes du Minepat, Alamine Ousmane Mey, alors que les mêmes lunettes ont été retrouvées le même jour chez le ministre selon sa cellule de communication, les journalistes racontent l’enfer des geôles au Commissariat central n1. Après avoir obtenu leur libération, le Syndicat national des Professionnels de l’information et de la Communication (SPIC) exige du ministre, des excuses officielles à la profession et la pleine réparation des dommages subis.

Les faits remontent au lundi 14 septembre 2026. Le Ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT) organise au Palais des Congrès de Yaoundé, sur trois jours, la signature de conventions de financement avec la Banque Islamique de Développement. Cérémonie présidée par le Premier Ministre, en présence de nombreux partenaires. Plusieurs journalistes sont invités par la cellule de communication du MINEPAT pour la couverture. Le mercredi, tout bascule.

Igor Amos Guinweth Bibey.

 

François Essomba, correspondant de la revue Chine-Afrique ; Igor Amos Guinweth Bibey, DP d’Infocom Plus ; Pierre Mouchili, diplômé de l’ESSTIC et collaborateur de plusieurs journaux, et Solange Djikam, DP de http://Univers-infonet.com, sont interpellés dans la salle par des policiers. « Qu’est-ce que vous faites là ? Vous avez été invités ? » Malgré la présentation de leurs cartes de presse, les trois hommes sont embarqués comme des suspects vers le commissariat du 10e arrondissement à Bastos, puis transférés au Commissariat Central Numéro 1 de Yaoundé, à visage découvert, dans un pick-up de la police. Le motif ne leur sera révélé que plus tard : la disparition des lunettes en or du Ministre Alamine Ousmane Mey. « On nous a parlé de suspicion de vol des lunettes en or du ministre Ousmane Mey. J’ai beau dire que je ne connais rien de cette affaire, ils nous ont incarcérés, sans audition. Le policier a martelé que la cellule est pleine d’innocents et que notre cas n’est pas exceptionnel », nous raconte François Essomba. Les quatre journalistes ont recouvert la liberté ce lundi 21 septembre 2026, grâce à la forte pression du Syndicat national des Professionnels de l’Information et de la Communication.

« Pire que l’enfer »

Pendant six à sept jours, les quatre journalistes vont cohabiter avec des grands bandits, dans des conditions qu’ils décrivent comme inhumaines. « Promiscuité terrible, insalubrité incroyable, toilettes bouchées et débordantes, odeurs insoutenables, puces, cafards, souris. Pas d’eau, pas d’endroit où se coucher », témoignent-ils. Igor Amos Guinweth Bibey, 64 ans et 20 ans de métier, assure : « Pendant six jours on n’a pas connu les toilettes. C’est l’enfer. C’est grâce au SPIC que je suis sorti de cet enfer. Toute ma reconnaissance au SPIC ».

Lire aussi : Liberté de la presse au Cameroun : le Spic et l’Unesco tiennent les Universités de la Presse  

Lire aussi :Convocation des journalistes Titan Yonkeu et Alvarez Lactouo : le Spic dénonce une entrave à la liberté de la presse   

Solange Djikam, interpellée dès lundi, en sort traumatisée et malade. Elle a eu un sort plus sévère et plus sentencieux. La journaliste est allée en couverture lundi, et a été interpellée et incarcérée le même jour pour le vol des lunettes en or du Minepat. Bien que rien de compromettant n’ai été retrouvé sur elle, Solange a été jetée en cellule, sans aucune audition. Aujourd’hui, la journaliste connue pour sa loquacité, babille presque. Elle a l’air ailleurs. C’est à peine si elle enchaîne une phrase. « L’horreur, l’horreur. On se fait dessus… Les odeurs insupportables… Heureusement que j’avais un cache-nez, sinon je serais morte depuis. » Solange sort des geôles avec une santé fragile et un téléphone égaré.

Pierre Mouchili, 60 ans, dit avoir tout perdu : « J’avais 60.000 Fcfa quand on m’a arrêté. Je sors avec 2.000 Fcfa. Il faut payer 1.000 Fcfa pour passer un appel, 2.000 Fcfa pour charger le téléphone. Mes enfants ne sont pas inscrits pour la rentrée, j’ai raté un rendez-vous d’affaires important. Si je savais, je faisais l’école normale. Je regrette d’avoir choisi ce métier. Le journaliste n’est pas respecté dans notre pays ». Igor Amos Guinweth Bibey est loin d’oublier ce « cauchemar. C’était vraiment invivable, avec les grands bandits de l’Avenue Kennedy. Je vous assure que nous sommes contents de retrouver la liberté parce que pendant sept jours on n’a pas connu les toilettes. Il était inadmissible et impossible d’aller même aux toilettes, les odeurs, les puces partout sur nos corps, sans se laver pendant six jours. C’est très difficile. Je pense que la police camerounaise a aussi des brebis galeuses parce que ce qui est arrivé au Palais des Congrès n’aurait jamais dû arriver, surtout à des journalistes comme nous ». Igor Amos Guinweth Bibey a 64 ans. Il traîne derrière lui, deux décennies de pratique du journalisme. Il n’avait jamais imaginé vivre pareille expérience dans son propre pays.  « Je n’ai jamais eu de problème par rapport au métier de journalisme. Nous ne sommes pas des gens qui font n’importe quoi, du désordre, nous sommes toujours dans le professionnalisme parce qu’on a appris à faire ce métier à l’école », déplore le Directeur de Publication d’ Infocom Plus.

Le SPIC saisit la DGSN et Droits de l’Homme

Alerté, le Syndicat National des Professionnels de l’Information et de la Communication a mené ses investigations. Au Le MINEPAT, la responsable de la Communication, Madame Assoumou a fait savoir que le ministre Alamine Ousmane Mey n’a jamais porté plainte personnellement contre des journalistes ; et que les lunettes du ministre avaient été retrouvées dans son véhicule le même lundi de sa « disparition ». Comment se fait-il donc que les trois autres journalistes aient été arrêtés mercredi pour des lunettes déjà retrouvées ? La question reste en suspens.

Arrêtés pour suspension de vol de lunettes du Minepat, Alamine Ousmane Mey, alors que les mêmes lunettes ont été retrouvées le même jour chez le ministre selon sa cellule de communication, les journalistes racontent l'enfer des geôles au Commissariat central n1. Après avoir obtenu leur libération, le Syndicat national des Professionnels de l’information et de la Communication (SPIC) exige du ministre, des excuses officielles à la profession et la pleine réparation des dommages subis.
Les confrères accueillis par le Président national et le SG du SPIC.

Le SPIC a âprement obtenu leur libération. Son président, Thierry Eba, a échangé à l’issue de la libération des confrères, avec le Commissaire Divisionnaire du Central N°1. Ce dernier a reconnu que les journalistes « n’étaient pas du tout coupables » et que leur détention était abusive. Selon le Divisionnaire, une plainte verbale a été déposée par le garde du corps du ministre au nom de ce dernier, obligeant la police à ouvrir une enquête. « Comment au milieu de 300 personnes, un ministre perd ses lunettes, fussent-elles en or, et c’est seulement vers les journalistes qu’on se dirige ? C’est la profession qui est insultée, brocardée, déshumanisée. Nous exigeons des excuses officielles du MINEPAT, la réparation du préjudice et un suivi médical pour les confrères. »
Le syndicat annonce avoir saisi la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun, la Délégation Générale à la Sûreté Nationale (DGSN), et compte saisir le Président de la République et le Premier Ministre.

Valgadine TONGA

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