L’arrêté du 10 août 2026 du Mindcaf Henri Eyebe Ayissi, arrache 28.961,3 hectares aux autochtones, entrepreneurs locaux et allogènes, et à la diaspora camerounaise ; ceci au profit de l’entreprise chinoise Keda Cameroon Ceramics. Selon des investigations effectuées concernant la procédure, une illégalité criarde entoure l’acte ministériel. Ce qui fait rappeler un précédent acte officiel dans le même département, concernant une affaire de prédation foncière, ayant fait condamner plusieurs personnalités. La prison guetterait-elle le Ministre Henri Eyebe Ayissi ?
28.961,3 hectares, soit 1230 titres fonciers. Voilà exactement la vaste étendue que le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) veut arracher à la population camerounaise. Le ministre Henri Eyebe Ayissi a officialisé son intention à travers son arrêté N° 02913/Mindcaf/Sg du 10 août 2026. Ledit texte constate « la nullité d’ordre public de tous les titres fonciers établis sur le domaine privé de l’Etat constituant l’Unité Forestière d’Aménagement (UFA) 09028 située dans le département de l’Océan, est vivement contesté par les populations des localités Mpolongwe II, Bebambwe I, Bebambwe II, Londji II, Bipaga I, Bipaga II ». Un arrêté à plusieurs irrégularités qui, de l’avis des observateurs démontrent l’illégalité du texte.
D’un, selon La loi N°2024-008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune, révisant la loi de 1994, la classification d’une UFA relève uniquement du ministre des Forêts et de la Faune. Le Président de la République ou le Premier Ministre peut également se permettre cette prérogative, mais jamais le Mindcaf. De deux, La loi N°2024-008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune définit l’UFA comme « une forêt en un ou plusieurs tenants, relevant du domaine forestier permanent, et soumise à une gestion durable pour la production des biens et/ou des services forestiers, conformément à un plan d’aménagement ». Mais dans le département de l’Océan, sur les plus de 28.000 hectares arrachés par arrêté, se trouvent la mission catholique, les maisons d’habitations, des routes, un péage, des sociétés. On est loin de la grande surface de forêt. Il y a de la vie sur ses espaces, et des projets initiés par la jeunesse de la Diaspora, désireuse d’investir dans leur pays. Cette même jeunesse autour de qui tourne le septennat du Chef de l’Etat, lui qui a toujours invité les jeunes à oser, à investir dans l’agriculture.


Les investigations menées sur le terrain confirment que le Mindcaf chassent les Camerounais pour donner les terres à la société chinoise Kéda Cameroon Ceramics Limited, dirigés par le Chinois Han. Cette société a longtemps cherché, sans succès, à acheter à vil prix les terres aux propriétaires pour construire son usine de fabrication de carreaux à Bipaga.
Lire aussi :Casses de Dikolo-Bali : le tribunal annule le décret d’expropriation
En trois. Le ministre Henri Eyebe Ayissi souligne d’entrée de jeu dans son arrêté ce qui a motivé sa décision. Article 1 : « Acte est pris des éléments d’information nouveaux et pertinents contenus dans le rapport d’état des lieux transmis en date du 10 août 2026 par le Délégué Départemental des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières de l’Océan ». En clair, le Délégué départemental du Mindcaf, Gilles Arsène Ebolo a adressé un rapport à sa tutelle le 10 août 2026. Ce même 10 août 2026, l’arrêté est sorti. Devrait-on croire qu’en 24h, les commissions mixtes ont étudié la pertinence du rapport du délégué, sont descendues sur le terrain, ont travaillé avec les autorités traditionnelles et la population…, avant que le ministre ne prenne la décision d’annuler les 1230 titres fonciers ? Encore que même si toute la procédure avait été respectée, au vu de la célérité observée, la classification d’une UFA n’est point du ressort du Mindcaf.
Selon les documents en notre possession, le ministre Eyebe Ayissi a lui-même signé en 2026, des dérogations aux requérants ayant sollicité la réalisation des procédures d’immatriculations directes sur leurs parcelles. Les dérogations du ministre faisaient suite aux commissions qu’il avait envoyées sur le terrain. En clair, le ministère des Domaines sait donc que les 1230 titres fonciers ne sont pas sur une UFA. Qui veut faire tomber Henri Eyebe Ayissi ? Parce que visiblement, il n’a pas été aidé par ses collaborateurs. Ça ne sentira pas bon quand la justice camerounaise va se lever. Le commissaire régional de l’association la Une des Droits de l’Homme et des Libertés (UDHL), Joseph Noel Biyoa, a saisi les autorités camerounaises pour demander annulation du texte.
A titre de rappel historique, en 2020, au terme d’une procédure similaire de prédation foncière impliquant de nombreuses personnalités en service dans le département de l’Océan, le Tribunal Criminel Spécial a envoyé en prison quatre personnalités. C’était dans le cadre du procès des indemnisations des personnes déguerpies dans le département de l’Océan, pour les travaux de construction du complexe industrialo-portuaire de Kribi. Louis Nlend Bahanag, l’ex-coordonnateur du projet de construction du Port autonome de Kribi, condamné à la prison à vie ; l’ancien préfet de l’Océan Jean François Vilon (déjà la retraite au moment des faits) écopant de 12 ans de prison ferme ; Jean Hubert Bessala, l’ex-sous-préfet de Kribi, 12 ans de prison…
Valgadine TONGA






