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Expropriation au Cameroun : le Mindcaf chasse les autochtones à Kribi sur 28.000 hectares, au profit des Chinois

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L’arrêté du 10 août 2026 du ministre Henri Eyebe Ayissi expropriant les peuples autochtones de toutes leurs terres, créé la panique et le courroux dans les arrondissements de Kribi 2 et de Lokoundjé. Cet arrêté signé sans concertation préalable, a été découvert par les populations et les autorités traditionnelles sur les réseaux sociaux. A peine l’arrêté signé, des villages et quartiers ont déjà commencé à être vendus ce même 10 août, dans le dos des populations et des opérateurs économiques établis sur la terre. Certains propriétaires de terrains menacent de sortir les machettes pour protéger leurs terres. Le Collectif des communautés autochtones a adressé une correspondance au Chef de l’Etat pour demander la correction du document du Mindcaf et sauver les populations du département de l’Océan. Enquête.

« Je ne saurais quitter mes terres. Après avoir servi le Rdpc près de 40 ans. Je refuse cette humiliation. Il y aura des morts par AVC ici, et des machettes vont sortir. Notre père doit résoudre ce problème ». C’est avec le souffle presque coupé, les yeux larmoyants que Hortense Mengue, adjointe au maire, présidente de l’Ofrdpc (Organisation des Femmes du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), section Océan Sud Continental, se lâche à notre micro. Elle fait partie de la centaine de milliers de Camerounais exproprier de leurs terres par le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi. Ce mardi 25 août 2026, l’édile locale marche dans sa ville, l’esprit ailleurs. Un trio de journalistes en provenance de Yaoundé, vient d’effectuer une descente dans le département abritant Kribi, pour une investigation sur les 28.961,3 hectares arrachés aux autochtones et entrepreneurs (locaux et allogènes). C’est l’importante superficie (soit 1230 titres fonciers) arrachée, sur papier, par le Mindcaf, à la population de l’Océan, au profit notamment des Chinois.

L’arrêté du 10 août 2026 du ministre Henri Eyebe Ayissi expropriant les peuples autochtones de toutes leurs terres, créé la panique et le courroux dans les arrondissements de Kribi 2 et de Lokoundjé. Cet arrêté signé sans concertation préalable, a été découvert par les populations et les autorités traditionnelles sur les réseaux sociaux. A peine l’arrêté signé, des villages et quartiers ont déjà commencé à être vendus ce même 10 août, dans le dos des populations et des opérateurs économiques établis sur la terre. Certains propriétaires de terrains menacent de sortir les machettes pour protéger leurs terres. Le Collectif des communautés autochtones a adressé une correspondance au Chef de l’Etat pour demander la correction du document du Mindcaf et sauver les populations du département de l’Océan. Enquête.
Arrêté du Mindcaf.                                             

En effet, cet arrêté N° 02913/Mindcaf/Sg du 10 août 2026, constatant la nullité d’ordre public de tous les titres fonciers établis sur le domaine privé de l’Etat constituant l’Unité Forestière d’Aménagement (UFA) 09028 située dans le département de l’Océan, est vivement contesté par les populations des localités Mpolongwe II, Bebambwe I, Bebambwe II, Londji II, Bipaga I, Bipaga II. Ici, le texte du ministre Henri Eyebe Ayissi alimente toutes les conversations. Notables, chefs traditionnels, fidèles catholiques et protestants, opérateurs économiques des arrondissements de Kribi 2 et de Lokoundjé ne cachent pas leurs tourments. Ils disent n’avoir été conviés à aucune consultation avant cette décision ; ils n’étaient point au courant pour la plupart du texte ministériel. Plusieurs d’entre eux ont appris l’information durant notre enquête. D’autres ont découvert le pot aux roses en allant à la délégation départementale du Mindcaf, pour la mise à jour des certificats de propriété.

« Plans de lotissement approuvés »

« Vendredi 21 août dernier, je suis allé avec quelques collaborateurs à la délégation juste pour la mise à jour. Tout était bloqué. On nous fait comprendre que la Map est saturée. C’est après insistance qu’on nous a informés que le ministre nous a dépossédés de nos terres et que nous n’avons plus rien. J’ai failli m’écrouler », se souvient un investisseur camerounais. Et d’ajouter : « Nous avons des titres fonciers remis par qui de droit, datant de 15, 20 ans et plus. Et on sait que la procédure d’acquisition d’un titre foncier au Cameroun peut faire un an. Nous avons donc des titres fonciers obtenus de longues luttes. Certains ont cédé ou loué leurs espaces. Nous avons déjà même aménagé ce terrain. Il y a déjà les plans de lotissement approuvés. Ça veut dire qu’on va faire des maisons. On va construire, on va faire des quartiers, on a des projets. J’ai fait venir des ingénieurs de France il y a deux ans pour étudier l’un des projets que je suis en train de monter sur l’un de mes terrains. Ce sont de gros investissements que mon entreprise qui m’ont déjà beaucoup coûté. J’ai beaucoup investi sur toutes les mes terres ».

Ce sont plus de 28.000 hectares qui sont concernés, comme le précise l’Article 2 de l’arrêté : « Sont, par conséquent, constatés de nullité d’ordre public tous les titres fonciers établis sur la portion de forêt de 28 951,3 hectares dénommée Unité Forestière d’Aménagement (UFA) 09.028, incorporée par décret n° 2011/2345/PM du 11 août 2011 dans le domaine privé de Etat, en application des dispositions de l’article 2 alinéa 6 du décret n° 76/165 du 27 avril 1976 fixant les conditions d’obtention du titre foncier… Les titres fonciers irrégulièrement établis sur cette parcelle de terrain et formellement identifiés à la faveur du rapport d’état des lieux suscité, sont constatés de nullité d’ordre public ».

Simon Mefan Mengon, notable à Bidou, renseigne : « Ma famille a dix titres fonciers à Bidou, pour 80 hectares. On a tout balayé. Je tiens à rappeler aussi que nos communautés sont arrivées à Bidou dans les années 1800. Nous sommes là depuis plus de deux siècles. Lorsque par un simple document, par un simple arrêté, on peut vous chasser comme des malpropres, comme des parias, alors là ça devient un problème. Parce qu’on ne comprend pas exactement la nature de cet arrêté. Ils se sont accrochés sur une Unité Forestière d’Aménagement qui n’existe même plus, puisque l’autorité compétente l’avait annulée. Nos ancêtres sont sur ces terres, nos cimetières et nos églises aussi. C’est vraiment inhumain ».

notable Jean Lobango
Le notable Jean Lobango, du village Bebambwe I.

Au village Bebambwe I, le notable Jean Lobango raconte : « La note du ministre est sortie en catimini. Nos chefferies n’ont pas été saisies. Nous avons été informés de bouche à oreille, avant de mener nos investigations. Nous sommes au Cameroun. Si on n’était pas informé, on allait brusquement voir des Chinois débarquer dans nos forêts que nous avons sécurisées, qui nous appartiennent depuis des décennies, depuis nos aïeux. L’État doit dialoguer avec la population. Dans mon village, plus de dix familles sont dans la même situation, même notre chefferie du village est dans la même situation. Personne n’a été épargné. »

Adieu la mission catholique !

Dans son arrêté, l’autorité ministérielle explique que ces espaces appartiennent à l’Etat : « Les parcelles de terrain, objet desdits titres fonciers, réintègrent l’assiette foncière du domaine privé de l’Etat affectée à l’Unité Forestière d’Aménagement (UFA) 09 028 ». Selon le dictionnaire, une UFA au Cameroun est une grande surface de forêt (pouvant atteindre 200 000 hectares) concédée par l’État à des entreprises forestières pour une durée généralement de 30 ans. La loi N°2024-008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune définit l’UFA comme « une forêt en un ou plusieurs tenants, relevant du domaine forestier permanent, et soumise à une gestion durable pour la production des biens et/ou des services forestiers, conformément à un plan d’aménagement ». Mais dans le département de l’Océan, sur les plus de 28.000 hectares arrachés par décret, se trouvent la mission catholique, les maisons d’habitations, des routes, un péage, des entreprises. On est loin de la grande surface de forêt. Il y a de la vie sur ses espaces.

L’arrêté du ministre s’appuie également sur le Décret du 11 août 2011 portant incorporation au domaine privé de l’Etat d’une portion de forêt de 28.961,3 hectares dénommé Unité Forestière d’Aménagement. L’Etat voulait rétrocéder cet espace à Hévécam (Hévéa Cameroun S.A). Ces mêmes titres avaient en fait été rejeté à cause de l’UFA, mais après vérification, le ministre était revenu sur sa décision le 02 avril 2026, suite aux plaintes des populations. Ceci, grâce surtout à l’avis public N° 0096 /AP/MINFOF/SS/DF/SDA/SE Portant déclassement partielle de l’Unité Forestière d’Aménagement (UFA) N 09 028, située dans le Département de l’Océan, Région du Sud. « Le Ministre des Forêts et de la Faune porte à la connaissance du public qu’en vue de la mise en œuvre du projet d’exploitation du bananier plantain associée au manioc dans la Département de l’Océan, Région du Sud, l’Administration chargée des forêts procèdera au déclassement partiel de l’UFA 09 028, classée dans le domaine privé de l’Etat par décret N° 2011/2345/PM du 11 aout 2011 », lit-on dans la note du Ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) Jules Doret Ndongo. (Ci-dessous, quelques clichés sur espaces dit UFA).

notable Jean Lobango

La sortie du Mindcaf témoigne qu’à coup sûr, il n’a pas été suffisamment renseigné. L’arrêté du ministre a été pris avec une diligence qui laisse songeur. La preuve, le ministre Henri Eyebe Ayissi justifie son acte par le rapport de son délégué. Article 1 : « Acte est pris des éléments d’information nouveaux et pertinents contenus dans le rapport d’état des lieux transmis en date du 10 août 2026 par le Délégué Départemental des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières de l’Océan ». En clair, le Délégué a adressé un rapport à sa tutelle le 10 août 2026. Ce même 10 août 2026, sans toute autre procédure, le ministre a pris la décision d’annuler les 1230 titres fonciers. Selon La loi N°2024-008 du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune, revisant la loi de 1994, la classification d’une UFA relève uniquement du ministre des Forêts et de la Faune.

Sur le terrain, les gros engins de terrassement des sociétés, surtout chinoises, sont en train de s’installer sur ces espaces présentés comme UFA. Dans les administrations de l’Océan, les autorités n’ont pas caché leur gène, après avoir su que les populations et les médias étaient au parfum de l’arrêté. Rendus à la préfecture, le lundi 24 août 2026 pour avoir la version du préfet sur ce vaste mouvement d’expropriation des populations, nous avons été redirigés vers son premier adjoint. Le préfet étant en congé.

Selon l’arrêté du 10 août du ministre du Cadastre et des Affaires foncières, pratiquement toute la population de Kribi 2 doit être expulsée, avec toutes les entreprises, la mission catholique… Qu’est-ce qu’il en est exactement ? A notre question, l’Adjoint N°1 au préfet, l’administrateur civil Emmanuel Longue Kingue Johnson tente une pirouette : « Je suis ahuri par ce que j’apprends. Ce qui me désole c’est d’apprendre une telle information chez des particuliers comme vous. Les populations ne peuvent pas nous laisser et aller directement se plaindre chez les journalistes. Nous allons juste observer l’issue de votre enquête. Je ne suis pas au courant de cet arrêté. » Une déclaration qui révèle soit un aveu d’incompétence de l’administrateur civil, soit de la mauvaise foi.

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Toutes nos tentatives durant notre séjour de travail pour rencontrer le délégué départemental des Forêts et de la Faune sont restées vaines. « Le délégué ne peut pas vous recevoir, il est toujours en réunion », a-t-on toujours obtenu comme réponse de son secrétariat. A la délégation départementale du Mindcaf, mardi 25 août 2026, le délégué Gilles Arsène Ebolo est interloqué : « Comment avez-vous appris cette information ? Je ne suis au courant de rien », pourtant l’arrêté du Mindcaf indique clairement ce qui l’a poussé dans le faux. Article 1 : « Acte est pris des éléments d’information nouveaux et pertinents contenus dans le rapport d’état des lieux transmis en date du 10 août 2026 par le Délégué Départemental des Domaines, du Cadastre et des Affaires Foncières de l’Océan ».

Le délégué Ebolo poursuit, sur un ton grave : « Le Cameroun est un pays de droit. Ces gens n’ont pas besoin de gesticuler dans les médias. Les médias vont beau parler mais rien ne fera. Ils doivent foncer droit vers la justice. Je vais mener une enquête contre ceux qui ont fait fuiter cette note et je vais les poursuivre. Je connais la loi. Mais je dis que l’UFA appartient à l’État. Si l’État a repris sa chose, c’est de son droit. Pour le reste, je vous dis d’aller vers le ministre qui a pris cette décision. Il reçoit tous les journalistes. C’est un ministre courageux, un docteur en droit. Il est très réceptif et il sait se rétracter quand il le faut. Je ne commente aucun texte de mon ministre, mon dieu. Je suis un exécutant ».

Scandale foncier dans le département de l'Océan.
Lettre des Collectivités au Chef de l’Etat.

Selon les documents en notre possession, le ministre Eyebe Ayissi a lui-même signé en mars 2026, des dérogations aux requérants ayant sollicité la réalisation des procédures d’immatriculations directes sur la parcelle querellée. Les dérogations du ministre faisaient suite aux commissions qu’il avait envoyées sur le terrain. « Excellence Monsieur le Président de la République, comment comprendre donc aujourd’hui, que cette autorité renie les actes qu’elle a lui-même instruits ? Quels mobiles se cachent derrière cette tentative de chasser de leurs terres, les autochtones Kribiens ? Car, comment expliquer qu’un arrêté signé le 10 Août 2026, soit d’application immédiate dès le 12 Août 2026 et plus grave, que les soumissionnaires à l’offre des concessions aient déjà apprêtés les dossiers à la Préfecture de Kribi ? A quel moment ont-ils constitué lesdits dossiers ? De tels agissements incitent au soulèvement des populations ou au mieux, au basculement de celles-ci dans l’opposition comme en témoigne, ce qui s’est passé dans un village de la Lokoundje où, à cause de l’annulation de 40 titres fonciers, tout le village et même l’Arrondissement avait voté le candidat de l’opposition à la dernière élection présidentielle. Vivement donc que vous puissiez intervenir pour démontrer à tous ces détracteurs que le peuple Camerounais n’est pas encore orphelin », écrit le collectif des Communautés autochtones des villages périphériques à la ville de Kribi. A côté de cette correspondance adressée au Chef de l’Etat en date du 26 août courant, ledit collectif (constitué des populations, autorités traditionnelles et religieuses, des Hommes d’affaires) a saisi le Premier Ministre Chef du Gouvernement et d’autres administrations camerounaises.

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Les populations de la côte de Kribi ne s’opposent pas à l’investissement, mais à sa localisation. « Ce que nous voulons, c’est que si on veut installer les sociétés, qu’on les installe ailleurs. Pas en zone urbaine, pas là où vivent les collectivités », martèle un chef traditionnel de Bebambwe. Pour les autochtones, l’argument est sécuritaire et stratégique. Proches de la mer, ils jouent un rôle de sentinelle. « La mer, ce sont les autochtones qui doivent y veiller. On a déjà arrêté des bateaux de pirates ici. Quand les autochtones voient quelque chose, ils filent l’information. Même sur le plan environnemental, ils doivent rester en ville, et non être déracinés et chassés comme des migrants. L’État a tous les moyens. Même à 200 kilomètres de l’océan, il peut implanter ces sociétés chinoises. Ces sociétés ont les moyens pour casser la forêt et s’installer. Nos terres sont déjà viabilisées. L’investissement de l’État, c’est pour les Camerounais. Ce que les étrangers viennent faire chez nous, c’est chercher leur argent. »

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Les chefs coutumiers interpellent les autorités administratives. « Ce n’est pas le Président qui va quitter le Palais d’Etoudi et tout faire. Quand le Ministre est à Yaoundé et qu’on envoie les responsables à Kribi, ils doivent tenir compte des populations autochtones qui y vivent. Entre privilégier les étrangers et les Camerounais, le choix devrait être naturel. Pour le moment, nous attendons la décision du Chef de l’Etat, et nous disons à la population qu’il n’y a rien à casser, ni à brûler. Le Président de la République est pour tout le monde et il est à notre écoute », soutient Sa Majesté Nzigui.

Carte de zonage du département de l’Océan. En blanc, les quartiers (villages) de la Lokoundje et Kribi 2.

La matriarche Nzié est révoltée. « Quand on envoie les responsables dans une ville, ils doivent travailler en étroite collaboration avec les chefs et les collectivités. Mais eux, ils n’associent pas. Chacun a son village où rentrer. Quand on chasse quelqu’un de son village, c’est pour l’envoyer vivre où ? Investir où ? Leurs ancêtres sont à la mer. C’est Dieu qui a voulu qu’ils soient les gens de Kribi. On est habitué à vivre à côté de la mer. Qu’on ne trouve pas que c’est simple. On ne saurait écarter les gens qui sont habitués à vivre à côté de l’eau. Ce sont les sociétés étrangères qui veulent s’installer chez nous. Vont-elles protéger les investissements de l’État ? Elles viennent pour s’enrichir. C’est comme si on est en train de vendre ce pays au détriment des vrais Camerounais », dit-elle. Une affirmation peu ou prou certaine. Sur la carte géographique du département de l’Océan dont nous avons eu copie, l’UFA se trouve loin des espaces querellés (voir carte ci-dessus).

Valgadine TONGA, de retour de Kribi

Hortense Mengue : « Que le Chef de l’Etat ait pitié de nous. Il n’y a pas d’UFA sur nos zones »

Adjointe au maire et présidente Ofrdpc de la section Océan Sud Continental

Hortense Mengue.

Je suis abattue. Je suis à bout de force. Elle se dit victime d’une grande trahison par mes camarades du parti au pouvoir. Que vont dire les populations que j’ai incitées des années durant, à militer et voter pour le Rdpc ? Ma famille et moi sommes à 40 titres fonciers annulés par cet arrêté, soit près de 350 hectares. C’est une grande famille à raison d’environ 15 hectares par personne. Après avoir appris cette information grâce au téléphone arabe, je me suis rendu au cadastre, on m’a clairement dit ce jour, qu’effectivement, je n’ai plus rien comme terre à Kribi. J’ai appelé toute la famille puisque c’est moi la tête. Ils m’ont donné leur feu vert. Jusqu’à ce jour où nous sommes en train de nous mobiliser pour saisir la plus haute hiérarchie de ce pays pour qu’on nous dise comment nous pouvons quitter chez nous, parce que ces titres c’est jusqu’en route. Vous partez de 5 km et demi en route, sur la route de Bipindi.

Cette escroquerie ne peut pas avoir lieu. Nous allons écouter la bouche la plus autorisée, celle de notre Président. Il ne peut pas nous abandonner. C’est le ministre Eyebe Ayissi lui-même qui nous a donné les dérogations. Dans mon cas personnel, il a fait déplacer deux commissions pour que j’aie une dérogation. Et les deux commissions sont venues, elles ont validé. Aujourd’hui, je suis sous le choc. Dans notre zone, près de 5 000 personnes sont touchées par cette expropriation. Que le Chef de l’Etat ait pitié de nous. Il n’y a pas d’UFA sur nos zones. Bidou I c’est la ville. Il y a même le péage. Il est aussi prévu un péage à Makouré. Kribi 2 c’est la ville. Je ne saurais quitter mes terres, après avoir servi le Rdpc près de 40 ans. Je refuse cette humiliation. Il y aura des morts par AVC ici, et des machettes qui vont sortir. Notre père doit résoudre ce problème.

Louis Gérard Ntonga, notable du village Bebambwe 2 : « Le ministre ne peut pas raser tout un village et parler en même temps d’UFA »


Je ne saurais vous dire actuellement ce qui se passe parce que le village Bebambwe II est surpris de la note ministérielle qu’on découvre. Comme je vous le disais hier, n’eût été les réseaux sociaux et autres, nous ne saurions pas qu’il y a une situation de cette envergure dans le village Bebambwe II. Nous sommes fragilisés. Le village Bebambwe II est représenté par cinq grands clans. Dans chaque clan on retrouve cinq à dix familles. Recevoir la note ministérielle qui nous exproprie de nos terres, sans que nos chefs n’aient été notifiés à l’avance est un scandale. A Bebambwe II, nous occupons les terrains hérités de nos ancêtres. Nous avons sécurisé la plus grande majorité des terrains. Le ministre ne peut pas raser tout un village et parler en même temps d’UFA. Où va -t-il recaser les populations ? Nous sommes cultivateurs et en même temps pêcheurs. La mer est déjà occupée par des infrastructures, maintenant on veut arracher nos terres pour les remettre aux industries.

Rassemblés par Valgadine TONGA

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