Dans le cadre d’une tournée nationale initiée par le Conseil national de la communication (Cnc), les acteurs des médias de cette région ont pris part, le lundi 27 juillet 2026, à un atelier de concertation qui marque la rupture avec les pratiques passées de cette institution de régulation.
« Nous ne sommes pas ici pour donner des leçons, ni pour prononcer des sanctions. Nous avons fait le choix de venir vers vous, de vous écouter et d’échanger avec vous », a indiqué, dès l’ouverture des travaux, Joseph Janvier René Mvoto, chef de mission du Cnc, pour lever toute ambiguïté sur l’objet de cette rencontre. Un message fort, dans un contexte où les relations entre le régulateur et les professionnels des médias ont parfois été marquées par des décisions de suspension qui ont défrayé la chronique. Le choix du Cnc d’aller à la rencontre des acteurs du secteur médiatique de l’Est, procède d’une conviction profonde. « Une régulation efficace ne peut être durable que lorsqu’elle s’appuie sur la confiance, l’écoute et la compréhension mutuelles », a souligné l’émissaire du Cnc.
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Dans son propos introductif, Joseph Janvier René Mvoto a dressé un tableau lucide des défis qui bouleversent le métier de journaliste au Cameroun. Pour lui, l’information circule désormais à un rythme effréné. Les réseaux sociaux, les fausses informations et les manipulations, les discours de haine, les contenus générés par l’intelligence artificielle, et les multiples pressions auxquelles sont soumis les médias constituent autant de défis auxquels chacun est confronté. Dans ce contexte tentaculaire, a-t-il martelé, la responsabilité sociale du journaliste prend une importance encore plus grande. « Elle est le fondement de la crédibilité de la presse et de la confiance que les citoyens accordent aux médias ».
Le décor ainsi planté, l’heure des questions a rapidement transformé la rencontre en un échange franc et direct, sans tabous, comme l’a souhaité le chef de mission du Cnc. D’entrée de jeu, Ange-Gabriel Olinga Beng, correspondant régional de lavoixdukoat.com, a voulu connaître le rôle exact du Cnc. « S’agit-il d’un organe de régulation ou de répression ? Dans la mesure où les critiques des professionnels des médias estiment que le Cnc utilise l’éthique et la déontologie journalistique pour museler la presse, surtout celle qui n’est pas favorable au régime en place », a-t-il interrogé.
Accompagner d’avantage les professionnels des médias
Pour sa part, Germain Eloundou, président régional du Syndicat national des journalistes du Cameroun pour l’Est (Snjc-Est) et directeur de publication du journal en ligne East-Cameroon-News, a indiqué que « les problèmes des journalistes que le Cnc veut recueillir sont les mêmes partout. Que ce soit à l’Est, au Nord, au Centre, au Sud ou à l’Ouest, les difficultés sont identiques ». Au-delà du rôle de régulation, il a directement interpellé les responsables du Cnc sur leur capacité à accompagner davantage les professionnels des médias. « Nous voulons savoir ce que vous pouvez apporter concrètement aux journalistes de la région de l’Est, au-delà de la régulation », a-t-il lancé.
Une préoccupation qui a résumé les attentes d’une profession confrontée à la précarité des conditions de travail. Sébastien Chi Elvido, journaliste au quotidien privé Mutations, a quant à lui soulevé la question épineuse de l’accès à l’information. « Que peut faire le Cnc en matière d’accès à l’information ? C’est un droit pour les journalistes, mais il n’est pas toujours respecté », a-t-il déploré. De son côté, Stéphanie Gouembang, délégué départementale de la communication du Lom-et-Djèrem, a apporté une perspective différente, estimant que les difficultés d’accès à l’information sont parfois liées à l’attitude de certains journalistes eux-mêmes. Elle a appelé à une amélioration du professionnalisme, notamment dans la préparation des interviews et la tenue vestimentaire, pour plus de sérieux dans la profession.
Un accompagnement concret
Bernard Bangda, journaliste à Financial Afrik.com, a appelé ses confrères de l’Est, à préserver leur indépendance vis-à-vis de leurs sources, en cultivant le contact sans perdre la distance nécessaire à l’exercice de leur métier. Refusant une presse cantonnée aux seuls événements officiels, il les a exhortés à investir le terrain, notamment dans les secteurs minier et environnemental, plutôt que d’attendre les invitations de couvertures des administrations publiques.
Première étape d’une tournée nationale, la rencontre de Bertoua s’inscrit dans la volonté du Cnc d’œuvrer à la co-construction d’un environnement médiatique plus responsable. Les échanges houleux qui ont meublé les débats pendant plus de trois heures ont montré que, si la régulation reste nécessaire, les attentes des journalistes vont bien au-delà. Ils aspirent à un accompagnement concret, à la facilitation de leur travail et à une reconnaissance de leur rôle essentiel dans la société camerounaise. « Nous sommes venus pour vous écouter autant que pour partager avec vous la vision du régulateur », a rappelé le chef de mission du Cnc. Après les prises de parole, les propositions et critiques constructives recueillies devraient nourrir la réflexion du Conseil national de la communication pour améliorer son action au service des médias camerounais.
Ange-Gabriel OLINGA BENG






