Ils ont reçu ces tenues luxueuses de l’exécutif communal pour célébrer dans la joie la 54ème édition de la fête de l’Unité nationale au Cameroun.
« Ce n’est pas un vêtement de tous les jours », a martelé le sous-préfet Orféo Nkomo. « C’est un habit de ralliement pour les circonstances phares. Lorsqu’on vous voit ainsi, on sait qu’un événement important interpelle la chefferie », a souligné l’autorité administrative qui présidait la cérémonie de remises de tenues neufs à 22 chefs traditionnels de la commune de Bertoua 2ème. Le Maire, Omer Solla Pitol, à l’origine de cette initiative, a rappelé la genèse du projet. « Depuis 2019, je voulais habiller nos chefs autrement. Petit-fils de chef moi-même, je ne supportais plus de les voir en habits bleus ou rouges ternes. Cette année, j’ai confié la coupe à un grand tailleur basé à Yaoundé. C’est le couturier des grandes personnalités du pays. En moins de trois semaines, le pari est tenu ».
Visiblement ému, le maire de la commune de Bertoua 2ème a souligné que les tenues remises à ses 22 chefs traditionnels dépassent en qualité celles portées par les agents communaux ou les conseillers municipaux de sa municipalité. « Mon père, Sa Majesté Aïba Ngari Adamou, roi de Bertoua, pourra dire fièrement qu’il a un fils quelque part », a-t-il lancé sous les applaudissements de l’assistance qui a noté un geste politique fort. Le maire de Bertoua 2ème a également pensé à habiller les chefs (non encore officialisés par l’administration mais reconnus par la population). Une interpellation directe au sous-préfet de cet arrondissement, pour une reconnaissance élargie par l’administration.
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Prenant la parole après l’autorité administrative, le roi de Bertoua, Sa Majesté Aïba Ngari Adamou, n’a pas caché sa fierté mêlée d’exigence. « Dieu n’est pas bête », a-t-il scandé. « Mon fils (le maire, ndlr), tu fais ce travail avec beauté, mais la beauté ne se mange pas. Ce sont les bonnes habitudes qu’on admire ». Il a exhorté le maire à associer davantage les chefs traditionnels dans son conseil municipal. « Beaucoup de ceux qui sont là sont prêts à te soutenir, pas ceux qui mangent partout et qui ne te respectent pas ». Son ton, paternaliste et appuyé, a provoqué des murmures et des applaudissements approbateurs dans l’assistance. Pour sa part, le président de l’association des chefs traditionnels de l’arrondissement de Bertoua 2ème, Sa Majesté Abel Mbone Bepoumbo, a tenu à saluer la grande notoriété du geste. « Ce n’est pas la première fois que le maire pense à nous. Localement, nous avons un petit-fils qui nous honore. Dieu sait pourquoi il a réussi ce tour. Nous saurons le remercier en le soutenant, main dans la main avec l’administration ».
Habit de noblesse
Au-delà du faste vestimentaire, la cérémonie a révélé les enjeux discrets mais bien réels de la chefferie moderne : reconnaissance officielle, association à la gouvernance locale, et visibilité lors des grands rendez-vous patriotiques. Les 22 gandouras trois pièces assorties de chapeaux, chacune confectionnée à Yaoundé, ont reçu l’onction officielle de l’autorité administrative qui a rappelé qu’une dotation similaire avait eu lieu lors de la fête du Travail, créant « des envies et des envieux ». Dans les discussions de couloir, plusieurs chefs traditionnels de l’arrondissement de Bertoua 2ème confiaient leur joie. « C’est un habit de noblesse », a indiqué l’un d’eux. « Maintenant, quand nous irons à la place des fêtes, on saura que nous venons de Bertoua 2ème ». Et le sous-préfet de conclure sobrement : « Que ces tenues ne soient pas désacralisées. Portez-les en groupe, pour les grands moments. Elles ont plus de valeur ainsi ». En attendant le jour J, les 22 chefs traditionnels de l’arrondissement de Bertoua 2ème sont repartis, dignes et souriants, emportant sous leurs nouvelles tenues luxueuses.
Ange-Gabriel OLINGA BENG






