21ans après Beijing : La promotion féminine à l’épreuve des faits

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21ans après Beijing : La promotion féminine à l’épreuve des faits

Serge Aimé Bikoi.

La promotion féminine dans les sphères de prise de décisions à l’épreuve des faits au Cameroun: discours et réalités.

La Constitution de la République du Cameroun accepte, entre autres comme principe, l’égalité de tous en droits et en devoirs, l’État assurant à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement. Depuis le début des années 90, l’on a assisté à une dynamique libertaire, marquée par la floraison de conventions et de traités nationaux et internationaux favorisant l’émergence de la femme au Cameroun.

—–De l’émergence d’un discours libéral sur les femmes

Au rang des instruments juridiques liés à la participation politique des femmes camerounaises, figurent la Constitution de la République du Cameroun, onze lois, ainsi qu’un décret. Cet arsenal juridico-libéral est tributaire des Traités internationaux ratifiés par le Cameroun. Les conventions supra nationales relatives à la participation politique égalitaire et sans discrimination, ratifiées par l’Etat camerounais sont au nombre de sept: la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, adoptée et proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948; la Convention internationale sur les Droits politiques des femmes, adoptée le 20 décembre 1952 et entrée en vigueur au Cameroun le 7 juillet 1954; la Convention internationale sur les Droits civiques et politiques, adoptée en 1966 et ratifiée en mars 1974; le Pacte international relatif aux Droits civiques et politiques, adopté le 16 décembre 1966 et entré en vigueur le 23 mars 1976; la Charte africaine des Droits de l’Homme et des peuples, adoptée en 1981 et entré en vigueur le 21 octobre 1986; la Déclaration de Mexico sur l’égalité des femmes et leur contribution au développement et à la paix de 1975; la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, adoptée le 18 décembre 1979 et entrée en vigueur au Cameroun le 3 septembre 1981.

En substance, qu’il s’agisse de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, de la Convention internationale sur les Droits politiques des femmes ou de toute autre convention internationale, elles consacrent, toutes, l’approche Genre, la reconnaissance du respect de tous les droits et de toutes les libertés des individus et la matérialisation de l’autonomie professionnelle des femmes. Ces instruments internationaux sous-tendent, en effet, l’égalité entre les sexes et leur reconnaissent, suivant le principe de l’égalité, les droits de vote, de participation à la gestion des affaires publique et politique, de se présenter à toute élection, ainsi que le droit et la liberté d’association, d’opinion, d’expression, de réunion, de créer et de militer dans un parti politique sans discrimination aucune.

—–L’ancrage progressif de l’armature juridique internationale dans le contexte camerounais

C’est en 1997 que le gouvernement camerounais a ouvert les vannes de la définition d’une politique d’Intégration de la femme au développement (Ifd) avec comme axes principaux: la participation effective des femmes à la prise de décision; la lutte contre les violences faites aux femmes; l’amélioration du cadre institutionnel, etc. Depuis 2000, le Président de la République et le gouvernement se sont engagés dans un processus de conjonction renforcée des approches de l’Intégration de la femme au développement et de Genre et développement. L’accent est, notamment, mis sur le respect des droits des femmes, la lutte contre les discriminations, l’accroissement des garanties d’égalité dans tous les secteurs de la vie nationale et sur la promotion socio-économique du genre.

Au niveau stratégique, le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp) et le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce), tous les deux, élaborés par le gouvernement sont consacrés aux femmes. Des actions sont, en effet, prévues dans le dessein d’assurer à celles-ci de meilleures conditions de vie, le respect de leurs droits, la reconnaissance de leur contribution au développement et leur insertion dans les activités génératrices de revenus. Aussi y a-t-il, excusez du peu,  la mise en œuvre du Programme national de gouvernance (Png), bien que moribond ces dernières années, dont le premier but, au plan théorique, tourne autour de la justice sociale et de la promotion du genre.

—–La promotion féminine à l’épreuve des faits au Cameroun 21 ans après Beijing

21ans après Beijing : La promotion féminine à l’épreuve des faits

Paul Biya

Malgré les nombreux engagements pris aux niveaux national et international, la situation, à l’heure actuelle, n’a véritablement pas évolué au pays de Paul Biya. Les intentions déclarées et véhiculées dans les discours officiels ne se traduisent pas par une volonté réelle de désignation effective des responsables femmes à des postes de responsabilité et à des positions de pouvoir et d’autorité. 21 ans après Beijing, il s’agit de reconnaître que malgré les signaux forts observés sur la scène internationale, les avancées restent en deçà des attentes au Cameroun, où les femmes représentent 52%  de la population selon les chiffres du dernier Recensement général de la population et de l’habitat (Rgph, 2005). Pourtant, leur participation à la vie socio-politique et économique du pays  est faible. Elles sont minoritaires dans les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. En effet, l’on dénombre 10 femmes membres du gouvernement sur 65 depuis le remaniement ministériel du 2 octobre 2015. Dans les arcanes de l’instance législative, l’on note une proportion élevée des femmes à la Chambre basse du Parlement camerounais, soit 56 sur 180 comparativement à l’ancienne législature, où il n’en existait qu’une vingtaine. C’est, d’ailleurs, le même chiffre que le Sénat a enregistré depuis les Sénatoriales du 14 avril 2013, soit 23 sur 100 sénateurs. Dans l’arène judiciaire, si peu de femmes sont Magistrates, beaucoup d’autres sont avocates, huissiers ou greffiers.

Dans la gestion des municipalités, l’on compte une vingtaine de femmes maires sur 360. Il n’y a aucune femme Gouverneur à l’heure actuelle, une femme Préfet, quelques femmes Sous-préfet et aucune femme Ambassadrice. Concernant la gestion des sociétés étatiques, il y a 3 femmes Directeurs généraux sur une vingtaine de Directions générales.  Au niveau des Universités d’État, deux femmes sur 8 sont Vice- Chancelor dans les Universités de Buéa et de Bamenda. Dans les postes de commandement, plusieurs femmes sont Commissaires de police principales et Commissaires de police. Aucune femme n’est encore parvenue, jusqu’à présent,  à transcender le baroud d’honneur, en devenant Général du corps d’armée. En revanche, une dame a franchi le rubicond du commandement, sentier dit traditionnellement masculin. A la faveur d’un récent décret présidentiel, Anne Bella Kotto est Commandant de la Légion de gendarmerie du Sud depuis le 27 février 2015. C’était, à juste titre, la cerise sur le gâteau offerte par le Chef de l’État aux femmes à quelques encablures de la Journée internationale de la femme (Jif 2015), célébrée tous les 8 mars chaque année. Une décision politique doublement technique et stratégique en pleine semaine de la femme. Par simple métaphore, l’on dirait la clameur du Prince faite à la gent féminine. Un seul mot, comme qui dirait, honneur aux dames! Comme quoi Paul Biya ne vous oublie pas Mmes. Passons!

—–A la recherche des pesanteurs sociale, éducative, culturelle et politique de l’émergence des femmes dans les strates décisionnelles

21ans après Beijing : La promotion féminine à l’épreuve des faits

Des femmes militaires camerounaises au front contre Boko Haram.

Au niveau de la fonction publique, si la qualification professionnelle constitue l’une des conditions de l’accession à des postes de responsabilité, les facilités d’ascension sociale ne semblent pas être une sinécure au regard du nombre réduit de femmes remplissant cette condition. En dépit de leur niveau d’étude élevé, des femmes demeurent au bas de l’échelle administrativo-politique. Cette faible représentation des femmes dans les circuits de prise de décision est, au plan politique, imputable au caractère discrétionnaire des nominations, au déficit criard de l’influence des lobbies féministes et des mentors de femmes, ainsi qu’à la faible volonté des partis politiques de favoriser l’investiture de ces dernières. Les textes de nomination relatifs au choix des femmes dans les hautes sphères de décisions sont signés par le Chef de l’État et le Premier Ministre, qui sont, tous les deux, de sexe masculin.

Ces entraves ne dissimulent pas d’autres variables indépendantes relevant de la causalité sociale, éducative et culturelle de la sous-représentation des femmes dans les secteurs de travail et, corollairement, dans les circuits et arcanes décisionnels :

-Des cas de déperditions scolaire et académique dont elles sont victimes, de leur concentration dans les secteurs sociaux de la fonction publique, à l’instar de l’éducation, de la santé, des affaires sociales et de la promotion de la femme et de la famille. Les mères de l’humanité  y restent, d’ailleurs, confinées dans des tâches subalternes -agents d’entretien, dactylographes, standardiste-, ce qui ne les mets pas à l’abri des compressions de personnel. Autres déterminants de la faible démographie féminine dans les circuits décisionnels: l’autocensure des femmes. Elles choisissent des métiers labellisés et acceptés par l’imaginaire collectif comme étant réservés au sexe féminin: le Secrétariat; la Sténodactylographie; l’aide-domestique, l’aide-soignante; la vendeuse ou la commerçante, l’institutrice; la sage-femme; l’infirmière en sont des exemples. Cette autocensure au féminin trouve son fondement dans ce qu’Alice-Salomé Ngah Ateba, Philosophe néo-féministe, appelle “l’esprit féminin”, qui développe un complexe d’infériorité.

-La faiblesse du niveau de qualification des femmes en matière de gestion, de management et d’empowerment, en raison du niveau d’instruction bas, de l’orientation et de la formation scolaire et académique des filles aux filières d’études dites féminines;

-La massification des femmes (90%) dans le secteur agricole, où elles contribuent, de façon considérable, à la production nationale des aliments de base;

-L’intérêt des femmes pour les carrières administratives aux dépens des métiers industriels, de la gestion, des finances et de la comptabilité.

Au demeurant, beaucoup reste à faire sur le sentier de l’atteinte de la parité hommes/femmes dans les instances de prise de décisions des secteurs étatique, para-étatique et privé au Cameroun.

Serge-Aimé Bikoi, Journaliste indépendant et Sociologue du développement   

 

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