Présidentielle 2018 / Opposition camerounaise : sortir du double langage ou servir de faire valoir (1)

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Message  aux candidats de l’opposition,

Par Jean Baptise SIPA

« Aucun changement social n’est possible sans la volonté de prendre un risque »

(Joan Baez)

 Avant-propos

L’idée d’une synergie d’action des candidats de l’opposition dans le contexte d’une élection présidentielle à un tour, dans un pays où le tenant du pouvoir est candidat à sa succession

Jean Baptiste Sipa.

L’An 2018 aurait dû être une grande année électorale pour le  Cameroun,  avec cinq scrutins successifs, allant logiquement des élections régionales à l’élection présidentielle, en passant par les sénatoriales, les législatives et les municipales. Mais, c’eût été mortel pour un pouvoir affaibli par la durée et par les crises multiples et multiformes. Finalement, le calendrier se sera réduit à des sénatoriales illégales en début d’année, et à l’élection présidentielle  fixée au 7 octobre.

Au lendemain de la convocation du corps électoral pour cette élection faitière, le Ministre secrétaire à la communication du Parti au pouvoir, Jacques Fame Ndongo, est venu à la CRTV pour dire aux Camerounais que « on ne gagne pas une élection présidentielle avec un bilan, mais avec de la séduction », justifiant ainsi et du coup comment Paul Biya, sans jamais avoir présenté le moindre bilan, a successivement été élu, puis réélu depuis 36 ans, et devrait l’être encore en 2018 pour 7 ans. N’est-il pas toujours et encore séduisant ?

Ce qui séduit moins, et s’avère donc inutilisable pour sa campagne en 2018, c’est le résultat global de sa longévité au pouvoir qui, si l’on met à part « les grandes réalisations » inachevées (qui promettent, on l’espère pour lui, de grandes inaugurations lors du prochain mandat), se caractérise par la normalisation générale des écarts de gouvernance, se déclinant entre autres par :

  • un étrangement du processus démocratique ;
  • un blocage systémique des initiatives relatives à la culture citoyenne et à la liberté d’expression  politique;
  • un déclin économique et socioculturel croissant, mais dissimulé derrière des statistiques biaisées ;
  • une désintégration exponentielle de la cohésion nationale ;
  • un délabrement progressif des infrastructures du pays ;
  • une permissivité systémique qui entraîne la dégénérescence des valeurs morales, sociales et sociétales du pays ;
  • une absolue « privatisation » de l’Etat par le parti au pouvoir, assortie d’une profonde corruption de sa Fonction publique ;
  • une option macroéconomique extravertie, faite de grands projets sans profits à moyen terme, sans dimension sociale, source de grave endettement au détriment des populations en pénurie d’énergie, d’eau, de soins médicaux, d’écoles, d’infrastructures routières, et abandonnées dans la pauvreté et la misère.

Et j’en passe…

En termes de gouvernance, cette situation qui est moins le fait d’un homme que d’un système programmé (même si M. Biya en a la prime responsabilité), est bien plus que suffisante pour justifier un appel légitime à l’alternance. Et c’est ce que devrait permettre l’élection présidentielle du 7/10/2018, si tout son processus n’était pas caractérisé par des conditions délibérément inégales de la concurrence politico-électorale.

Rendre utile  le vote des électeurs

Malgré les conditions absolument inappropriées de cette élection (Code électoral conflictogène, ELECAM et Conseil constitutionnel à la solde du parti au pouvoir)  et le contexte de crise sociopolitique qui menace d’en compromettre l’universalité, Paul Biya a décidé de « tirer le vin », et 8 partis d’opposition ont accepté d’en boire, conscients pourtant qu’il est impropre à la consommation.Puissent-ils maintenant avoir la commune volonté d’y trouver, au vu et au su de la majorité silencieuse dont ils se disent la voix, un antidote qui garantisse au moins la survie à cette opposition au printemps de sa croissance ! Et si cet antidote s’appelait «une synergie d’action» pour rendre le vote des électeurs plus efficient qu’auparavant !

L’idée d’une synergie d’action des candidats de l’opposition dans le contexte d’une élection présidentielle à un tour, dans un pays où le tenant du pouvoir est candidat à sa succession, et met TOUT en œuvre pour arriver en tête, induit aussitôt la problématique de la candidature unique, présumée capable de capitaliser toutes les voix de l’opposition, pour donner une chance à l’alternance. Mais, cela suppose aussi une revue à la baisse de l’égo et des convoitises individuelles difficiles à vaincre, et des termes de référence claires d’une transition, assortis d’un pacte d’alliance ou de coalition signé des parties prenantes.

Voilà à notre avis, la page blanche que les 8 concurrents de M. Biya, en totalité ou en partie, doivent « patriotement » remplir, pour rompre le signe indien d’une défaite répétitive. Et si la peur du risque leur étreint le cœur, qu’ils écoutent Joan Baez : « Aucun changement social n’est possible sans la volonté de prendre un risque».

A suivre !

 

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