Présidentielle 2018 : l’opposition pris au piège de la diversion

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A l’approche de l’échéance du 7 octobre, la température monte au sein des partis de l’opposition, qui se traitent désormais de tous les noms d’oiseaux, s’éloignant ainsi de l’essentiel qui est de s’unir contre un adversaire commun.

La démocratie est-elle synonyme de violence ? La liberté d’expression est-elle synonyme de libertinage verbal ? Dans le champ de la démocratie, ce qui est important est-ce la force de l’argument ou l’argument de la force ? Autant de questions que l’on peut se poser aujourd’hui, en observant la scène politique camerounaise. La convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle, le positionnement des candidats plus ou moins populaires ou qui attirent la sympathie d’une bonne frange de la population, ont fini de délimiter les clivages dans la société. Les uns et les autres se dressent désormais chacun dans son camp, prêt à cracher le venin. La violence verbale entre les partisans des partis politiques en lice pour la présidentielle a atteint des proportions insupportables. Une violence qui tranche paradoxalement avec la pondération observée chez les candidats eux-mêmes. C’est à se demander qui a intérêt à semer la discorde partout et mettre le feu.

La démocratie est-elle synonyme de violence ? La liberté d’expression est-elle synonyme de libertinage verbal ? Dans le champ de la démocratie, ce qui est important est-ce la force de l’argument ou l’argument de la force ?

Joshua Osih, Maurice Kamto.

Impossible de dire si les auteurs de cette violence sont les militants des partis politiques, puisqu’il est difficile de vérifier s’ils sont détenteurs d’une carte d’adhésion, mais les prises de position en faveur de tel ou tel candidat les classent dans les camps du Rdpc au pouvoir, du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun de Maurice Kamto, du Social democratic Front de Osih Joshua, du mouvement Now de Akere Muna et de Univers conduit par Cabral Libii Li Ngue Ngue. Si les partisans du parti au pouvoir pour le moment font feu de tout bois pour justifier le maintien au pouvoir du président sortant et tentent avec les moyens en leur possession de discréditer les partis de l’opposition, ces derniers s’entredéchirent surtout au sujet de la coalition. Ou plutôt autour de quel candidat la coalition devrait se faire, si tant est que c’est le moyen qui augmenterait les chances de renverser le parti au pouvoir.

Bataille de leadership

Ces derniers jours, la température est encore montée d’un cran entre les partisans du Sdf et ceux du Mrc, dont chacun des candidats se voit le plus qualifié pour porter la coalition. Le premier, Osih Joshua du Sdf, est porté par un parti politique qui revendique une ancienneté sur la scène et de longues années de combats, qui sur le plan de la représentation dans les institutions se classe en tête de partis de l’opposition. A ce titre, ses partisans voient d’un mauvais œil toute personne qui ose parler de se rallier derrière qui que ce soit. Le deuxième, Maurice Kamto, jouit d’un confort intellectuel indiscutable et procède d’une approche de proximité qui le conduit dans tous les recoins du pays à la rencontre des populations. Il est en plus porté par un parti politique qui s’est révélé lors des dernières élections locales de 2013, et qui depuis lors fait un chemin que même ses pires adversaires sont obligés de reconnaître. Il se voit ainsi désormais le seul tireur de pénalty.

La démocratie est-elle synonyme de violence ? La liberté d’expression est-elle synonyme de libertinage verbal ? Dans le champ de la démocratie, ce qui est important est-ce la force de l’argument ou l’argument de la force ?

Akere Muna.

Et si le pouvoir était derrière la fracturation ?

Dans les joutes verbales, les partisans de Kamto estiment que le Sdf a prouvé depuis 1992 qu’il est incapable d’aller plus loin, ayant échoué à 4 élections présidentielles en même temps que ses sièges dans les conseils municipaux et à l’Assemblée nationale sont aujourd’hui réduits à la portion congrue. Les militants du Sdf  lui opposent à leur tour son passage pendant 7 ans au gouvernement, le traitant d’un complice du régime n’ayant plus rien à offrir. On en est là. Le débat vole bas dans les réseaux sociaux, dans les médias classiques et lors des rencontres. L’irrespect a pris le pas sur la courtoisie, le niveau d’intolérance est à faire frémir. Les observateurs en sont à se demander comment au lieu de se souder pour vaincre un système dont les limites font l’unanimité en leur sein, ils en soient à se tirer les balles dans les jambes.

Ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est que ces querelles de clochers qui les distraient de l’essentiel, profitent au pouvoir en place. Un observateur averti explique que les partis de l’opposition sont victimes de la fracturation orchestrée par le parti au pouvoir, qui a perdu le sommeil face au frémissement observé sur le terrain. Ses stratèges travaillent désormais en laboratoire pour discréditer l’opposition, la dresser contre elle-même en libérant en compte-goutte les supposées casseroles des uns et des autres, comme la vrai fausse nationalité suisse de l’un ou la fausse vraie implication de l’autre dans une affaire 14 milliards. L’objectif étant un affaiblissement progressif et une dislocation pure et simple au soir du 6 octobre, ce qui laisserait un boulevard le jour même des élections au parti au pouvoir et donnerait raison à ceux qui disent qu’il n’y a personne en face.

La démocratie, comme le dit  Laura Quintana, « est avant tout un espace polémique nourri par des formes de contestation, d’interruption ou de dislocation à travers lesquelles s’affirment et émergent des subjectivités ainsi que de nouveaux partages de l’espace politique.» Mais tout le monde doit savoir raison garder. Celui qui prendra le pouvoir ne va pas créer un autre Cameroun avec d’autres peuples pour gouverner. Au-delà des problèmes conjoncturelles comme les crises sociales, endémiques comme la corruption, structurelles comme l’absence ou la dégradation des infrastructures, le Cameroun, au lendemain du 7 octobre 2018, restera le même, quel que soit le président qui est proclamé vainqueur, ce ne sont pas les violences verbales qui y changeront quelque chose.

Roland TSAPI

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