Présidentielle 2018 : le sérieux des candidats en question

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Ils sont 8 candidats, qui à ce jour veulent aller à la quête du pouvoir. Aucune coalition entre eux n’est jusqu’ici concrétisée, et à l’heure actuelle, on peut présumer que chacun veut faire cavalier seul. Ce qui suppose être capable de prendre toutes les dispositions pour veiller au bon déroulement du vote et en assurer le dépouillement. C’est à cela que le sérieux des candidats en question sera mesuré, à leur capacité à s’approprier tout au moins les subtilités des dispositions légales qui régissent pour le moment le processus électoral au Cameroun. Des dispositions qui prévoient que les candidats doivent disposer du personnel en nombre impressionnant pour surveiller le vote.

Le directeur général d’Elecam vient de créer un bureau de vote au palais présidentiel, au mépris de la loi.

Dans un bureau de vote à Douala.

Depuis l’article 54 du Code électoral, les candidats sont informés qu’ils doivent désigner un représentant pour faire partie de la commission locale de vote dans chaque bureau de vote. Ce représentant doit être inscrit dans le bureau de vote où il est désigné comme représentant, ce qui lui permettra non seulement de voter lui-même mais de surveiller les opérations pour le compte de son candidat. Le même article précise à l’alinéa 2 qu’au plus tard le sixième jour avant le scrutin, les noms des représentants des candidats sont notifiés au démembrement communal d’Elections Cameroon. On imagine que les 8 candidats de l’opposition ont déjà chacun préparé une liste de 24 944 représentants à déposer auprès d’Elecam dès ce jour. Et ce n’est pas tout. L’article 59 dit que « chaque candidat, peut désigner trois représentants par arrondissement, lesquels ont libre accès dans tous les bureaux de vote de l’arrondissement. Ils ne peuvent être expulsés qu’en cas de désordre provoqué par eux. Mention en est faite au procès-verbal. Ils peuvent présenter à la commission locale de vote des observations sur le déroulement du scrutin. Ces observations sont consignées au procès-verbal. »

Moyens humains et financiers

Cette loi étant claire sur le fait que la participation à ces commissions est gratuite, en tout cas pour ce qui concerne l’Etat, les représentants des candidats sont ainsi à la charge des candidats, à défaut de se sacrifier pour la cause de ces derniers et se prendre en charge. Implicitement, cela suppose des moyens financiers conséquents. Les candidats ont-ils alors les moyens humains et financier pour se conformer à ces dispositions légales et s’assurer une surveillance, et sinon que font ils pour résoudre le problème ? La question se pose une fois de plus parce que l’heure n’est plus à la blague, la fonction présidentielle est sérieuse pour être prise comme telle et la préparer en conséquence. Déjà pour les inscriptions sur les listes électorales, l’article 52 du code électoral prévoit que chaque parti politique désigne un représentant dans la commission chargée de l’établissement des listes. Et pour le moment, il existe officiellement 360 commissions d’inscriptions, correspondant au nombre d’antennes communaux d’Elections Cameroon.

Mais dans la réalité, aucun parti politique n’a désigné un représentant dans ces commissions, simplement parce que cela suppose que ce dernier soit un employé du parti, payé en plein temps pour être tous les jours à l’antenne communale Elecam comme les agents de l’organe. Et si les candidats ou leurs partis politiques pris individuellement ne sont pas en mesure de désigner des représentants dans des commissions d’inscription et de distribution des cartes, qui ne sont que 360 sur l’ensemble du territoire, comment feront-ils pour avoir 24 944 représentants dans les bureaux de vote le 7 octobre ? Lire aussi :Présidentielle 2018:Quel type de vote chaque électeur choisira-t-il le 7 octobre prochain?

Le piège au tournant                                                      

C’est le lieu de rappeler aux candidats que ne pas veiller à avoir des représentants dans les bureaux de vote, c’est tomber dans le piège qui les attend à l’article l’article 56 du code électoral. Il dit que « si un ou plusieurs représentants désignés par les candidats, mandataires de liste ou partis politiques font défaut à l’ouverture du scrutin, le président de la commission locale de vote doit, par décision consignée au procès-verbal, désigner, pour la compléter, des électeurs sachant lire et écrire le français ou l’anglais, inscrits sur la liste électorale correspondant au bureau de vote.» Il n’y a donc pas d’ambiguïté. Là où les candidats n’auront pas désigné de représentants, le président de la commission locale de vote va le faire à leur place. Et comme ce président du bureau de vote est le représentant d’Elecam désigné par sa hiérarchie, laquelle hiérarchie est nommée par le président du parti au pouvoir, on comprend bien qu’au bout de la chaine, on pourra retrouver dans des bureaux de vote tous des membres de la commission nommés par le parti au pouvoir, qui au passage est concurrent. Lire aussi :Scrutin du 7 octobre : Le casse-tête des compositions des bureaux de vote

Il faut rappeler que ce n’est pas le jour du vote que quelqu’un viendra  dans le bureau de vote dire que je suis le représentant de tel ou de tel. Les noms de ces représentants doivent être sur une liste de la commission qui doit être déposée auprès d’Elecam 6 jours avant le scrutin. Si demain 2 octobre cela n’est pas fait, il sera déjà trop tard. Le champ sera ouvert pour qu’on retrouve dans certains bureaux de votes des membres de la commission qui ne représente en réalité qu’un seul candidat. A moins que pour le cas de l’élection du 7 octobre, Elecam instaure en la matière le régime de la tolérance. Sauf que là on parle d’une élection présidentielle qui doit être sérieuse, à moins qu’elle ne soit en réalité qu’une partie de jeu entre copains.

Roland TSAPI

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