Précampagne / Paul Biya et Ndam Njoya… la réserve des doyens

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Pendant que les autres candidats écument les rues et descendent dans tous les recoins du territoire et à l’étranger pour entrer en contact avec le peuple, les deux plus vieux de la liste se font encore désirer.

Depuis la convocation du corps électoral le 9 juillet 2018, et même un avant, les candidats aujourd’hui confirmés à la présidence de la République étaient déjà sur le terrain sous différentes formes. Une présence renforcée une fois que la liste des candidats a été rendue publique par Elections’ Cameroon. 9 candidats au total, qui sollicitent le soutien des Camerounais pour la magistrature suprême, et multiplient les moyens de communication sur le territoire national et hors du pays. Tous ont déjà été vus et entendus au moins une fois dans les médias, tous sauf deux d’entre eux, Paul Biya et Adamou Ndam Njoya. Une absence qui a même causé des incidents sur le plateau de la Crtv télévision, au cours des émissions où des candidats étaient invités pour confronter leurs idées à celles des autres candidats, mais qui avaient en face d’eux des représentants du candidat du Rdpc en lieu et place du candidat lui-même.

Le Conseil électoral d'Elections Cameroon vient de rendre public la liste des candeen lice pour le fauteuil présidentiel.

Les candidats en lice.

Ils se disent légalistes…

Jusqu’ici, des questions sur leur présence sur le terrain ont trouvé des réponses plus ou moins similaires. Pour Paul Biya, on sait depuis longtemps de par la voix d’Issa Tchiroma qu’il est omniprésent, c’est-à-dire qu’il est partout même si on ne le voit pas. Depuis peu, l’un de ses adeptes explique qu’il est légaliste, qu’il respecte la période légale de la campagne qui commence le 24 septembre pour descendre sur le terrain. Pour ce qui est d’Adamou Ndam Njoya, après la Une d’un journal de la place mardi 4 septembre 2018 qui demandait ou était passé ce candidat resté muet et invisible, son porte-parole Mongwat Ahidjo a donné  sur sa page Facebook les raisons de la discrétion de l’homme, qui se résume à l’expérience de terrain. Il explique notamment que : «Si l’Union démocratique du Cameroun, fort de son expérience électorale, de sa connaissance dans la géo-stratégie politique, décide d’adopter un plan de campagne bien spécifique…n’est-ce pas son droit?…Pourquoi donc vouloir absolument le conduire dans un couloir qu’il a eu le temps d’expérimenter au fil des années, d’évaluer au lendemain des différents scrutins antérieurs…Et surtout qu’il a tenté de reconstruire en attirant l’attention de ses pairs sur les erreurs du passé sans succès…pourquoi vouloir l’y conduire contre sa volonté et celle de ses militants? »

Des points communs aux vieux

En fait les deux candidats qui ont choisi de communiquer par l’absence, ont beaucoup de points communs. Le premier c’est que les deux ont servi dans le gouvernement Ahidjo, nommés par ce dernier. Ils sont donc deux anciens collègues au service du premier président du Cameroun. Ironie du sort, l’année 1982 a été déterminante pour les deux hommes, qui connurent deux sorts diamétralement opposés. Pendant qu’Ahmadou Ahidjo virait Adamou Ndam Njoya du gouvernement en janvier, il confortait Paul Biya dans ses bonnes grâces et lui passera même le pouvoir en novembre. Ils sont donc tous deux rompus de l’administration camerounaise dans laquelle ils ont roulé leurs bosses, quoi qu’avec des fortunes diverses.

Pendant que les autres candidats écument les rues et descendent dans tous les recoins du territoire et à l’étranger pour entrer en contact avec le peuple, les deux plus vieux de la liste se font encore désirer

Adamou Ndam Njoya.

Le deuxième point commun aux deux, c’est la régularité aux élections présidentielles depuis 1992. 5 fois sur 5 pour Paul Biya et 4 fois sur 5 pour Ndam Njoya, qui a boycotté l’échéance de 1997.  Ils ont l’expérience des précampagnes et campagnes. Ils sont déjà assez connus des Camerounais, les discours de l’un comme de l’autre ne sont pas nouveau non plus et on peut aussi dire qu’ils savent à quel moment sortir ou ne pas sortir, qui rencontrer et surtout ce que cela coûte en temps, énergie, ressources humaines, matérielles et financières. S’agissant de l’énergie, les deux ont aussi en commun de ne plus beaucoup en avoir, déjà affaiblis par le poids de l’âge, ce qui ne leur permet plus d’être aussi actifs sur le terrain. Paul Biya est aujourd’hui âgé de 85 ans, et Ndam Njoya en a 76. Des âges avancés qui constituent à n’en point douter un handicap pour des tournées qui demandent des voyages pénibles sur des routes périlleuses et dangereuses. A juste titre leur absence sur le terrain peut être qualifiée de réserve des doyens.

Certitude

Autre chose que l’on retrouve chez Paul Biya et Ndam Njoya, c’est qu’ils règnent en maître absolu sur leurs partis politiques respectifs, et le mot alternance est exclu de leur conception de la démocratie. Paul Biya rebaptise l’Union nationale Camerounaise en Rdpc dès 1985 et en devient le président, il le reste depuis 33 ans. Ndam Njoya quant à lui est le président de l’Union démocratique Camerounaise qu’il a créé depuis 1991, et depuis 27 il n’envisage pas de passer la main, en tout cas pas officiellement. En tant que présidents à vie de leurs partis politiques, ils en sont aussi les candidats naturels, de fait ou de statut. Mais la plus importante raison de l’absence des deux sur le terrain de même que leur mutisme dans les médias, c’est que les deux ont une certitude sur les résultats du scrutin. L’un est sûr de perdre, l’autre est sûr de gagner. Ndam Njoya n’a jamais atteint 5% de suffrage au cours des différentes élections, Paul Biya a toujours gagné. Pourquoi donc, dans un cas comme dans l’autre, se gêner pour une élection dont on connait les résultats, semblent ainsi dire les deux candidats. Surtout qu’aucune donnée fondamentale n’a changé depuis les dernières élections. Ndam Njoya est toujours dans l’opposition, alors que Paul Biya est toujours au pouvoir, maître de la machine administrative et ne voit pas ce qui lui fera perdre une élection qu’il a lui-même organisé, présence sur le terrain ou pas.

Roland TSAPI

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