Krotal : «C’est mon anniversaire et non un état général du hip-hop»

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La joie est perceptible dans sa voix. Face aux micros des journalistes, Krotal est satisfait de son premier spectacle d’une longue série, sur la scène de l’Ifc de Douala (les 3 et 4 octobre 2019). Le prétexte de l’évènement vaut bien un arrêt majeur : 30 piges dans la musique. Le public ne s’est pas fait prier. L’artiste a fait salle comble. Des coulisses à la scène, Krotal est entouré de nombreux jeunes et amis artistes  notamment le baryton Greg Belobo, Locko et le rappeur Didier Awadi arrivé tout droit du Sénégal. Ils sont venus soutenir un des leurs. Le président du Synamur (Syndicat national des artistes de la musique urbaine), par ailleurs ingénieur de sons et éditeur de musique. C’est ça fête. Qui peut lui reprocher d’y voir les siens ? L’artiste ne boude pas le plaisir de communier avec son public dont il a acquis la fidélité au prix de sept albums bien menés. Dans cet entretien, le patron Ndabott production revient sur sa longue carrière, l’évolution et l’invasion des musiques urbaines au Cameroun. Il en est d’ailleurs l’un des précurseurs. À 44 ans, l’auteur du titre à succès «Jamais» n’a pas changé d’un iota. Le libre penseur ne mâche pas ses mots, surtout quand il s’agit de dénoncer les injustices dont sont victimes les artistes principalement, ceux des musiques urbaines.

Vous venez de donner un spectacle à l’Institut Français du Cameroun de Douala à l’occasion de vos 30 ans de carrière. Quel est votre sentiment à la sortie de celui ci ?

C’est de la joie, après la tristesse de tous ceux avec qui j’ai commencé mais qui ont arrêté. Je ressens beaucoup de force et plein de choses.  Essentiellement des choses positives. On a fait salle pleine et on a réussi à communier avec notre public.

Nous avons vu en levée de rideau, plusieurs jeunes artistes et beaucoup  d’artistes de renom invités. Est-ce un signe de reconnaissance ?

Ce sont mes amis et mes camarades de luttes. Les gens avec lesquels j’ai cheminé depuis le début. En plus, c’est ma fête. Je le dis avec beaucoup d’ardeur. C’est mon anniversaire et non un état général du hip-hop.

30ans de carrière peuvent-ils être considérés comme l’âge de la maturité…

Non je ne le pense pas. Je pense avoir eu ma maturité artistique depuis très longtemps.

Racontez-nous un peu l’histoire du petit surnommé «polo», devenu plus tard Krotal avec la sortie en 1989 de son 1er album Vertrougejaune?

C’est un jeune qui commence par la danse en 1984. Ensuite qui commence à écrire ses premières lignes de rap en 1988. Il fait sa première scène professionnelle en 1989. Et depuis lors, il n’a plus jamais arrêté.

Artiste musicien, auteur-compositeur, producteur, ingénieur de sons, éditeur de musique et aujourd’hui président d’un syndicat. N’est-ce pas trop de casquettes pour un seul homme ?

Pas du tout. On fait ce qu’on a  à faire. Tout simplement parce que nous défendons nos intérêts dans un environnement où la seule image qu’on veut donner de l’artiste est celle de mendiant. Des gens voués à l’assistanat qu’on infantilise 24h/24h.

Quel est la place que vous accordez à vos fans ?

Primordial parce que sans eux je n’existe pas.

Vous êtes l’un des précurseurs des musiques urbaines au Cameroun. Comment percevez-vous l’invasion de cette musique ?

Il n’y pas d’invasion. Elle a sa place.  Nous sommes dans un pays où il y a 75% de jeunes. Il faut l’accepter ainsi.  Ma perception est que nous avons gagné. C’est aussi beaucoup de fierté quand je me rends compte de plusieurs gymnastiques pour détourner l’argent des jeunes par la société des droits d’auteurs. Toutes les répartitions qui sont faites depuis 2007, en réalité, c’est l’argent des musiques urbaines. Cette musique est exécutée au Cameroun (par tous les médias confondus) au moins à 90%.

Une série de spectacles dans le cadre de cet anniversaire dont les deux premiers se sont déroulés à Douala. Que prévoyez-vous pour la suite ?

Après Douala, nous serons à Yaoundé. Nous irons certainement dans d’autres villes. Et aussi à l’étranger parce que la musique ne se limite pas seulement au Cameroun. Nous célébrerons cet anniversaire jusqu’à la fin de l’année.

Entretien avec Félix ÉPEE

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