Douala : Le calvaire du retour des pluies

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Le retour des pluies marque toujours le début du cauchemar pour certaines populations de la ville de Douala, à cause des inondations. De Bonabéri à Mbanga Pongo, en passant par Akwa, Bonapriso, New Bell, Youpoue, Ngangue, Bepanda, Missokè, ils sont nombreux qui perdent leur calme quand ils voient le ciel s’assombrir alors qu’ils sont encore loin du domicile, et surtout s’ils n’ont pas remonté le matelas au niveau de la toiture avant de sortir. Sinon ils retrouveront tout trempés par les inondations.

Le retour des pluies marque toujours le début du cauchemar pour certaines populations de la ville de Douala, à cause des inondations. De Bonabéri à Mbanga Pongo, en passant par Akwa,

Roland Tsapi.

D’ailleurs, au fil des années, d’autres se sont habitués au phénomène et se programment désormais en fonction des saisons de pluie. Chaque année aussi, malgré les précautions, la pluie réussi toujours à surprendre certains et ne manque pas de faire des morts, sans compter les dégâts matériels qu’on n’évalue plus. La situation dure depuis des décennies donc, et ce ne sont pas seulement les populations qui ont finalement intégré ce fléau comme faisant partie de leur mode de vie.Même les autorités en charge de la gestion de la ville peinent à trouver une solution adéquate.

Ce que dit la loi…

Comment en est-on arrivé là ? Il faut dire que les inondations affectent prioritairement les zones de basse altitude et des zones marécageuses. Mais le phénomène est aussi récurent en plein centre urbain comme à Akwa, Bali, Bonapriso, New Bell et autre, même si ici c’est surtout la chaussée qui est inondée. Mais pour ce qui est des zones marécageuses, les populations sont d’abord victimes des problèmes qu’elles ont cherchés elles-mêmes. La Loi N° 2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun interdit les constructions sur les sols impropres à l’habitation. L’article 9 alinéa 1 dit ceci : « Sont inconstructibles, sauf prescriptions spéciales, les terrains exposés à un risque naturel (inondation, érosion, éboulement, séisme, etc.); les parties du domaine public classées comme telles et les aires écologiquement protégées telles que définies par la législation relative à la gestion de l’environnement.» Mais les populations ont décidé de fouler tout cela au pied, même comme il faut reconnaitre qu’elles sont ignorantes de l’existence de cette loi. Bon nombre de bâtiments sont ainsi construits dans des zones inondables. Mais là où tout s’aggrave, c’est quand ces constructions sont faites de manière complètement anarchique. Rien n’est respecté ici, même le simple passage d’eau. Le terrain est occupé à la limite près ; si on n’entre pas chez le voisin pour grignoter quelques centimètres.

La loi suscitée prévoit pourtant une série de mesures qui auraient pu permettre de réduire les risques d’inondation. D’abord l’article 11 , qui stipule :«Sauf prescription spéciale des documents de planification urbaine ou du Maire de la commune concernée, notamment en matière de restructuration urbaine, la constructibilité des terrains est subordonnée à leur desserte par des voies publiques ou privées d’une emprise minimale de sept (7) mètres. En tout état de cause, toute parcelle à bâtir doit permettre l’intervention des services de secours et de voirie (pompiers, assainissement, enlèvement des ordures ménagères, etc.)» Mais faites un tour dans les quartiers concernés, il n’y pas de passage, les habitants passent parfois dans le salon ou la douche du voisin pour arriver chez eux, et cela ne dérange personne. Ici on dit qu’on n’a pas le choix. La fenêtre de la chambre de X ouvre sur la porte du salon de Y, la fenêtre de la douche de Y ouvre sur la cuisine de Z. ici c’est la vrai cohabitation.

Les magouilles et la corruption qui de la fonction publique

En dehors des passages, la loi prévoit aussi qu’une maison doit être construite sur au trop 2/3 de la surface du terrain, le reste de la surface devant permettre l’aération des pourtours, où l’on peut aisément circuler. Là aussi, rien n’est respecté. Encore moins la disposition de l’article 16 qui dit que «Sauf disposition contraire contenue dans les documents de planification urbaine, la façade principale donnant sur rue de toute nouvelle construction doit être implantée à une distance des limites parcellaires au moins égale à cinq (5) mètres.» Mais dites à un propriétaire de terrain de laisser 5 mètres à partir de la route avant d’implanter la maison, il vous dira que les 5 mètres là peuvent faire 2 studios à louer, et vous envoyer vous promener avec votre loi. Comme on le voit, la principale cause des inondations est l’installation dans des zones à risque, doublé du non-respect des normes de construction. Pour être honnête, c’est la population qui est responsable en premier chef.

Il est vrai que leur installation sur ces sites, quoi qu’anormale, a été légitimée et légalisée par les magouilles et la corruption qui caractérisent la fonction publique. Sinon comment comprendre que ces populations sont détentrices des titres fonciers régulièrement signés par les services compétents ? Comment un fonctionnaire du cadastre peut établir un titre de propriété sur une zone déclaré inhabitable et indiquée sur le plan d’urbanisme dont il est détenteur d’une copie ?  Nous y reviendrons.

Roland TSAPI, Journaliste

 

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