Crise sécuritaire : la thérapie de Paul Biya pour ramener la paix dans le NoSo

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Dans son discours à la nation ce mardi 10 septembre 2019, le chef de l’Etat annonce dès la fin de ce mois, un grand dialogue national afin d’examiner les voies et moyens pour répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Et Paul Biya lâcha le mot : «J’ai décidé de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui nous permettra, dans le cadre de notre Constitution, d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation ». C’est la substance du message délivré ce soir aux Camerounais par le président de la République. Longtemps taxé de taiseux parce que ne s’étant ni prononcé sur la formule, la périodicité et la forme du dialogue inclusif appelé de tous les vœux, le Chef de l’Etat a décidé enfin de démêler l’écheveau en mettant fin à un suspense qui a duré plus de cinq mois. Dans moins de 20 jours, le dialogue sera effectif, et ira au-delà des préoccupations liées aux deux régions en conflit.

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Le dialogue, soutient le vainqueur de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018, « touchera en même temps à des questions d’intérêt national, telles que l’unité nationale, l’intégration nationale, le vivre-ensemble, il ne saurait intéresser uniquement les populations de ces deux régions. » Cette grand-messe que beaucoup assimilent à la Tripartite, va rassembler « sans exclusive », les filles et les fils du Cameroun, autour de valeurs telles que la paix, la sécurité, la concorde nationale et le progrès. Et pour mener à bon port cette lourde et délicate mission, qui mieux que Joseph Dion Ngute pour présider à ce dialogue qui réunira une « une palette diverse de personnalités : parlementaires, hommes politiques, leaders d’opinion, intellectuels, opérateurs économiques, autorités traditionnelles, autorités religieuses, membres de la diaspora, entre autres » ? Et pour montrer qu’il n’a oublié personne, le capitaine du navire des «Grandes opportunités» indique clairement que les acteurs sur le théâtre des opérations seront présents. Allusion faite ici aux « représentants des Forces de Défense et de Sécurité, des groupes armés » et des victimes.

Dion Ngute, l’apôtre du dialogue

Paul Biya qu’on sait jaloux de son pouvoir et de son autorité, a donc visiblement lâché du lest. En énonçant une douzaine de fois dans son adresse à la Nation, les missions dévolues au Pm dans cette perspective de retour à la paix, le président de la République cache mal son satisfécit d’avoir trouvé en Joseph Dion Ngute le parfait médiateur qui portera le message du sommet de l’Etat aux populations des zones anglophones. Après la mission de juin dernier, revoici le Chef du gouvernement investi d’un nouveau pouvoir : celui de traduire dans les actes, la volonté du président de la République qui se dit enfin prêt au dialogue. Cette fois sera-t-elle la bonne ? On n’en sait pas grand-chose. Tant il est vrai que le régime nous a habitués à une cacophonie sans précédent sur la question.

On se souvient alors que le chef du gouvernement était encore en tournée dans le Sud-Ouest, où il allait porter le même message d’espoir, après le Nord-Ouest, à la surprise générale et au grand dam des populations, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji était sur les plateaux d’une chaîne française annonçant que, certes, il y aura dialogue, mais qu’on n’évoquera pas la forme de l’Etat, et réitérant que le Cameroun est Un et indivisible. Une sortie qui venait ainsi doucher le peu d’espoir suscitée par le message du Pm. Toutefois, l’enthousiasme suscité par les visites du numéro 1 du gouvernement lors de la première tentative, fait dire à certains observateurs que les espoirs d’une paix retrouvée dans ces régions se dessinent. On attend…

Daniel NDING

Quelques passages forts du discours du Chef de l’Etat Paul Biya à la nation

"Malgré ces efforts du Gouvernement, des mouvements radicaux, principalement inspirés de l’étranger, ont récupéré et dévoyé les revendications corporatistes. Ils ont ainsi ourdi un projet sécessionniste avec pour but, la partition de notre pays. A cette fin, ils ont constitué et financé des groupes armés qui ont causé un lourd préjudice aux populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le monde entier a été témoin des atrocités commises par ces groupes armés : mutilations, décapitations, assassinats des éléments des Forces de Défense et de Sécurité, des autorités administratives et des civils sans défense, destructions des infrastructures et édifices publics, incendie des écoles, des hôpitaux, etc..."

«Or, tuer des gendarmes ou des civils, kidnapper, mutiler, molester, incendier, détruire des infrastructures publiques, empêcher les enfants d’aller à l’école ou les populations de vaquer tranquillement à leurs occupations n’a jamais été, dans aucun pays au monde, source de légitimité pour représenter ou s’exprimer au nom des populations justement victimes de ces exactions.»

«C’est pourquoi, j’ai décidé de convoquer, dès la fin du mois en cours, un grand dialogue national qui nous permettra, dans le cadre de notre Constitution, d’examiner les voies et moyens de répondre aux aspirations profondes des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, mais aussi de toutes les autres composantes de notre Nation. »

«Le dialogue dont il est question, concernera principalement la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais il est évident qu’en cela même il touchera à des questions d’intérêt national, telles que l’unité nationale, l’intégration nationale, le vivre-ensemble, il ne saurait intéresser uniquement les populations de ces deux régions.»

« En amont de la tenue effective du dialogue, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, mènera de larges consultations, afin de recueillir les avis les plus divers, qui serviront de sources d’inspiration pour la conduite des débats. Des Délégations seront également envoyées dans les prochains jours à la rencontre de la diaspora, afin de lui permettre d’apporter sa contribution à ces réflexions sur la résolution de la crise. »

« Je voudrais à cet égard en appeler au patriotisme et au sens des responsabilités de tous nos compatriotes de l’intérieur comme de la diaspora pour que chacun, où qu’il se trouve, saisisse cette opportunité historique pour contribuer à conduire notre pays sur les chemins de la paix, de la concorde, de la sécurité et du progrès. »

« Il est donc fondamental, à ce stade, de dissiper les rumeurs selon lesquelles, l’on peut tranquillement piller, violer, incendier, kidnapper, mutiler, assassiner, dans l’espoir qu’un éventuel dialogue permettra d’effacer tous ces crimes et assurera l’impunité à leurs auteurs. »

« J’en appelle justement aux pays qui abritent ces extrémistes. S’ils se soucient réellement de la situation des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qu’ils agissent  contre ces criminels. La plupart n’ont plus la nationalité camerounaise, mais ils passent leur temps à collecter des fonds pour perpétrer des actes terroristes au Cameroun, à commanditer des incendies, des kidnappings et des assassinats et à lancer des mots d’ordre pour empêcher les enfants d’aller à l’école et les citoyens de vaquer tranquillement à leurs occupations. »

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