Adresse à la Nation : les Camerounais jouent les voyants

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Après le flop de samedi dernier, le Lion de Mvomeka’a va enfin s’adresser ce mardi 10 septembre 2019, aux Camerounais. Certains voient en cette sortie peu ordinaire, un remake du scénario à la Ahmadou Ahidjo. Questionnements !

Le président va (enfin) parler. Du discours du silence hier, à la force de la parole aujourd’hui, Paul Biya va s’adresser à la Nation à travers un discours radiotélévisé à 20h. L’information a été rendue publique par le directeur du Cabinet civil de la présidence de la République à travers un communiqué signé et lu hier au journal de 20h sur les antennes du Poste national. Une fois n’étant pas coutume, le capitaine du navire des « grandes opportunités » rompt avec la tradition qui veut qu’il ne prenne la parole que deux fois seulement en une année (31 décembre et 11 février), pour imposer un nouveau discours en début septembre. Loin des contingences calendaires et des usages du Cabinet civil, l’homme Lion inscrit cette sortie dans le cadre d’une communication spéciale dont les sujets phares sont jusqu’ici tenus dans le secret absolu.

Après le flop de samedi dernier, cette fois sera donc la bonne. Le mystère autour du ou des sujets contenus dans la communication de celui qui est par ailleurs président national du Rassemblement démocratique du Cameroun (Rdpc), n’empêche pas les observateurs de supputer. Au regard de la crise sécuritaire dans laquelle le Cameroun baigne depuis trois ans, il est fort à parier que Paul Biya évoque enfin les contours du fameux dialogue inclusif que les Camerounais, notamment ceux de la partie anglophone, appellent de tous leur vœux.

L’heure est grave

Partie de simples revendications corporatistes, l’affaire a tourné à l’émeute, à une boucherie humaine où civils et soldats en paient le lourd tribut. L’Union Africaine, l’Union Européenne, le congrès Américain et toutes les forces vives du Cameroun y sont passés. Pour demander un dialogue, condition de retour à une paix durable dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Des voix se sont même élevées dans le sérail pour dénoncer un « complot des puissances occidentales » contre le Cameroun. Au fil des années, la situation s’est enlisée, jusqu’à l’étouffement. Pris entre les menaces des sanctions onusiennes et le risque de fermeture du robinet du Fonds monétaire international (Fmi), le pouvoir de Yaoundé, apprend-on, ne doit plus sa survie qu’à une série de mesures de la France adossées sur ce que la presse a baptisé le « Plan Marshall » de Macron pour le Cameroun. Paul Biya, conscient que la situation est grave et qu’il est impératif d’opter pour cette voie vers le salut de la partie anglophone du pays, se prononcera-t-il finalement après les positions contradictoires de certains membres du gouvernement sur la question ? Question à deux sous.

Cameroun, un bateau en panne

Veut-il annoncer sa démission ? Beaucoup de Camerounais y croient fermement. Pour justifier ce postulat, ils brandissent l’âge, le poids des responsabilités et le volcan sur lequel l’homme du 06 novembre 1982 est assis depuis sa prestation de serment pour un énième mandat à la tête du pays. Sous son règne, le Cameroun a survécu à une crise économique et est passé d’un État à parti unique au multipartisme. Mais il a également été marqué par une corruption endémique et un renversement des acquis démocratiques, conduisant à l’annulation des limites de mandats en 2008, ce qui lui a permis de se présenter de nouveau en 2011. Aujourd’hui, au gouvernail d’un bateau en panne, d’aucuns estiment qu’il doit laisser, d’autres pensent tout le contraire. Mais connaissant l’homme Lion, on ne perd rien à attendre!

Daniel NDING

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