Adamou Ndam Njoya : le baobab de l’éthique en politique s’est effondré !

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A  presque 78 ans, le président fondateur de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) a rendu l’âme ce samedi 7 mars 2020, vaincu par une longue maladie qui l’a écarté de l’arène politique depuis trois ans. De sources familiales, sa dépouille est en train d’être acheminée à Foumban, la ville qui l’a vu naître.

On le savait très malade ces trois dernières années. Certains esprits retors se sont même amusés à proclamer plusieurs fois sa mort pour des effets de buzz. Affaibli par le poids de l’âge, ramolli par le fardeau des batailles politiques mais jouissant aussi d’une santé devenue fragile en dépit de ses multiples soins à l’étranger, l’homme n’avait plus la même fougue d’il y a 20 ans. Certains militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) avaient même accusé l’Udc d’escroquerie politique parce que toute la campagne électorale en vue des Présidentielles de 2018, s’était déroulée sans son leader, interné en Europe où il venait de subir une opération chirurgicale extrêmement délicate.

Ce n’est qu’à la veille du scrutin qu’ Adamou Ndam Njoya est revenu au bercail, physiquement diminué et trainant une épaisse barbe blanche comme si son séjour médical en Occident lui avait fait prendre doublement de l’âge. Battu à plate couture lors de cette course vers le fauteuil présidentiel (1,73%), c’est au mois d’avril 2019 qu’on l’a revu sous les feux des projecteurs à l’occasion du 3ème Sommet Culture de Cglu en Argentine. Le maire de Foumban y était pour vendre un projet intitulé «Foumban ville d’hier, ville d’aujourd’hui, ville de demain : le chemin des héritages, du contemporain, du présent, de l’environnement et du devenir pour le développent humanisant durable ». Ce d’autant plus que depuis qu’il est l’édile de la « ville des arts », celui qui est aussi le président de l’Union démocratique du Cameroun n’avait cessé d’initier des programmes à divers ordres pour le développement de sa ville.

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Rigueur et rectitude morale

Si Foumban n’a pas remporté la palme d’or du concours international placé sous le thème « les villes à la tête des actions sur le rôle de la culture dans le développement durable », son projet avait impressionné le jury qui a de ce fait décidé de le sélectionner comme un exemple de « bonne pratique pour sa contribution significative à l’articulation des valeurs de la culture (patrimoine, diversité, créativité et transmission du savoir) avec la gouvernance démocratique, la participation citoyenne et le développement durable ». 

Avec cette distinction, Adamou Ndam Njoya était l’un des invités vedettes de la rencontre la plus importante au monde sur les villes, la culture et le développement durable. Emmitouflé dans sa grande gandoura blanche, son message avait retenu l’attention de ses interlocuteurs parmi les 500 représentants du monde entier conviés pour la circonstance. C’est l’image de marque du Cameroun qui en est sortie rehaussée de ce sommet qui avait enregistré  99 candidatures de villes et de gouvernements locaux provenant des différentes régions de la planète consacrant comme gagnantes les villes de Lyon en France et Seongbuk en Corée.

Ce sont là quelques clichés des dernières victoires du passage de Ndam Njoya sur la terre. Ancien parlementaire, diplomate et membre du gouvernement, il était aussi un homme des lettres comme en témoigne sa riche bibliographie. Né le 8 mai 1942 à Foumban, le premier responsable à diriger l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) aura après une carrière bien remplie dans les administrations Ahidjo et « recyclé » par Paul Biya, œuvré pour la matérialisation du multipartisme au pays dans le début des années 90.  Sa rectitude morale et sa rigueur dans les affaires publiques ne lui ont pas été favorables lorsqu’il décida d’instaurer « la colle » en sa qualité de ministre de l’Education nationale. Candidat aux élections présidentielles de 1992, 2004, 2011 et 2018 Ndam Njoya n’a pas réussi à convaincre l’opposition en 2004 pour une coalition des forces en vue de débarquer le régime en place. Bien au contraire, l’accord trouvé pour faire de lui le chef de file a tourné au vinaigre, résultat des guerres de leadership et de la mauvaise foi des hommes politiques.

Apôtre du dialogue

Puisqu’une autre tête sortira du lot pour lui faire ombrage et émietter ainsi les efforts communs. Son discours sur la décentralisation du gouvernement et le respect des droits des minorités n’a pas changé malgré le temps qui passe. Le leader du « parti de la houe et de l’arbre de la paix » avait rarement excellé dans la provocation au point où d’aucuns à tort ou à raison, l’accusaient de jouer le jeu du pouvoir. Même si sur le terrain il continuait de donner des insomnies aux caciques du Rdpc en contrôlant la majorité des municipalités. Invité plusieurs fois au palais de l’Unité, le Dr Adamou Ndam Njoya n’a jamais manqué l’occasion de faire valoir son postulat articulé autour du dialogue qu’il présentait comme la seule issue pouvant permettre de sortir du conflit qui secoue la zone anglophone depuis trois ans.

 C’est fort de son expérience de haut fonctionnaire et politicien rompu à la tâche, que le promoteur de l’Ecole africaine d’éthique (Eae) tentait à nouveau de se positionner pour le sprint final qui conduisait à Etoudi. Evacué en Afrique du Sud à quelques jours du double scrutin (Législatives et Municipales) du 09 février dernier, l’universitaire auteur de l’ouvrage « Prières et chants de louanges à Dieu », a poussé son dernier soupir ce jour à Yaoundé et s’en va rejoindre son créateur pour l’éternité.

Daniel NDING

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