Figures : Adamou Ndam Njoya, symbole de la morale à l’école

0

Les événements survenus ce début d’année dans le milieu scolaire, et qui ont jeté de l’émoi au sein de la communauté éducative et la société toute entière, ont été de nature à rendre nostalgique plus d’un, qui en se rappelant la vielle école, n’ont pas manqué de secouer la tête en disant : le bon vieux temps. Dans les années 80 au Cameroun en effet, la discipline était encore de mise, le maître, le professeur ou toute personne qui incarnait l’autorité du savoir était redouté et respecté, les élèves candidats aux examens officiels avaient une seule crainte, celle d’être collés. La colle étant cette sanction, qui consistait à suspendre un candidat pour deux ans s’il avait moins de 5/20 de moyenne à l’examen. Et beaucoup d’élèves ont souffert de cela à cette époque, certains pour contourner la mesure changeait carrément d’identité en se fabricant un autre acte de naissance, d’autres ont simplement abandonné l’école après en avoir été victimes et regrettent encore aujourd’hui de n’avoir pas été plus disciplinés pour apprendre leurs leçons. A cette époque également, à l’université de Yaoundé, la seule université au Cameroun jusqu’en 1992, il y avait aussi cette peur de griller son mandat, c’est-à-dire qu’un étudiant qui reprenait la classe deux fois dans une faculté, en était définitivement exclu, même s’il avait la possibilité de se réinscrire en première année dans une autre faculté. A l’époque toujours, les deux niveaux d’enseignement, l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur, était sous la tutelle d’un même ministère, le ministère de l’Education national. C’est en 1984 que le ministère de l’Enseignement supérieur est créé. Mais avant cela, cette rigueur et cette discipline qui régnaient dans les deux ordres d’enseignement avaient été impulsées par celui-là qui tenait de main de maître les rênes du ministre de l’Education nationale depuis 1977, Adamou Ndam Njoya.
Né le 8 mai 1942 à Foumban, chef-lieu du département du Noun dans la région de l’Ouest, Adamou Ndam Njoya fait ses études primaires à l’école principale de la même ville puis à Nkongsamba. D’où il partira à Yaoundé pour faire partie de l’une des promotions pionnières du premier établissement secondaire créé au Cameroun sous administration française, le Lycée Général Leclerc inauguré en 1952. Comme tous les élèves bacheliers à l’époque, sans une université au Cameroun, Adamou Ndam Njoya bénéficia d’une bourse d’études et poursuivit ses études supérieures en France couronnées par l’obtention du doctorat de 3e Cycle et du doctorat d’État en droit public international et en sciences politiques.

Lire aussi :Présidentielle 2018 : Le projet éducatif de Ndam Njoya
Revenu au pays, il commencera sa carrière au ministère des Affaires étrangères de 1960-1970, avant de rejoindre la faculté de droit à l’Université de Yaoundé. Adamou Ndam Njoya a également travaillé pour la Fondation Carnegie pour la paix internationale au Cameroun en tant que directeur du programme de formation diplomatique. A cette période des premières années d’indépendance, le Cameroun qui payait déjà trop cher les études de ses fils à l’étranger par le système des bourses, s’était lancé dans un programme de création des établissements supérieurs pour donner une formation sur place. Après les premières écoles supérieures, dont l’Ecole nationale de la magistrature créée en 1959, l’Ecole Normale supérieure en 1961, ce fut le tour de l’Institut des relations internationales (Iric) en 1972. Adamou Ndam Njoya participa à sa création et en fut le premier directeur de 1972 à 1975, année à laquelle il fut nommé vice-ministre des Affaires étrangères. Deux en plus tard, il est appelé à faire valoir ses compétences au ministère de l’Education nationale. Le sort de la formation et de l’instruction de la nation lui été ainsi confié, et Adamou Ndam Njoya prit son travail au sérieux, lui qui avait été élevé dans la pure tradition musulmane caractérisé par la droiture et le respect de l’homme et des valeurs. Ses réformes dans ce ministère ne se firent pas sans difficultés. D’après certains écrits, « son projet d’introduire sévérité et moralité dans le système éducatif rencontra une forte résistance, notamment de la part des riches familles francophones, dont les enfants réussissaient dans le primaire et le secondaire grâce à l’argent, et qui faisaient quelques dons aux écoles. Face à de telles pressions, le président Ahmadou Ahidjo lui retira ce ministère en 1980 et le fit ministre délégué à la présidence chargé de l’inspection générale de l’État et des réformes administratives. » L’homme quitta ainsi le département de l’éducation, mais ses marques restèrent. L’instruction civique, les cours de morale meublaient encore les programmes scolaires dès l’enseignement primaire à cette époque. C’est avec beaucoup d’amertume qu’il a assisté impuissant à la dégringolade du système scolaire après lui. L’une des motivations qui le poussera à se lancer en politique, en créant en 1991, aux premiers jours du retour du pays au multipartisme, le parti politique Union démocratique du Cameroun, dont une éducation de qualité est l’un des axes prioritaires.

Lire aussi :Lycée de Nkolbisson : un élève poignarde son enseignant
Le chemin n’a pas été facile pour lui dans ce monde de la politique. Il n’a jamais pu obtenir un nombre important de député à l’Assemblée nationale pour influencer une quelconque politique. Il se contente aujourd’hui de la mairie de Foumban où il a réussi à détrôner le parti au pouvoir et contrôle désormais l’exécutif. Mais un champ trop réduit pour qu’il puisse impulser une politique éducative à la nation, comme il l’aurait rêvé. En tout état de cause, aujourd’hui plus que jamais, l’opinion est nostalgique de la rigueur et la discipline qu’Adamou Ndam Njoya, a mis seulement trois ans à instaurer à l’école. Il est aujourd’hui encore considéré comme le symbole de la vraie école au Cameroun, celle-là où l’on respectait les valeurs de la vie et la vie elle-même, celle-là où l’élève savait qu’il risquait d’être collé à l’examen et se rangeait. A l’opposé cette école d’aujourd’hui où les enfants jouent et savent qu’ils peuvent réussir à un examen ou un concours, même sans avoir composé. La conception qu’Adamou Ndam Njoya avait de l’école, c’était celle d’un lieu d’où l’homme devait sortir avec un esprit sain… dans un corps sain.
Roland TSAPI

Share.

About Author

Laisser un commentaire

  • SANTE

    Près d’une vingtaine d’instituts hospitaliers publics ont déjà bénéficié de dons d’entreprises françaises basées sur le territoire camerounais. Président des Ccef, Pascal Louchelart souligne : «Cette action est annonciatrice d’une série d’autres qui seront menées par le réseau des Conseillers du Commerce Extérieur de la France au Cameroun. Nous travaillons pour doter davantage le personnel de santé d’équipements...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Sortez couverts ! Portez un masque ; protégeons-nous et protégeons les autres ! Ces messages de sensibilisation ont plus que jamais tout leur sens en ces jours où la menace du Coronavirus fait frémir au Cameroun. Les statistiques donnent froid au dos et sonnent comme une course vers un record en termes de contamination. Les derniers chiffres font état de 112 cas, 14 guéris et 3 décès enregistrés hier, vendredi 22 mai 2020...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    Il s’est fait connaître, vers les années 1995, à l’échelle nationale et internationale avec ses remèdes notamment contre le Vih Sida, à base de plantes. Le Camerounais Dr Richard Fru présente aujourd’hui une gamme de produits pour barrer la voie au covid-19.
    Malgré l’indifférence du gouvernement camerounais, l’expert de la médecine orthomoléculaire soigne depuis des mois, les malades du Covid-19. Aujourd’hui, il présente une solution buvable à base de plantes naturelles, pour prévenir et soigner les patients du Covid-19. «Ces deux nouveaux produits destinés au grand public permettent de créer une immunité collective acquise et rompre définitivement la chaîne de transmission du Covid-19»...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)
    L'Unicef répond à l'appel du premier magistrat de la ville de Douala, Roger Mbassa Ndine, qui a mis sur pied une stratégie de riposte. La cérémonie de remise de ce don par l'Unicef s'est tenue  le 24 avril dernier à Bonaberi à l'esplanade de la sous-préfecture. Constitué de 70 cubitainers de  1000 litres chacun, des chasubles pour les équipes qui descendront sur le terrain
  • DIPLOMATIE

    Sommet Afrique-France 2020 : Stéphanie Rivoal séjourne au Cameroun
    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-France 2020 qui se tiendra à Bordeaux. Stéphanie Rivoal a rencontré ce lundi 2 mars 2020, le ministre de l'Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès, pour s'enquérir du contenu technique de la participation...(Cliquez sur le lien pour lire la suite)

    La Secrétaire générale Stéphanie Rivoal veut notamment se rassurer de la participation conséquente des entrepreneurs camerounais au Sommet Afrique-Fran...

    Read More
    Droit financier communautaire : la Cemac vulgarise les mécanismes
    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire et de sensibilisation sur les procédures de la Cour des Comptes de la Cemac. C’est autour de ces travaux de trois jours que les premiers responsables des institutions, organes et institutions spécialisées, et acteurs financiers de la zone Cemac (Communauté des économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale) s’affairent depuis le 3 décembre courant. Le centre des conférences de Sipopo de Malabo en Guinée Équatoriale accueille l’évènement. Il est question de former les acteurs impliqués dans la gestion des ressources mises à la disposition des institutions de la sous-région. Comme l’a expliqué dans son discours inaugural Juan Carlos Owono Ela Mangue,Les travaux de Malabo en Guinée Équatoriale ont débuté le 3 décembre 2019.

    Séminaire de vulgarisation du droit financier Communautaire...

    Read More
    Affaire Nexttel : le Vice-premier Ministre vietnamien en route pour le Cameroun
    Dans une récente parution, La Voix Du Koat informait le public de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera à la tête d’une délégation de neuf personnes. Au menu de ce voyage diplomatique, deux questions : la coopération bilatérale et les décisions liées au règlement des différends dans l'entreprise commune NexttelDans une récente parution, La Voix Du Koat informait les lecteurs de la visite officielle au Cameroun, du 1er au 3 novembre 2019, du Vice-premier Ministre vietnamien. Vuong Dinh Hue sera ...
    Read More
    Grand dialogue national : la France et la Francophonie encouragent la «libre expression»
    Elles se sont prononcées ce jeudi 12 septembre 2019 sur l’actualité majeure au Cameroun. À travers un tweet, la France laisse entendre qu’elle est attachée au « dialogue et à ...
    Read More
    Revendications anticoloniales : Martin Dibobe célébré en Allemagne
    Premier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une deuxième plaque au centre administratif de Berlin. Le gouvernement du Land de Berlin et de la ville de Berlin, capitale de la République fédérale d’Allemagne, a pris la résolution de retirer des noms de rues célébrant d’anciens esclavagistes et colonisateurs pour les remplacer par des noms d’anciens défenseurs des libertés fondamentales, des activistes de l’égalité des droits et des militants ou résistants anticolonialistes. Un acte que le professeur Kum’à Ndoumbè III considère comme une victoire suite à plusieurs années de luttes et d’injustices subites par les peuples colonisés d’AfriquePremier Noir conducteur de train dans les années 1900 à Berlin, ce Camerounais  d’origine et militant anticolonialiste a été honoré le 22 juillet 2019 par le gouvernement du Land avec une ...
    Read More