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Sa Majesté Douala Manga Bell : «J’ai mal été à l’écoute du message»

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En recevant le témoin des mains du Roi Madiba Songue le 1er décembre 2019 sur les berges du Wouri, le Roi Jean Yves Bebey Eboumbou Douala Manga Bell est devenue le président en exercice du Ngondo. Dans cette interview exclusive accordée à La Voix Du Koat, il dévoile ses craintes pour l’accomplissement de sa mission à la tête du Ngondo. Il parle aussi des répercussions du déni de la tradition au Cameroun, notamment avec la crise dite anglophone et la montée en flèche de l’insécurité dans le canton Bell.

 

Qu’est-ce que ça fait d’être président en exercice d’une institution de plus de 100 ans comme le Ngondo ?

Le Ngondo est effectivement unique, il doit avoir au moins trois cent ans, je crois bien. C’est une institution unique parce qu’elle a la particularité de rassembler, au niveau de la direction, des chefs supérieurs, qui deviennent en quelque sorte des petits empereurs. Ça veut dire que tous les autres chefs supérieurs acceptent que celui qui prend la direction soit celui qui rassemble. Les problèmes de leadership, de compétition, de personnalité ont tendance à se fondre derrière la présidence. C’est quelque chose d’assez important parce que chacun est roi est chez lui, donc accepter que quelqu’un soit légèrement au-dessus de soit, ce n’est pas facile à concevoir. Etre au dessus donne souvent une impression assez curieuse, parce qu’on n’a pas de compte à rendre, excepté que les décisions sont prises de manière collégiale. On n’est pas autocrate. C’est plus un poste prestigieux parce qu’on n’est pas vraiment au dessus des autres. Les décisions se prennent en collégialité et ce qui se dégage de la décision est dite par le président.

Lire aussi :Ngondo : Sa Majesté Douala Manga Bell prend les rênes

Votre prise de fonction a fait l’objet d’une effervescence au sein du canton Njo Njo. Cela s’est vu pendant votre parade dans le village…

C’était particulier parce que mon père vient de partir. Je suis un jeune roi. C’était la première fois que j’allais au sommet du Ngondo. En même temps, il y a eu beaucoup de situations cocasses, entre le moment où mon père est parti. La population a exprimé une sorte de libération au moment où je prenais cette direction, parce que jusqu’au dernier moment, il y a eu beaucoup d’incertitudes. La liesse populaire est l’expression de l’amour qu’ils ont pour moi et pour la tradition.

Vous avez affirmé à la presse le jour de votre intronisation, que vous vous attèlerez notamment à responsabiliser les jeunes. Quel est votre plan d’action ?

Jean Yves Bebey Eboumbou. Pendant deux ans, le chef du canton Njo Njo, encore appelé canton Bell, présidera aux destinées du Ngondo. Il a reçu le témoin des mains de son désormais prédécesseur, Sa Majesté Madiba Songue du canton Bassa Bakoko. La cérémonie de la grand-messe de l'eau, ce dimanche 1er décembre 2019 sur les berges du Wouri, a été l'aubaine pour Sa Majesté Madiba Songue de dresser le bilan de ses deux ans d'exercice. «Au terme de deux années de dur labeur, jalonnées par de lourdes épreuves personnelles, j'ai, avec l'aide du créateur et des ancêtres, réussi à accomplir toute ma tâche, celle de présider aux destinées de cette vénérable institution. Comme vous le savez, il y a onze ans, j'avais occupé les mêmes fonctions à la tête du Ngondo. Dès cette 1ère année de présidence, j'avais eu un rêve,
Le Vase sacré.

Culturellement, je suis très porté sur les éléments traditionnels. J’ai une perception de la tradition un peu différente de l’idée qu’on essaie de me transmettre. On nous a fait croire que, parce qu’on a rencontré une culture différente, la tradition est devenue le folklore d’hier et aujourd’hui on ne doit parler que de modernisme. Ça n’a pas de sens. Pour moi, la tradition, c’est ce qui permet à l’individu de trouver son équilibre. La tradition c’est la bonne gestion du quotidien au travers de l’équilibre de soi, en prenant des éléments qui viennent de hier, en les malaxant avec les éléments d’aujourd’hui pour préparer le lendemain. Pour répondre à votre question, je pense qu’il faut nous réapproprier nos valeurs, c’est-à-dire, comprendre que nous ne sommes pas l’autre. On a voulu nous créer une espèce d’amnésie dans nos esprits, pour effacer ce que nous étions avant l’arrivée de ces gens. Je prendrai un exemple très simple. Dernièrement, il y a eu au Japon une manifestation de passation de pouvoir. A aucun moment, on ne s’est posé la question de la tradition par rapport à aujourd’hui. Les Japonais observent leurs mécanismes culturels sans se poser la question d’une tradition passéiste et folklorique et d’un présent moderne où les éléments traditionnels n’interviennent pas. Pour moi, c’est ce qui fait notre relative fragilité, y compris dans notre pays. J’ai souvent coutume de poser une question : si un étranger tombait directement dans notre pays, il se demanderait s’il est en Jamaïque, en Martinique, à Cuba… Très peu des éléments de ce qui nous caractérisent sont marqués dans notre fonctionnement du quotidien. Dès l’enfance quand nos enfants vont à l’école, l’uniforme même qu’ils portent n’est pas le Wax, pourtant le Wax est une référence culturelle. Ils arborent un uniforme qui nous uniformise, mais dans l’image de l’autre (occident). Le problème du Nord-Ouest aujourd’hui est la conséquence de ce que nous n’avons pas de langue nationale. Si nous l’avions, la question ne se poserait pas. Il y aurait d’autres problèmes, parce que chacune des régions au Cameroun a des problèmes. Quand il y a eu les premières manifestations de cette crise, les chefs du Fako sont venus me rencontrer. Pendant nos échanges, nous parlions en français, en anglais et en duala, parce que nous sommes de la même famille.  Ce sont nos référents culturels, parce que nous nous rappelons qu’avant que la SDN ne vienne nous séparer, nous étions dans le même giron. C’est une subjectivité de l’extérieur qui nous a séparés.

Que faites-vous pour rééquilibrer la donne ?

Ma volonté est de faire en sorte que les jeunes générations puissent se réapproprier leurs valeurs. Elles sont encore pleines de souplesse pour apprendre, on peut même commencer dès la prime enfance, à construire des schémas dans lesquels les enfants trouveraient comme normalité la référence culturelle. On a tendance à se dévaloriser par rapport à ce que nous sommes. L’école traditionnelle est une école qui forme l’individu à être un homme, mais dans laquelle on peut retrouver les déclinaisons de la formation occidentale. Ce qu’ils appellent le développement personnel est inhérent à notre mécanisme culturel. Nous apprenons selon les âges, à parler nos langues, à se réapproprier notre culture. C’est l’une des premières réalisations que nous avons faites avec mon avènement. Aujourd’hui, les gens trouvent normal de se plaindre au quotidien. S’ils se plaignent au quotidien, c’est parce qu’ils ont relégué leurs responsabilités face à la relation à soi. Pour qu’une société soit solide, il faut que l’unité qui est l’individu soit capable de force, et qu’il redonne cette force au collectif. A ce moment, le collectif sera fort et pourra répondre à toutes les exigences de la vie. La vie, depuis la naissance de l’individu, réside dans la capacité de gérer les difficultés, donc on ne doit pas se plaindre quand il y en a. ceux qui ont réussi, sont ceux qui ont connu beaucoup de difficultés.

Quelles sont vos grandes craintes, dans l’accomplissement de vos deux ans de mandat à la tête du Ngondo ?

La principale crainte que j’ai ne concerne pas les éléments extérieurs, mais moi-même. C’est la question de savoir si je suis à la hauteur. C’est à l’issue de mon mandat que je saurai véritablement, mais je mets tout mon désir dans les mains de Nyambe –Dieu-, et de mes ancêtres. Si je suis en bonne harmonie avec eux, normalement je devrai avoir tout le soutien possible pour mener ma tâche le mieux possible. Maintenant si j’ai des difficultés, ça voudra tout simplement dire que j’ai mal été à l’écoute du message qu’ils devaient me transmettre, et donc c’est moi qui serai en échec.

Pour éclairer notre lanterne, on parle de roi ou de chef ?

Au Cameroun, chaque région renferme ses spécificités ethniques. Celui qui rassemble ces spécificités est le sommet de la pyramide. La notion de chef est un mépris qui nous a, une fois de plus été envoyée. Celui qui dirige, qui rassemble l’ensemble de la communauté est au dessus. Les mots roi, prince, sultan, sont les plus appropriés pour lui. Le roi est le prince des princes.

Jean Yves Bebey Eboumbou. Pendant deux ans, le chef du canton Njo Njo, encore appelé canton Bell, présidera aux destinées du Ngondo. Il a reçu le témoin des mains de son désormais prédécesseur, Sa Majesté Madiba Songue du canton Bassa Bakoko. La cérémonie de la grand-messe de l'eau, ce dimanche 1er décembre 2019 sur les berges du Wouri, a été l'aubaine pour Sa Majesté Madiba Songue de dresser le bilan de ses deux ans d'exercice. «Au terme de deux années de dur labeur, jalonnées par de lourdes épreuves personnelles, j'ai, avec l'aide du créateur et des ancêtres, réussi à accomplir toute ma tâche, celle de présider aux destinées de cette vénérable institution. Comme vous le savez, il y a onze ans, j'avais occupé les mêmes fonctions à la tête du Ngondo. Dès cette 1ère année de présidence, j'avais eu un rêve,
Sa Majesté Jean Yves Douala Manga Bell.

Votre canton Bell fait face à un phénomène de banditisme grandissant. La Rue de la Joie et l’avenue du Parc des Princes sont notamment des lieux désormais réputées pour les agressions. Que fait le roi pour mettre fin à ce climat de terreur ?

Nous avons au sein de Bali, un comité spécialisé dans l’organisation de la sécurité. Elle est en relation avec les autorités administratives. La grande difficulté une fois de plus, c’est le déni de notre organisation traditionnelle, sous prétexte du modernisme. Il n’y a pas une la circulation de l’information entre la communauté et l’administration. Nous avons pendant des siècles, vécu avec la gestion de nos problèmes, y compris quand il fallait se défendre. Les notables se rencontrent une fois par semaine et tous ces problèmes sont évoqués. Il s’agit de faire circuler l’information parce que celui qui a le droit coercitif c’est l’administration. Dans un comité de vigilance on ne peut que réduire la violence, pour que les forces de l’ordre interviennent.

Les ancêtres n’ont-ils pas un pouvoir coercitif pour neutraliser ces hors-la-loi ?

Le problème qui se pose aujourd’hui c’est le désordre qui existe chez l’individu, y compris chez nos enfants. Sous prétexte du modernisme, on rentre dans un laxisme moral qui fait que les jeunes générations ont du mal à entendre l’autorité paternelle. On va ainsi trouver au sein de nos propres familles, des enfants qui sont en instance de délinquance. Il n’y a pas que les autres qui sont dans les prisons de New-Bell, il y a aussi nos propres enfants. S’il s’agissait de neutraliser les forces exogènes comme c’était le cas pendant les siècles, il y aurait des moyens de neutraliser. Mais aujourd’hui, vos propres enfants se trouvent dans mêlée. Aussi, avant, la cellule familiale était un groupe fondu dans la communauté, et n’importe qui de la communauté pouvait réprimer n’importe quel individu faisant une faute. Aujourd’hui, si vous réprimer l’enfant du voisin, il vous demandera de quel droit vous le faites. La responsabilité aujourd’hui n’est plus collective, mais individuelle, avec une déficience de l’éducation cellulaire. Notre culture possède toutes les réponses aux problèmes que nous rencontrons aujourd’hui, sauf qu’on la mésestime.

Vous avez vécu pendant longtemps en occident, pourtant vos idéaux sont à l’opposé de la culture occidentale…

Vous savez, la France est un pays qui a eu la particularité de couper la tête de son roi. A partir de là, les gens en France ne se reconnaissent plus dans leurs régions. Comme nous –Camerounais- avons le réflexe purement francophone et franchouillard je dirai, nous sommes dans l’esprit des gens qui n’ont plus de référence culturelle. Par contre si on va en Angleterre, en Espagne, en Suède qui est une royauté, on va retrouver leurs cultures qu’ils ont préservées. La Scandinavie a encore aujourd’hui des références de Vikings. La culture celtique est en train de reprendre vie aujourd’hui. Elle a été coupée dans la vie de son histoire à partir du moment de la sainte inquisition, qui a interdit les pratiques traditionnelles. Pendant cinq siècles, cette inquisition a coupé les gens de cette culture de leur richesse fondamentale. Ça renait. Ceux qui sont déconnectés parlent aujourd’hui d’écologie. Dans nos traditions africaines, nous avons toujours respecté la nature. Les druides par exemple ne parlent pas d’écologie. Ils ont les mêmes réflexes que nous, c’est-à-dire qu’ils sont en train de déterrer ce qu’ils ont caché à cause de la sainte inquisition et qui permet d’avoir une relation avec la nature, chose que la société moderne ne sait pas dotée. J’ai eu la chance de rencontrer la culture druidique. J’ai rencontré peut-être la richesse véritable de la culture française, qui n’est pas celle des lois officielles de la République, mais qui est celle de la rencontre avec la nature et de la relation avec Dieu. Les druides ont la même organisation sociale que les Mbombog au Cameroun.

Entretien avec Valgadine TONGA

 

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